Accueil » Presse/Emploi/Éducation »  Dossiers >> Enquêtes Rungis Actualités
Enquêtes Rungis Actualités

Commerce de proximité : L’autre visage de la distribution

Avec 10% de la valeur ajoutée de l’ensemble de l’économie, le commerce est au cœur des relations entre tous les acteurs économiques. Son développement a suivi la courbe de la mondialisation des échanges et ses structures se sont fortement modifiées. Ainsi, sont nés les hypermarchés et autres grandes surfaces de la distribution, venant bouleverser la donne dans le commerce de détail et particulièrement la place du commerce de proximité… Qu’en est-il aujourd’hui ?

Depuis son avènement, la grande distribution n’a cessé de croître et de s’étendre en captant de plus en plus de parts de marché, au détriment du commerce de proximité. Cependant, il faut reconnaître à ce dernier un rôle social que n’a pas la GMS. Pour relever le défi, le petit commerce, en particulier alimentaire, a misé sur la proximité du consommateur et fait valoir ses arguments…

Situation du petit commerce depuis dix ans

Les hypermarchés, quarante ans après leur apparition en 1963, poursuivent leur expansion et leur nombre a augmenté de 9% en dix ans. Un défi et une menace pour le petit commerce qui doit aussi faire face aux supérettes venues s’installer en centre-ville. En 2003, l’alimentation spécialisée et l’artisanat commercial représentait environ 15,2% des parts de marché de l’ensemble du commerce de détail et artisanat commercial. Sur la dernière décennie (1993-2003), le commerce de proximité de la viande et du poisson n’a cessé de voir diminuer le nombre de ses établissements : -21% pour la viande, -43% pour la charcuterie et -21% pour le poisson. Ceci s’explique par un déplacement de la consommation de viande et de poisson vers des produits substitutifs (viande et poisson en plats préparés achetés en GMS). La boulangerie et la pâtisserie connaissent des écarts élevés ; la pâtisserie chute de 33% (forte concurrence de la GMS) alors que la boulangerie enregistre une baisse moindre de 6,4% (achats plus limités en GMS). Les secteurs des fruits et légumes et des produits laitiers ont perdu respectivement 23% et 39% de leurs établissements.

Si la consommation des fruits (+11%) et des légumes (+6%) progresse, la chute du nombre de magasins s’explique par la concurrence de la GMS (conserves et 4e gamme) ; il en est de même pour les produits laitiers dont la consommation est également en hausse (lait et crèmes +7% ; fromages +11% ; yaourts et desserts lactés +28%). En revanche, dans les régions de productions laitières, les achats se maintiennent pour le commerce de proximité. Quant au commerce de détail alimentaire spécialisé divers, il augmente sensiblement depuis 1998 après une baisse équivalente entre 1993 et 1998. Pour le commerce des fleurs, les achats restant assez constants, la variation relative du nombre des magasins s’explique surtout par l’évolution de la taille de ces derniers. Le commerce alimentaire de détail sur éventaires et marchés a enregistré lui aussi une baisse appréciable de 8% durant la décennie écoulée. Cependant, sa situation est moins difficile en raison de moindres charges et frais fixes par rapport au commerce en magasin. A l’inverse, le commerce alimentaire par automates connaît une véritable embellie (+176% de distributeurs).

Consommation et modalités d’achats

Pour la majorité des consommateurs, le « bien manger » signifie dans l’ordre : consommer des fruits et légumes, manger équilibré, consommer des aliments frais… Ils estiment également que la qualité alimentaire tient surtout à la fraîcheur des aliments (35%), bien avant le goût et la saveur, la marque ou le label de qualité. Quant à l’innovation (la plus incitatrice à acheter un produit), ils retiennent l’action bénéfique sur la santé comme premier critère devant le respect de l’environnement (sondage réalisé en 2004 par le Crédoc pour 60 millions de consommateurs). D’autre part, le niveau de confiance des consommateurs pour les signes de qualité est très différent selon qu’ils achètent en grande surface ou dans le commerce de proximité, en magasin ou sur le marché (étude Sofres-Taylor Nelson-Secodip) . Il apparaît ainsi que l’acheteur du commerce de proximité est beaucoup plus sensible aux signes de qualité des produits que l’acheteur en grande surface.

En effet, le conseil du détaillant joue un rôle déterminant dans sa décision d’achat, qu’il soit oral ou via les marques mises en avant. L’origine des produits est également un signe de qualité important pour lui ; de même, il croit plus que la moyenne à l’agriculture raisonnée et bio et il est plus confiant dans l’ensemble des supports de qualité. A l’inverse, l’acheteur en grande surface est assez sceptique vis-à-vis du vendeur, de l’origine des produits et des produits bio ; il est relativement plus confiant dans les marques qu’il connaît voire sélectionnées par sa grande surface. Cette étude met en lumière la capacité et le savoir-faire du détaillant à sélectionner des produits de qualité, à bien les valoriser pour mieux les commercialiser.

Atouts et dynamisme du commerce de proximité

Pour faire face à une GMS « dévorante », le commerce de proximité dispose d’atouts solides. Il s’agit d’abord de la qualité professionnelle de ses effectifs pour la grande majorité ; des commerçants animés d’un réel savoir-faire et d’une forte passion pour leur métier, leurs produits et respectueux du consommateur. Dépassant son cadre commercial, le commerce de proximité joue un rôle social important dans le maintien du tissu urbain et rural. Mais surtout, le commerce de proximité - toutes branches confondues - a énormément misé sur la qualification de ses professionnels. Ses écoles professionnelles et ses centres d’apprentissage (CFA) et de formation (CIFAC) débouchent sur des diplômes et des certificats de qualification professionnelle très prisés par la valeur des enseignements dispensés, assurant à la totalité des titulaires, un emploi immédiat et attractif. Secteur dynamique, il n’hésite pas également à mettre en place des actions diverses et multiples pour communiquer et promouvoir son identité et son savoir-faire : participation et organisation de nombreux salons et concours, manifestations de promotion avec mise en avant de produits (Paris fête ses marchés, les bouchers au Sénat, Paris port de pêche et les poissonniers, marchés de Noël…), opérations de promotion collective… Outre ces différentes actions, le commerce s’est largement et fortement structuré (fédérations, confédérations, syndicats…) et s’est doté d’outils et de supports de communication (sites Internet, journaux et magazines professionnels…).

A la recherche de produits de qualité, le commerce de proximité s’approvisionne majoritairement sur les Marchés de Gros (Marché d’Intérêt National). Il dispose là, d’une gamme de produits, unique par son étendue et sa diversité. De fait, ces produits deviennent un atout de qualité et un « référent » pour le détaillant en lui apportant la satisfaction et la fidélité du consommateur. Une synergie s’est créée entre grossistes et détaillants et se développe aux travers d’actions communes (par exemple, bande dessinée réalisée en commun et distribuée dans les poissonneries d’Ile de France, opérations de promotion de produits au travers de marques d’opérateurs…). Les deux filières sont indéfectiblement unies par la même volonté de promouvoir des produits de qualité pour satisfaire le consommateur… Dans certaines branches, des créations ont vu le jour et des développements de magasins ont été enregistrés dans d’autres. Longtemps étouffé par la grande distribution, le commerce de proximité alimentaire semble retrouver un second souffle… (source Insee, Decas, CCIP, CCCN)

Pierrot Da Costa
(détaillant fruitier - Cours des Halles à Paris, vice-président du réseau Le Fruitier)

« La situation du commerce de proximité n’est pas trop facile car nous sommes en partie sur des produits de « niche » qui demandent un certain travail de recherche pour les commercialiser. Mais, nous avons la chance d’être tous les jours sur le MIN où l’on peut dénicher les meilleurs produits et cela nous sauve par rapport à la grande distribution. Nous vendons des fruits de qualité et eux vendent des prix. Nous sommes des dénicheurs de produits et c’est cela qui fait notre force ! Le commerce de proximité existera toujours et aura toujours sa place auprès du consommateur. Nous sommes des spécialistes et des professionnels. On ne peut pas se battre contre la GMS sur les prix mais sur la qualité et la largeur de gamme de nos produits. On tient notre professionnalisme de notre longue connaissance des produits. Le meilleur apprentissage, c’est le terrain ! J’ai 42 ans et j’ai démarré dans le métier à 12 ans. J’ai confiance en l’avenir du commerce de proximité car il y aura toujours des commerçants exigeants pour trouver les bons produits et des gens exigeants pour les consommer…».

Claude Boisseau
(Epicier - Président de la FNDE et de l’UIDA)

« Concernant le commerce de détail, la donne a changé depuis 1996. En particulier, la conjugaison de la loi Galland et le repositionnement du consommateur ont eu des effets positifs. Après des années très sombres, nous en sommes revenus à la création d’entreprises. La FNDE - Fédération Nationale de l’Epicerie - que je préside depuis 22 ans, représente 28 000 épiciers dont 43% sous enseigne, 1 500 magasins bio et 6 000 cavistes, tous des commerçants indépendants juridiquement… La situation du commerce de détail est d’autant plus fragile que l’écart prix entre grande distribution et détail est important. Au-delà de 20% voire 25%, le consommateur ne s’adresse plus à nous ! Il doit rester entre 10% et 15% pour que le détaillant puisse « tourner » ; mais, il varie le plus souvent de 10% à 40% selon qu’il a une enseigne ou pas. Pour un même produit, le détaillant paiera toujours 5 à 10% plus cher que la grande distribution, auquel il devra ajouter ses charges. Les avantages du commerce de détail tiennent à la pluralité et la qualité des magasins et des produits, aux relations humaines et à la proximité. Parmi les gros efforts consentis par le commerce détail, la formation est le plus important ; car sans employés qualifiés, point de repreneurs potentiels. Nous ne cherchons pas à être antagonistes de la grande distribution, mais plutôt complémentaires. Cependant, il faut savoir que la grande distribution a doublé ses marges sur trois ans ! De fait, il est anormal, dans la perspective de la réforme de la loi Galland, que certaines familles du commerce ne puissent appliquer, elles aussi, des baisses de prix ! Si le commerce de détail se « bouge », c’est bon signe, mais cela signifie aussi qu’il souffre ! Chez les épiciers, le nombre des magasins est passé de 150 000 à 30 000 en 30 ans ! Dans les années les plus sombres, les fermetures sont même passées à 6 000 par an. Depuis 1999, la tendance s’inverse légèrement et l’on dénombre environ 500 créations/an. Pour que le commerce de détail se porte bien, il faut que le commerce de gros se porte bien ! Dans le cadre de la réforme de la loi Galland, le rééquilibrage doit se faire à l’avantage du commerce de gros afin que le détail puisse profiter de son soutien. La pérennité de nos entreprises sera assurée si nous parvenons à réduire l’écart de prix entre les deux types de distribution…».

Claude Bellot
(Crémier - fromager - Président de la CGAD, de l’AFFLEC et de la FNDPL)

« La situation du commerce de proximité que je représente - à savoir les métiers de bouche - est très variable selon les professions. Si tous ont subi depuis longtemps une érosion plus ou moins marquée, certains se sont maintenus mieux que d’autres. Pour l’ensemble, cette érosion est de 1% à 2% par an, de façon constante. Paradoxalement, ceux qui restent ont vu leur chiffre d’affaires augmenter. Pour durer, je pense qu’il est important de se spécialiser, de se former et de former son personnel, de façon à conserver l’image d’un commerce de qualité… A l’inverse, je ne suis pas partisan de la diversification qui m’apparaît être plutôt une erreur. Nous ne sommes pas antagonistes de la grande distribution mais plutôt complémentaires et celle-ci ne pourra jamais nous concurrencer sur notre terrain : la connaissance du client et du produit, la qualité du produit et le service… Dans une récente étude, le commerce de proximité bénéficie d’une excellente image auprès du consommateur, mais curieusement, ce dernier fait ses achats ailleurs… Pour pérenniser le commerce de proximité, il faut qu’il soit bien représenté auprès des administrations concernées et revalorisé par une communication importante et de qualité ; d’ailleurs, nous allons démarrer prochainement une campagne télévisée de 30 millions d’euros grâce aux fonds du FISAC… Le second point important est la formation : formation d’apprentis et formation continue. A cet égard, nous avons mis en place des CQP (certificats de qualification professionnelle) par la voie des conventions collectives et nous venons d’ouvrir un pôle de formation de 1 800 m2 à Paris 18e. Notre rôle est également d’informer et d’initier le consommateur aux produits que nous commercialisons. Globalement, je dirais que le commerce de proximité ne s’en tire pas trop mal. Ceux qui sauront suivre l’évolution de la profession et du commerce de proximité, n’ont pas trop de crainte à avoir. En dépit de certaines disparités encore fortes à l’intérieur de nos professions, la situation est globalement positive… ».

Gilles Grandjean
(Dirigeant de la société Cruchaudet-Grandjean et Baleux – fruits et légumes – président du Grefel)

« Depuis quelques années, le commerce de détail va mieux car il s’est réorganisé en devenant plus « pointu » et en faisant un grand pas vers la qualité. Grâce à cela, il a fini par regagner des parts de marché. Cependant, la situation reste fragile dans la mesure où l’on ne profite pas assez de cette renaissance, de cette embellie pour combattre la grande distribution. On a vu que le détaillant pouvait vendre parfois moins cher que la GMS. Mais, les détaillants sont de petites structures, souvent individualistes avec lesquels il est difficile d’organiser des stratégies d’ensemble et de communiquer sur la qualité, la sécurité des produits, sur les prix… Il faut absolument communiquer afin de mieux « éduquer » le consommateur, mais à ce niveau, les syndicats de détaillants sont encore un peu « frileux ». Le commerce de détail doit se battre sur ce point pour maintenir son niveau. Les détaillants sont nos clients et c’est à nous de les aider à communiquer et à ne pas faire les mauvais choix. La force du commerce de détail tient à sa qualité du produit, du service, du conseil, du professionnalisme du commerçant… Il faut que grossistes et détaillants unissent leurs forces dans ce sens pour mieux communiquer. Entre producteurs, grossistes et détaillants, une véritable concertation et une confiance mutuelle sont nécessaires et il faut créer une dynamique d’ensemble. En ce sens, je reste optimiste pour le commerce de détail…».

Arnaud Bochurberg
(directeur général du groupe Dadoun – concessionnaire de marchés)

« Si le commerce de proximité sédentaire ne se porte pas très bien, l’approche est un peu plus nuancée pour le commerce non sédentaire. Représentant la forme originelle du commerce, c’est un lieu d’échange et de vie d’un quartier et souvent une alternative à l’absence de commerces de proximité sédentaires dans des endroits difficiles notamment. Mais dans certains cas, on voit des marchés souffrir de la baisse ou de l’irrégularité de fréquentation de la clientèle, entraînant une réduction de l’offre, surtout en semaine. A cela, il faut ajouter la modification du comportement de la clientèle en termes d’achats…De plus, il souffre aussi de l’absence de relève ; on a plus d’offres d’emplacements que de demandes et les commerces alimentaires ou de bouche (bouchers, fromagers) disparaissent plus vite et sont plus difficilement remplacés. Il reste que les frais fixes sont moins élevés pour les commerçants forains, comparés à ceux du commerces de proximité sédentaire. En général, l’attractivité est plus forte pour les marchés, par les prix des produits, leur fraîcheur, leur qualité, l’accueil et le service rendu… Notre rôle est aussi de soutenir les marchés en intervenant dans plusieurs directions : animations, environnement, accessibilité, opérations de promotion et de terrain, fidélisation de la clientèle. Pour cela, on sollicite beaucoup les collectivités et les élus, en particulier sur la nécessité de l’apprentissage des métiers de bouche. Si le marché dispose d’atouts, son avenir passe d’abord par la qualité de ses produits… ».

Jean-François Roubaud
(Président de la CGPME)

« Bien qu’il semble parfois difficile d’être commerçant de proximité aujourd’hui, ce secteur reste dynamique, continuant de se développer et de créer des emplois. Les lois Galland et Raffarin lui ont permis de se maintenir et de concurrencer la grande distribution, même si les règles du jeu ne sont pas toujours respectées. En effet, certaines enseignes contournent la loi en utilisant de nouveaux instruments promotionnels creusant ainsi les écarts de compétitivité entre ces deux formes de commerce. La CGPME prône l’équilibre entre les différentes formes du commerce. Dès lors, elle considère qu’une plus grande place devrait être accordée au commerce de proximité. En effet, le développement des grandes surfaces s’est fait au détriment du commerce traditionnel, détruisant nombre d’emplois et concentrant l’activité commerciale en périphérie des grandes villes au préjudice des centres-villes et des villages. Il conviendrait donc de relancer le commerce de centre-ville, notamment en favorisant la transmission des entreprises commerciales. Il est primordial de veiller au respect d’une concurrence saine et loyale entre toutes les formes de commerce. C’est pourquoi la CGPME s’oppose à tout projet de réforme de la loi Galland qui remettrait en cause l’interdiction de revente à perte. Elle considère qu’avant de vouloir changer la loi, il convient de la faire respecter. De même, la CGPME souhaite le maintien de la législation sur l’équipement commercial, qui seule peut permettre d’éviter le gaspillage. Enfin, elle reste attachée au principe du repos hebdomadaire, qui correspond à un choix de société et doit donc être respecté en tant que tel ».

retour à la liste des enquêtes