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Enquêtes Rungis Actualités

L'emballage alimentaire : tendances et innovations

Longtemps considéré comme accessoire, l'emballage alimentaire tient une place importante dans la chaîne de fabrication qui relie le produit au consommateur. Outre son rôle de protection, de transport, de stockage et de conservation de l'aliment, il est devenu un support d'information et de communication, aux fonctions économiques et sociales indéniables. Liée aux progrès technologiques et aux contraintes environnementales, son évolution tend à répondre aux exigences de la consommation...

L'histoire de l'emballage (étymologiquement "mettre en balle") est liée aux premiers déplacements des hommes et remonte à la Préhistoire où l'on utilisait alors des peaux d'animaux, des coquillages et des feuilles. Vers 6000 avant J-C. sont apparues les céramiques, les paniers... Les Egyptiens (1500 avant J-C) utilisaient les premiers récipients en verre. Plus tard, le tonneau fit son apparition chez les Gaulois... En 1746, les Anglais créèrent le premier produit emballé sous une marque (poudre antipyrétique). Jusqu’à la fin du XIXe siècle, on utilisait des matériaux bruts tels que le bois, le liège, le cuir, l'argile, les fibres (lin, chanvre, osier...) ou transformés comme le verre, les métaux, le papier... et le XXe siècle a vu l'essor d'un matériau moderne et pratique, le plastique...

Un secteur performant

L’industrie mondiale de l’emballage réalise un chiffre d’affaires dépassant les 500 Md€ dont 60% concerne le secteur agroalimentaire. Les disparités restent très fortes entre les pays et 75% de la production d’emballages est consommée par 20% de la population. Septième secteur industriel national, l’emballage occupe une place importante dans le panorama économique français avec un chiffre d’affaires d’environ 21 Md€ et 1,7 Md€ pour les fabricants d’équipements d’emballages. Premier secteur industriel français avec un chiffre d’affaires évalué à 154 Md€ (2007), l’industrie agroalimentaire est également la première au niveau européen. Pour les industriels de l’emballage, c’est dire l’importance de ce secteur

qui reste leur premier marché avec 40% du chiffre d’affaires, suivi du secteur santé-pharmacie (11%) et l’industrie cosmétique-hygiène-parfumerie (10%). Par ailleurs, la France est en tête des pays fournisseurs d’emballages et de conditionnements (2008) devant l’Italie et l’Allemagne... Soumis à des règles strictes en matière de contact alimentaire, l’emballage alimentaire doit être inerte pour le contenu et éviter tout risque de toxicité ou de modification des caractères physico-chimiques et organoleptiques du produit. Ces impératifs varient selon les aliments, leur état, leur température, la durée du contact.
L’emballage a plusieurs fonctions. Il protège, conserve, transporte le produit, facilite le rangement, informe sur le contenu et son utilisation. Produit industriel soumis à des contraintes technologiques, réglementaires, marketing et environnementales, il comprend des formes et des matériaux les plus divers...

Le carton et le papier...

Le papier carton reste leader des achats d’emballages (33%) devant le plastique (30%). Le carton ondulé représente 3 millions de tonnes pour un chiffre d’affaires de 3 Md€. Fabriqué à partir de matériaux naturels (fibre de cellulose et amidon) dont la ressource est renouvelable, le carton ondulé possède une très bonne empreinte écologique et une bonne image auprès du consommateur. La production de carton ondulé est issue à 90% de son recyclage, consolidé à chaque rotation par un apport de matière vierge (pâte cellulosique) de 10%.
Il a été inventé en 1850 par MM Healey et Allen, deux Anglais qui l’utilisèrent alors comme renfort de chapeau haut de forme. Tous secteurs confondus, il est le matériau d’emballage de transport le plus utilisé dans le monde et son poids économique est supérieur aux autres.

Près de 50% de sa production est destinée à l’agroalimentaire. Léger, sain, résistant, ergonomique et protecteur, il fait l’objet d’une stricte réglementation (articles 16 et 17 du règlement cadre européen 1935/2004) concernant son aptitude au contact alimentaire...Le papier est fabriqué principalement à base de pâte à papier issue du pin des Landes. Il s’agit d’un matériau dont la ressource est renouvelable, recyclable et biodégradable. Le sac papier kraft alios est traité dans sa masse pour résister à l’humidité mais se dégrade au contact prolongé de l’eau. En France, sa production reste limitée à 500 millions d’unités (plus de 20 000 tonnes), mais on note un léger retour lié à sa bonne image auprès des ménages. Le papier se présente sous diverses formes et divers traitements (sulfurisé, sulfurisé siliconé, kraft siliconé, calandré, paraffiné, ingraissable, thermoscellable...).
Le carton et le papier sont les matières les plus recyclées avec un taux très supérieur aux objectifs fixés par les directives européennes.

Le plastique et le verre...

L’emballage est le premier débouché des matières plastiques dans le monde et l’agroalimentaire en absorbe 65%. Les emballages plastiques alimentaires sont faits à partir de polymères et ces derniers se présentent sous forme d’une longue chaîne de molécules construites selon des liens individuels appelés monomères. Sans cesse allégé, exempt de métaux lourds, il se recycle désormais à l’échelle industrielle et développe de nouveaux emballages à base de matériaux issus de ressources renouvelables. Par sa grande variété, il s’adapte à tous les secteurs (agroalimentaire, industrie, distribution...) et représente 40% du plastique transformé en Europe. Après l’Allemagne (4 millions/tonnes), la France (2,04 millions/tonnes) est le deuxième pays producteur d’emballage plastique dans l’UE. Grâce à leur pouvoir calorifique élevé, les plastiques améliorent le rendement énergétique de l’incinération des déchets ménagers et l’énergie ainsi récupérée est utilisée pour le chauffage urbain et la production d’électricité. Ainsi, 300 000 tonnes/équivalent pétrole sont économisées chaque année, en France.

Il existe différents matériaux plastiques dont les principaux sont le polyéthylène (film étirable, sac, tube, flacon, barquette...), le polypropylène (film et sachet transparent, bouchon, plat à réchauffer...), le polychlorure de vinyle (bouteille, boite alimentaire et barquette...), le polystyrène (pot laitier, gobelet, boite œufs...), le polystyrène expansé (barquette, palette transport alimentaire...), le polyéthylène téréphtalate (boite alimentaire, bouteille, couvercle...)...Découvert il y a environ 5000 ans (Mésopotamie), le verre est fabriqué à partir de silice (sable), de calcaire et de carbonate de soude. Transparent, résistant (aux agents atmosphériques et chimiques) et isolant, on peut lui adjoindre des stabilisants ou des colorants. S’il a la faculté de se recycler en totalité et indéfiniment, cependant, on ne peut refaire du verre incolore avec du verre coloré. Sain et naturel, il garantit la mise en valeur, la protection, la conservation des produits contenus. Utilisant des techniques modernes, il se prête à toutes les formes, s’allège (15%) et devient moins fragile. Le verre creux mécanique (emballage des liquides) est le plus gros tonnage fabriqué. En 2005, le verre (14% du secteur emballage) représentait un chiffre d’affaires de 4,1 Md€.

Le bois et le métal...

Matériau d’origine naturelle issu de la forêt, le bois est employé notamment dans le secteur de l’emballage et du papier. L’emballage bois global représente un chiffre d’affaires de 1,72 Md€. Le peuplier (la France est le 3e producteur mondial avec 240 000 hectares, soit 2% de sa surface forestière) est majoritaire dans la fabrication d’emballages légers en bois (9% de l’activité emballage) par sa souplesse de « déroulage » (70% d’hygrométrie). Le peuplier est une essence à croissance rapide (dix-huit ans) et son exploitation est régulée à raison de deux arbres plantés pour un arbre abattu. Non polluant, renouvelable, résistant à l’humidité,

léger à transporter, l’emballage léger en bois séduit le consommateur par son image de naturalité. Son chiffre d’affaires est de 250 M€ pour un potentiel de production de 800 millions à un milliard d’unités/an (60% de la production nationale de peuplier). Concernant les produits alimentaires frais, l’emballage léger en bois compte pour 30%... Par emballage métallique, on entend les emballages rigides en acier ou en aluminium aptes à entrer en contact directe avec les aliments. Leurs propriétés sont l’étanchéité au gaz, à la lumière et aux micro-organismes, permettant une longue conservation des aliments. De récupération facile en raison de ses propriétés magnétiques, les emballages en acier sont recyclés en Europe à 61% (1,2 million de tonnes) pour renaître en nouveaux aciers. Dans l’agroalimentaire, l’emballage « métal » (14% du marché de l’emballage) atteint près de 650 000 tonnes (34% pour l’alimentaire solide et 24% pour l’alimentaire liquide)...

Tendances et innovations

Aujourd’hui, plusieurs grandes tendances se dégagent en matière d’emballage. L’allègement, l’amélioration qualitative des matériaux et leurs substitutions ne cessent de progresser. La sécurité alimentaire est davantage prise en considération de même que la praticité. Par ailleurs, les emballages évoluent également en jouant sur la « séduction » (toucher, vue, odorat...). Les grandes tendances techniques sont multiples : cuisson dans l’emballage (système de valves adaptées), nouveaux conditionnements des produits 4e et 5e gamme, emballages flexibles, matériaux propres (diminution des additifs, encres végétales sans solvants), emballages intelligents (traçabilité, inviolabilité des produits...) avec puces RFID, sur-étiquettes à micro-organismes, traceurs électroniques de température, emballages actifs (action sur le produit avec production de froid ou de chaud pour améliorer sa conservation dont le sous vide, le surgelé, le congelé, l’atmosphère modifiée...), films

alimentaires pour produits à forte teneur en matière grasse, emballages isothermes et réfrigérants en PU (polyurétahne), en résine aluminisée (enveloppe isolante gonflable avec éventuellement un diffuseur de froid, modèle « air liner »). Parmi les innovations figurent certains emballages bois micro-ondables, la création d’une norme standard de gerbage (Common Foot Print), un concept emballage « prêt à vendre » (pour améliorer la mise en marché des produits et l’efficacité de la chaîne logistique), la palette carton légère ou « palette couche », la caisse « outre » (empêchant l’oxydation ou la pollution du liquide contenu), les emballages « bio » (amidon de maïs et pomme de terre) et adhésifs « bio » (amidon), l’emballage alimentaire « repousseur d’insectes » (libération d’un principe actif répulsif pour l’insecte et inoffensif pour l’homme), le sac papier à double paroi perforée pour maintien des sandwichs au chaud et croustillants...
Avec ces tendances et ces innovations, le secteur de l’emballage fait la démonstration de sa constante réactivité et de son implication dans l’amélioration des performances environnementales.

Francis Duriez
Source :SIEL-GROW, ONDEF, CLIFE, ANIA, CNE, COFEPAC, COLDPACK, SCHISLER, SNFBM, EXPOSIUM, FRANCE-EMBALLAGE, VERRE AVENIR Crédit photos : Francis Duriez ;Crédoc ; Aprifel ; Viniflhor ; Lechat ; Ph Unic ; CTIFL

Quelques réactions de professionnels

Stéphane Teicher

Stéphane Teicher
(Président du CLIFE - Comité de Liaison des Industries Françaises de l'Emballage)

" Septième secteur industriel national, l'industrie de l'emballage compte 1500 entreprises, 111000 salariés et a réalisé un chiffre d'affaires de près de 20 Md€ en 2007. Le papier carton (33%) et le plastique (30%) sont les premiers matériaux, les autres (bois, verre, métal, souple) représentant chacun +/- 10%. Avec la crise économique, l'activité a baissé en 2008 (0 à -5% selon les secteurs)... L'éco-conception est devenue la règle avec la nécessité de prévenir l'augmentation des déchets et le développement constant de leur valorisation. Dans le secteur du papier carton, nous dépassons largement les objectifs fixés par la directive européenne. La traçabilité et la sécurité alimentaire sont au cœur de nos préoccupations, avec le développement des emballages actifs et intelligents et pour cela, le CLIFE collabore étroitement avec l’ANIA.

Une charte et une déclaration de conformité communes ont été signées et plusieurs groupes de travail étudient les réponses à apporter aux clients du secteur agroalimentaire, premier secteur utilisateur d’emballages.
Souvent décrié comme source de déchets, on oublie son rôle fondamental de protection, de transport, de conservation, de stockage et d’information du produit. Le CLIFE participe aux travaux d’élaboration de règles communes d’affichage environnemental des produits de grande consommation.
Avec le recours régulier aux analyses de cycle de vie, les performances environnementales des emballages se développent. Par ailleurs, l’évolution des modes de consommation, avec la hausse des emballages individuels, influera sur notre industrie (nouveaux formats, ouverture facile). 2009 sera difficile pour l’emballage, mais il sera l’un des premiers secteurs à anticiper le redémarrage de notre économie... ».

Olivier Draulette

Olivier Draulette
(Directeur du développement de l’ONDEF - Emballage Ondulé de France)

« L’ONDEF regroupe l’ensemble des fabricants de carton ondulé en France, soit 75 sites de fabrication, 12 000 salariés, 3 millions de tonnes de carton ondulé et un CA de 3 Md€... La transformation du papier en carton ondulé donne plus de rigidité à l’emballage. Sa fabrication a connu une « révolution » avec la machine onduleuse inventée dans les années 1870, aux Etats-Unis. Les deux sources principales de la matière première sont la fibre de bois (transformé en copeaux et en pâte à papier...) et surtout le carton ondulé recyclé après usage (90%)... Son rôle est très important puisqu’il compte pour plus d’un tiers du total des emballages. Léger, naturel, résistant, sain, protecteur, ergonomique et peu cher, il est majoritairement utilisé dans l’agroalimentaire car il permet d’optimiser la logistique de conditionnement par l’adaptation d’un type de produit à un type d’emballage. Par ailleurs, il est apte au contact alimentaire au regard de la législation européenne. Le carton ondulé sait également innover comme en témoigne le nouveau standard (Common Foot Print ou empreinte de gerbage commune) destiné à un gerbage plus performant et uniforme, l’emballage « prêt à vendre » ou encore la « palette couche » et la caisse « outre »... ».

 

Jean-Emmanuel Hermes

Jean-Emmanuel Hermès
(Délégué Général du Syndicat National de l'Industrie de l'Emballage Léger en Bois)

« Le bois reste le plus ancien, le plus connu et le plus transversal des emballages alimentaires. L’emballage léger en bois est issu à 70% du peuplier, une essence réputée pour sa souplesse de travail, le « déroulage » et sa rapidité de croissance car un peuplier est exploitable au bout de dix-huit ans. Dans une peupleraie bien gérée, la rotation est de deux arbres plantés pour un arbre coupé. Il s’agit d’une matière première naturelle, renouvelable et écologique. L’emballage léger en bois compte pour 9% de l’activité totale de l’emballage, mais dépasse les 30% en ce qui concerne les produits frais dont l’essentiel en fruits et légumes. Aujourd’hui, nous sommes sur un marché plutôt étal, à l’image des autres matériaux d’emballage.
L’emballage léger en bois a une fin de vie et son bilan carbone est quasiment neutre. De plus, sa valorisation de recyclage est totale : compost, panneau de particules, bois d’énergie... L’emballage bois joue également la modernité avec les emballages bois micro-ondables ou encore les nouvelles formes de bourriches d’huîtres. C’est un matériau qui est très bien perçu par le consommateur, d’où notre slogan : Si la nature vous emballe, choisissez l’emballage en bois !... ».

Christophe Leygues

Christophe Leygues
(Responsable du site de Rungis de la société Alsys)

« L’emballage est notre activité principale et représente plus de 6000 références dont 3000 fabriquées dans notre usine de Brie-Comte-Robert (77). Nous commercialisons en majorité pour nos clients (les métiers de bouche) en France et hors de France, le papier d’emballage sous toutes les formes, mais également le plastique sous forme de pots, barquettes et une multitude de petits emballages. Nous avons également prévu de développer notre gamme « bio », notamment les sacs en amidon de maïs et de pomme de terre... L’emballage est un marché stable pour certaines gammes de produits mais en progression pour d’autres. Globalement, l’emballage progresse car c’est un besoin continu, une activité en mouvement, en quête de nouveauté et de recherche... ».

Alain Valenza

Alain Valenza
(Directeur régional IdF de la société La Bovida - Rungis)

« Notre gamme d’emballages concerne les premiers et seconds emballages pour l’alimentation : feuilles de papier, sacs papier (kraft), barquettes et sacs en plastique, barquettes alu, boîtes carton pâtissières, film étirable, etc... Nos sacs en plastique sont personnalisés ou identifiables à un métier ou un secteur d’activité. Nous avons également développé toute une gamme de sacs « bio » réutilisables à base d’amidon de maïs ou de pomme de terre mais qui restent encore chers, expliquant les ventes encore importantes des sacs plastiques traditionnels. Le jour où leur prix baissera, nous basculerons sur ce type d’emballage... Nos plus gros volumes de vente restent les barquettes et sacs en plastique. Celui-ci reste prépondérant (40%). Nous avons un bon millier de références consacrées à l’emballage qui représente entre 20% et 30% de notre CA. En dépit d’une concurrence assez forte, c’est un marché en progression... ».

Yves Boccassini

Yves Boccassini
(Président du CAR - ex dirigeant de la société Boccasacs)

« Notre entreprise est spécialisée dans les emballages papier et plastique à destination des métiers de bouche. En dépit d’un marché plutôt stable, nous restons sur des volumes relativement importants, soit un peu plus de 200 tonnes/an d’emballage papier. Cependant, de nouvelles tendances plus sophistiquées se dessinent, à l’exemple de la barquette. Par ailleurs, nous essayons de développer le grand sac papier américain « s.o.s. » très pratique et qui a le mérite de faire vivre toute la filière bois. Nous faisons également du sac plastique réutilisable. Nos plus grosses ventes sont le plastique (25%), le papier (20%) et la vannerie... Globalement, l’emballage représente 50% de notre chiffre d’affaires et reste un marché stable avec une légère progression en période de fruits rouges (avril, mai, juin). Pour ma part, je crois peu à l’emballage « bio » d’un coût trop élevé et je reste convaincu que le papier demeure la solution la plus écologique pour l’avenir... ».

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