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Enquêtes Rungis Actualités

Afrique du Sud : terre de contrastes

Nation « arc-en-ciel », comme aimait à la surnommer le révérend Desmond Tutu, l’Afrique du Sud est riche de la diversité de sa population, de ses paysages, de son patrimoine culturel. Pays en devenir et première économie du continent africain, il doit encore relever de nombreux défis…

Pays le plus austral du continent africain, l’Afrique du Sud a une superficie de 1 219 912 kilomètres carrés. Bordé à l’ouest par l’océan Atlantique et à l’est par l’océan Indien, il est traversé au nord par le tropique du Capricorne. Les pays limitrophes sont la Namibie, le Botswana, le Zimbabwe, le Mozambique ainsi que le Swaziland et le Lesotho, tous deux enclavés dans le territoire sud-africain. L’Afrique du Sud dont Pretoria est la capitale administrative, est divisée en neuf provinces : Cap du Nord, Cap Occidental, Cap Oriental, Etat Libre, Nord Ouest, Gauteng, Limpopo, Mpumalanga, Natal et Zoulouland… Le pays compte environ 49 320 500 d’habitants dont 79% de Noirs, 9,5% de Blancs, 8,9% de Métis et 2,6% d’Asiatiques. La latitude détermine, du nord au sud, un climat tropical, subtropical et méditerranéen (localisé dans la région du Cap). Les influences océaniques provoquent des précipitations abondantes sur la côte orientale, très faibles sur la côte occidentale, expliquant ainsi la répartition des populations. L’altitude moyenne est de 3 000 m et le point culminant du pays est le Thabana Ntlenyana (3 482 m). Le nord ouest est occupé par le désert du Kalahari qui s’étend également sur le Botswana et la Namibie, représentant environ un million de kilomètres carrés. Grâce à la grande variété de ses paysages (forêts, déserts, savanes, fynbos, montagnes, côtes…), il existe une faune (baleines, dauphins, requins, pinnipèdes, animaux sauvages…) et une flore (18 000 espèces de plantes vasculaires dont 80% endémiques) très diversifiées. L’Afrique du Sud fait partie des pays dont la biodiversité est la plus importante de la planète.

 

Une jeune démocratie

Environ 40 000 ans avant notre ère, ses premiers habitants furent les Sans (appelés aussi Boschminans) et les Khoïkhoï, puis les Bantous qui émigrèrent du delta du Niger au début de l’ère chrétienne. L’explorateur portugais Barthélémy Diaz fut le premier à atteindre le Cap de Bonne-Espérance. Au XVIIe siècle, la colonisation européenne,

d’abord avec les Néerlandais puis avec les protestants français qui émigrèrent après la révocation de l’Edit de Nantes, ouvrit l’ère d’une difficile cohabitation. Ponctuée de nombreuses guerres, émeutes et migrations forcées, l’Union Sud-Africaine naquit en 1910 et devint la République d’Afrique du Sud en 1961. La politique d’apartheid mise en place en 1948 et condamnée par les Nations-Unies, fut abolie en 1991 et en 1994, Nelson Mandela devint le premier président noir du pays. Depuis mai 2009,  Jacob Zuma est le nouveau président, succédant à Kgalema Motlanthe…

Une économie importante

Depuis sa démocratisation et la levée des sanctions économiques imposées par la communauté internationale, l’Afrique du Sud a connu des transformations socio-économiques radicales destinées à créer une économie de marché plus ouverte, mieux intégrée au système commercial mondial. Malgré des difficultés structurelles ou conjoncturelles et une monnaie (le rand) dépréciée par rapport au dollar et à l’euro, l’Afrique du Sud reste la première économie du continent africain, à la fois  moderne et diversifiée. Le secteur tertiaire est très développé et contribue pour 57% à la richesse nationale. Par ailleurs, le pays figure parmi les premiers mondiaux du secteur minier (platine, or, chrome, diamant..).

L’industrie agroalimentaire est l’une des plus développées au monde. Le secteur emploie près de 220 000 personnes et participe pour 20% au PIB manufacturier. Sur 1 900 entreprises, huit d’entre elles réalisent 66% des ventes totales des produits alimentaires. Le secteur de la transformation de la viande est l’industrie la plus importante avec 25% de la valeur totale de la filière agroalimentaire sud-africaine.
La pêche reste un secteur secondaire dans l’économie sud-africaine (1% du PIB) en dépit de ses 3 000 km de cotes. En 2008, le total des captures avoisinait les 830 000 tonnes. Les principales espèces pêchées sont les anchois, les sardines, le merlu, les calmars et la langouste du Cap. Pour ces deux derniers, 90% des volumes sont exportés vers les USA et l’UE.

L’agriculture, un secteur essentiel

Réparti sur une superficie de 105 millions d’hectares, le secteur agricole contribue pour 2,8% au PIB sud-africain et emploie environ 6% de la population active. Les conditions climatiques et la faiblesse du réseau d’irrigation ne permettent l’ensemencement que de 12,9 millions d’hectares, entraînant une variation de la production agricole d’une année sur l’autre. L’agriculture sud-africaine se caractérise par son dualisme, des exploitations commerciales à vocation exportatrice coexistant avec des exploitations familiales (agriculture de subsistance…). Très diversifiée, ses principales activités sont les cultures de plein champ, l’élevage et l’horticulture. La production de vin et de fruits (dont une grande partie est exportée vers l’Europe et les USA en contre-saison) a connu un

développement des plus dynamiques ces dix dernières années. Si le maïs est devenu la première production céréalière du pays avec 11,8 millions de tonnes (2008), l’Afrique du Sud doit cependant en importer d’Argentine pour couvrir ses besoins. De même, elle doit augmenter ses importations de blé (USA, Argentine, Australie, Allemagne) malgré une récolte en hausse (2 millions de tonnes en 2008). Possédant une industrie de transformation bien évoluée, elle importe surtout des matières premières comme le riz principalement (Inde, Pakistan, Thaïlande) dont elle consomme plus qu’elle ne produit (3 000 tonnes en 2008). A l’inverse, la canne à sucre (21,3 millions de tonnes) place l’Afrique du Sud parmi les dix premiers producteurs mondiaux.

Des fruits et légumes de qualité

L’Afrique du Sud propose une gamme complète de fruits tout au long de l’année grâce à la diversité de ses climats. La production de fruits en augmentation depuis plusieurs années est tournée vers l’exportation (40% des pommes et 60% des oranges) et la demande grandissante des pays importateurs stimule la filière. En 2008, le pays a produit 1,3 million de tonnes d’oranges, 720 000 tonnes de pommes et 350 000 tonnes de poires. Il figure parmi les cinq premiers exportateurs mondiaux d’avocat, pamplemousse, mandarine, prune et citron (110 000 tonnes exportées dont 63 700 tonnes vers l’UE pour une production de 193 650 tonnes en 2008). Pour le raisin de table, l’Afrique du Sud fournit environ 40% des importations de l’UE (175 000 tonnes). Représentant la 4e source de revenus agricoles, les légumes sont presque intégralement destinés au marché intérieur

(1,8 million de tonnes de pomme de terre, 456 000 tonnes de tomates, 408 000 tonnes d’oignons…) et moins de 5% sont exportés en frais. Cependant, l’Afrique du Sud est l’un des principaux exportateurs mondiaux de fruits et légumes en conserve. L’Afrique du Sud est un grand pays horticole et exporte plus d’un tiers de sa production (roses, chrysanthèmes, œillets, bulbes, protéas, gypsophile…). En 2008, les exportations de fleurs coupées ont atteint 28 millions de dollars et celles de bulbes et tubercules avoisinaient les 6 millions de dollars. La majorité de la production se fait dans le Western Cape et le Mpumalanga, à l’exception de celles destinées à l’export qui sont concentrées dans le Limpopo, le Mpumalanga et le Gauteng (pépinières, fleurs coupées, plantes en pots…).

Un élevage en progression

Réparti sur 72 millions d’hectares, l’élevage est l’un des principaux secteurs agricoles et les productions animales comptent pour 40% du PIB. En 2008, elles s’établissaient ainsi : 13,8 millions de têtes de bovins (dont les principales races indigènes sont le nguni et l’afrikaner), 28,6 millions de têtes d’ovins, 7 millions de têtes de caprins, 1,7 million de têtes de porcins. Depuis plusieurs années, la volaille est devenue la première production agricole du pays avec 546 millions d’animaux abattus (poulet en majorité).

La production de viande d’autruche (90% du marché mondial) s’est développée avec l’intérêt croissant pour les viandes exotiques. Assurée par un cheptel de 2, 2 millions de vaches laitières, la production laitière se décline en 56 300 tonnes de beurre, 42 300 tonnes de lait condensé, 19 200 tonnes de lait en poudre et 24 300 tonnes de fromages. Marché en hausse significative, les fromages fabriqués au lait de vache (cheddar et gouda principalement) en représentent 80% mais les fromages de chèvre progressent assez fortement


Des vins de renommée

Le secteur viticole est en plein essor (3% du vignoble mondial) et se classe au 9e rang en termes de volumes. En 2007, la production atteignait 7,8 millions d’hectolitres et les exportations s’élevaient à 315 millions de litres. La viticulture s’est développée à partir du XVIIe siècle avec l’arrivée des Huguenots. Concentrés dans le sud-ouest du pays, les vignobles couvrent 126 500 hectares et se déploient le long du littoral, bénéficiant d’un climat de type méditerranéen. Ils sont plantés sur des zones de granit à l’est, de grès à l’ouest

, de schistes dans la région de Klein Karoo et des coteaux caillouteux et graveleux dans les vallées. Pour les vins rouges, les principaux cépages sont cabernet sauvignon, shiraz (syrah), merlot, cinsault et le pinotage (pinot/cinsault). Pour les blancs, les cépages sont le steen (chenin), sultana (raisin de table), colombard, chardonnay, sauvignon, hanepoot (muscat d’Alexandrie). Les vignobles les plus populaires sont stellenbosch, franschhoek, constantia et paarl.

Une gastronomie cosmopolite

La gastronomie sud-africaine est faite de l’influence des différentes cultures et traditions culinaires de tous les immigrants (notamment malais). La première spécialité est la viande consommée selon différentes recettes dont le potjekos (plat national, sorte de pot-au-feu), le waterblommetjebredie (agneau et nénuphar du Cap), le biltong (sucette de viande séchée), les braaivleis (barbecue aux boerewors, saucisses de bœuf et porc aux herbes et épices), le bobotie (boulettes de curry d’agneau haché aux fruits et chutney). Côté poisson, le kingklip (abadèche) servi avec du riz

et sa sauce au citron est très apprécié, de même que le snoek (sorte de morue fumée et salée) grillé et accompagné d’une sauce à l’abricot. Pour les desserts, le melktert (tarte traditionnelle crémeuse) se consomme avec du thé.
Outre les vins du Cap, les Sud-Africains apprécient le vin de canne, le witblits (eau de vie de marc titrant 80°C), la black sambucca (douceur alcoolisée au parfum de réglisse), les bières (Castel et Lion) et le thé (rooibos ou thé rouge)…

Francis Duriez
Source : Ubifrance, Ambassade d’Afrique du Sud, Cirad, Librairie Gourmande, OCDE, Novethic, World Africa Business
Crédit photos : Wosa ; Sat Moyo ; DR ; Cirad / Imbert ; Wosa / Erica Moodie ; Wosa / Dirk Peters


Quelques réactions de professionnels

Gérard Oudry
Crédit photo : FD

Gérard Oudry
(éérant de la société OG10 - Rungis)

« Nous sommes spécialisés dans l’importation de viande d’autruche fraîche en provenance d’Afrique du Sud (90% de la production mondiale). En France, ce marché est en progression régulière et la demande est très soutenue durant les périodes festives et spécialement lors des fêtes de fin d’année. Toutefois, la viande d’autruche est encore assez méconnue du consommateur. Rouge comme la viande de bœuf, elle est l’une des plus tendres et présente d’excellentes qualités diététiques (moins de 3% de lipides et riche en protéines). Pour assurer une parfaite garantie de qualité et de traçabilité, tous nos produits sont conditionnés dans l’abattoir d’origine. Particulièrement dynamique et performante en matière agroalimentaire, l’Afrique du Sud s’est naturellement tournée vers l’Europe pour exporter ses produits et elle a su répondre rapidement et avec un grand professionnalisme aux exigences de la réglementation imposée par les autorités sanitaires européennes… ».

 

Jawad Hajjar
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Jawad Hajjar
(Dirigeant de la société Cedrus - Jawad - Rungis)

« Importateur de fleurs et feuillages exotiques depuis 1994, l’Afrique du Sud a été l’un de nos premiers fournisseurs, en particulier avec les fameux proteas, fleur emblématique du pays. Ce pays a su utiliser la contre-saison et développer son marché, avec une production florale importante, diversifiée et de grande qualité. Sans doute, la production la plus riche, la plus belle et la plus étendue de toute l’Afrique. Ce pays dessert toute l’Afrique et il est devenu une plateforme incontournable à l’export vers l’UE. Les fleurs, feuillages et fruits décoratifs sud-africains sont d’excellente qualité et se tiennent très bien. Avec sa grande richesse florale, l’Afrique du Sud est devenue en quelque sorte, le temple des fleurs… ».

 

Jean-Philippe Landrieu
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Jean-Philippe Landrieu
(Directeur général de la société Penja - Cie des Palmes - Rungis)

« Spécialiste de la fleur exotique tropicale, nous écoulons environ 30 tonnes par semaine de fleurs, feuillages et produits de décoration, en provenance d’une trentaine de pays et des cinq continents.
Nous commercialisons trois types de produits d’Afrique du Sud, à savoir les fleurs fraîches (dont les protéas cultivés à 100 km du Cap et expédiés par avion à Paris), les feuillages et fougères (coupés dans la nature ou semi-cultivés) ainsi que les œufs (naturels et teintés) et plumes d’autruche. Ce pays fait partie de nos cinq principaux fournisseurs et ses produits ont beaucoup évolué en quantité comme en qualité. Les Sud-Africains ont un dynamisme économique, une bonne approche commerciale et de plus, ils disposent d’une bonne technique culturale et d’une excellente desserte aérienne. L’avenir est prometteur pour l’Afrique du Sud… ».

Philippe Pons
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Philippe Pons
(Président de la Chambre syndicale des importateurs de fruits et p-dg de la société AZ France)

« L’activité principale de AZ France est l’importation et le mûrissage de bananes (1/3 de l’activité) et l’importation de fruits tropicaux et de contre-saison. Notre gamme compte environ 60 références et nos produits phares sont la banane, l’ananas, les pommes et poires. En 2009, nous avons développé un peu plus de 158 000 tonnes de fruits à travers nos cinq sites (Rungis, Cavaillon, Tours, Rouen, Metz). Notre sourcing est le continent latino-américain et le continent africain dont l’Afrique du Sud où nous sommes présents depuis 1994, pour une part de marché de 6 500 tonnes de fruits (agrumes, raisin, prunes ainsi que pommes et poires plus modestement).
L’Afrique du Sud est un pays très bien organisé en termes d’exportation au niveau qualitatif des produits, mais aussi au niveau maritime et aérien, de même qu’au niveau des organismes de contrôle. Ce pays s’est spécialisé en lignes de produits et exporte en France des agrumes, des pommes et poires et du raisin. L’Afrique du Sud est un excellent partenaire pour la construction d’échanges et de relations durables et de confiance et elle nous fournit une palette de produits de qualité qu’on ne retrouve pas dans l’hémisphère nord… ».

Sithembele Kelembe
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Sithembele Kelembe
(Ministre de l'Agriculture - Afrique du Sud)

« A côté des secteurs forts de notre économie que sont les services (tourisme, finances…) et l’industrie (mines, automobile…), le gouvernement sud-africain s’est fixé des priorités avec la sécurisation des approvisionnements agricoles afin de subvenir aux besoins alimentaires de la population. Aujourd’hui, notre agriculture est structurée en grosses exploitations dirigées par la population blanche en vue de l’exportation et en petites exploitations détenues par la population noire pour la consommation nationale et domestique. Cette dualité ne joue pas en faveur d’un développement global et harmonieux de notre agriculture et l’amélioration de ce secteur se fait au prix d’une concentration des opérateurs. En termes de valeur, l’élevage apporte la plus forte contribution à notre agriculture avec le vin, les fruits et légumes et l’horticulture qui connaissent la plus forte croissance. Cependant, notre pays doit continuer à importer des produits agricoles afin de satisfaire la consommation nationale. Notre objectif est de mettre l’accent sur l’innovation, la recherche agricole et agroalimentaire afin d’augmenter les rendements, la qualité et la sécurité alimentaire. Nous sommes optimistes pour l’avenir car en Afrique du Sud, tout est possible… ».

François Moran
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François Moran
(Dirigeant de la société Tropibana / Atom - Rungis)

«Nous faisons de l’import-export de fruits avec les pays de l’hémisphère sud, notamment le Chili et l’Afrique du Sud, en cross-trading… Avec l’Afrique du Sud, il s’agit surtout de pommes, poires, clémentines et raisins (red globe, rosé, blanc…). Nous travaillons depuis des décennies avec des professionnels d’origine anglo-saxonne ou néerlandaise qui maîtrisent parfaitement la production et le commerce du raisin. L’Afrique du Sud est le pays le plus occidentalisé du continent africain et certainement le plus développé, avec des produits d’excellente qualité et un savoir faire agroalimentaire et commercial performant. D’ailleurs, ce pays est à l’origine de variétés nouvelles de fruits et largement commercialisées en Europe. Nos avons les meilleures relations avec ce pays et nous souhaitons qu’elles perdurent… ».

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