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Sécurité au travail, miser sur la prévention

Les industries agroalimentaires sont l’un des secteurs d’activités occasionnant le plus d’accidents du travail et de maladies professionnelles, compte tenu des horaires majoritairement décalés, exposés au froid et aux intempéries. Afin de supprimer ce cercle vicieux, anticiper s’avère la meilleure protection. Place à la prévention.

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Sans surprise, les activités les plus à risque se trouvent dans la filière viande (notamment l’abattage, la découpe de bœuf), le commerce de gros de viande ou de poisson.  Premier secteur industriel de France avec près 500 000 salariés, l’agroalimentaire se retrouve malheureusement en première ligne des accidents.
Plusieurs explications à cela :
– malgré l’automatisation de plus en plus répandue, les manutentions manuelles répétitives, les ports de charges et les postures de travail contraignantes restent très fréquents, ce qui peut participer à l’apparition de troubles musculosquelettiques (TMS) et entraîner des accidents du travail. Ces maladies peuvent également être favorisés par le travail au froid et développer le stress. Un quart des TMS reconnus comme maladies professionnelles concerne ce secteur ;
– les déchets gras liquides et les sols humides ou mal entretenus peuvent provoquer des chutes de plain-pied, ce qui reste la première cause d’accident ;
– enfin, l’exposition prolongée au froid qui multiplie la perte de dextérité, une fatigue excessive et un ralentissement musculaire.

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Les salariés et les entreprises y payent un lourd tribut. Chaque année, pour une entreprise, le coût moyen d’un accident du travail varie entre 300 et 31 000 e pour les accidents avec incapacité temporaire et peut s’élever à plus de 420 000 e en cas d’incapacité permanente ou de décès. Sans oublier les couts indirects et liés qui peuvent multiplier par trois le coût réel tels que les arrêts de production, l’enquête administrative, le remplacement de la personne accidentée, la réparation des dégâts matériels, sans oublier les  procédures et … la perte de notoriété.

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MESURES PREVENTIVES

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Pour endiguer ce fléau, le mot d‘ordre est prévention. L’INRS préconise qu’ « une démarche de prévention soit donc organisée et suivie, avec une hiérarchisation et une planification dans le temps des actions à conduire, et avec une évaluation régulière de l’efficacité de ces actions. Une promotion des actions de prévention est également à prévoir ». Et c’est l’affaire de tous, dirigeants, salariés, syndicats, représentants du personnel, …  Il convient d’établir un projet global, ce qui peut nécessiter des moyens très importants et prendre du temps. Les PME et les TPE peuvent mettre en place des modalités d’échanges moins formelles mais qui sont orientées selon celles d’une gestion par projet, c’est-à-dire : se donner des objectifs, décider des moyens et définir les résultats attendus.

UNE MISE EN ŒUVRE ENCADREE

Pour élaborer un plan d’actions de prévention, la réglementation impose des outils tels que le document unique d’évaluation des risques (DUER), rendu obligatoire par l’article R 4121.1 du code du travail. Elaboré par l’employeur, quelle que soit la taille de l’entreprise, le document unique dont la forme est libre, doit comporter un inventaire des risques identifiés dans l’entreprise. Cette liste et leur hiérarchisation permettent de présenter les conditions d’exposition aux dangers.

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Trois types de contenus composent le DUER :
• l’identification des dangers : il s’agit de lister les risques, soit les capacités d’un équipement, d’un procédé ou d’un produit à causer un dommage à la santé des salariés ;
• l’identification des risques : cela correspond aux conditions d’exposition des salariés aux dangers identifiés. Les risques doivent être notés selon des critères propres à l’entreprise (fréquence d’exposition, gravité, etc.), puis classés. Ce classement permet d’établir des priorités et de faciliter la planification des mesures de prévention et de protection à mettre en œuvre ;
• les actions de prévention et de protection : l’évaluation des risques et des dangers ne suffit pas à répondre aux obligations réglementaires. Des actions doivent être proposées pour prévenir les risques et améliorer le confort des salariés.
Ce document doit être librement accessible aux salariés, aux délégués du personnel, au médecin du travail, à l’inspecteur du travail, aux agents de services de prévention des organismes de sécurité sociale  et aux agents des organismes de sécurité sociale. Il doit être mis à jour annuellement. Le document unique a été renforcé au cours des dernières années : évaluation des risques d’explosion, chimiques, psychosociaux, etc. Il est devenu indispensable à la formation des salariés et depuis le 1er janvier 2012, il sert de base à l’établissement des fiches de prévention des expositions des collaborateurs exposés à un travail pénible.

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TRAVAIL DE CONCERTATION

L’employeur est invité à convier ses salariés à la rédaction du document unique pour mieux identifier les risques, entendre les propositions et initier les solutions et améliorations. Il peut se faire aider en interne (CHSCT par exemple s’il en existe un) ou en externe : médecin du travail, inspecteur du travail, … Il s’agit d’une démarche participative de laquelle résulte un inventaire de dangers identifiés, de mesures à mettre en œuvre et de l’élaboration du plan à mener dans un temps déterminé. Chacun, à son niveau et en fonction de ses prérogatives, met en œuvre les mesures de prévention et veille à leur respect. Il signale les difficultés ou obstacles éventuellement rencontrés. L’employeur peut charger une personne ou un groupe de travail de piloter le plan de prévention et de mesurer l’efficacité des améliorations apportées.

 

LE TRAVAIL AU FROID

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Entrepôts frigorifiques, chambres froides, travaux en extérieur en hiver… De nombreuses situations professionnelles exposent les salariés au froid, naturel ou artificiel. Cette exposition directe au froid présente des risques pour la santé des travailleurs. Il favorise également la survenue d’accidents. Lorsque la température ambiante est inférieure à 5° C, la vigilance s’impose.
Le froid peut avoir des répercussions sur la qualité du travail et provoquer directement ou indirectement des accidents (glissades, perte de dextérité…). Les effets sur la santé peuvent concerner le corps dans son ensemble ou seulement les parties exposées, des simples engourdissements jusqu’aux gelures.

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L’effet d’ordre général le plus sérieux est l’hypothermie. Il survient lorsque l’individu ne parvient plus à réguler sa température interne. Ses conséquences peuvent s’avérer dramatiques : troubles de la conscience, coma, décès. Le travail au froid augmente également les risques de troubles musculo-squelettiques.
Dans une méthodologie en quatre étapes appelée Sobane, l’INRS a établi un « guide »
de la prévention appliqué au froid. En premier lieu le dépistage, qui consiste à rédiger une fiche recensant les températures, les durées d’exposition, les protections utilisées,… Dans un deuxième temps, chaque situation et critère (voir tableau) se voit appliquer un score, une notation : on parle de l’étape d’observation. Ensuite, vient le temps de la synthèse et de l’analyse qui consiste à estimer les risques, déterminer l’importance de ceux-ci et les mesures de prévention à apporter. La dernière phase est celle de l’expertise, souvent réalisée par un expert extérieur, pour lister précisément les solutions et améliorations à mettre en œuvre, avec une synthèse remise à l’entreprise pour savoir qui fait quoi, comment et quand.

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Cécile Oliveira