
La production de fruits
Concernant la production de pommes (1,68 million de tonnes en 2007), le verger a perdu 80 000 hectares entre 2002 et 2007, consécutifs à de nombreux arrachages (dont 44 530 hectares en 2007).
Golden reste le premier type variétal cultivé en France (30 % du verger), suivi du groupe Gala (16 % des superficies) et de Granny (8 % du verger).
Quant à la production de poires (198 000 tonnes en 2007), toutes les variétés principales ont régressé. Williams et Guyot représentent plus de la moitié du verger de poirier. Conférence et Comice maintiennent leur niveau. Louise Bonne, Beurré Hardy, Alexandrine, sont en réduction sensible. Le déclin de Passe - Crassane se poursuit inexorablement. Angélys, nouvelle variété d’hiver destinée à la remplacer, représente 200 hectares (2007). Le verger poursuit son vieillissement, les arbres de 25 ans en composant plus de la moitié.
Pareil à celui de la poire, le verger de pêcher a enregistré une nouvelle baisse en 2007 (390 00 tonnes). Environ 25 % du verger a disparu dans les cinq dernières années. La réduction des surfaces est plus sensible pour la pêche, notamment plus pour la jaune (-35 %) que la nectarine (-15 %). En pêches blanches, la variété Onyx est la première plantée (les surfaces ont triplé en cinq ans).
Concernant la prune, on note une diminution sensible du verger (5 % en cinq ans) affectant en priorité Reine-Claude et Président (-15 %). Néanmoins, les superficies de mirabelles et quetsches continuent de progresser (+17 % et +6 %). Cependant, on observe un relatif vieillissement du verger, la part des arbres de moins de quinze ans ne représentant plus que 36 % de la surface totale de l’espèce.
Une baisse de productivité...
Le verger d’abricotier a cédé un millier d’hectares (7 % de sa superficie) mais son renouvellement s’effectue à un rythme soutenu (20 % du verger a moins de cinq ans). Sa diversification se poursuit avec la diffusion régulière de nouvelles variétés.
Pour sa part, le cerisier a perdu plus de 2 000 hectares depuis 2002 (17 % de sa surface). Sa composition variétale se modifie lentement, la part des deux principales variétés (Burlat et Napoléon) continuant de s’éroder (moins de 30 % des surfaces). A l’inverse, des variétés plus récentes (Summit, Duroni) restent stables ou progressent (Rainier, Sweet Heart), voire triple leur superficie (Regina).
La noix a connu le plus fort accroissement (+7 % en cinq ans). Avec plus de 20 000 hectares, le noyer est le seul à avoir progressé en superficie et se place en deuxième position derrière le pommier mais devant le prunier et le pêcher. La variété Franquette demeure la référence (78% des surfaces plantées).
Pour la fraise, les surfaces continuent de baisser, alors que le hors sol progresse et représente toujours des volumes importants. Mais, cette progression ne compense pas la baisse inexorable des volumes (77 000 tonnes en 1996 contre 49 300 en 2006). Cette baisse bénéficie à la concurrence espagnole (début de campagne) et nordique (Allemagne, Belgique, Pays-Bas) en fin de printemps, été et automne.
Le melon français (environ 300 000 tonnes, 3e producteur de l’UE) repose surtout sur la variété Charentais. La France n’est pas autosuffisante et importe 90 000 tonnes/an d’Espagne, Maroc et Israël.
Le raisin de table (61 000 tonnes en 2006) est également déficitaire. Les importations se sont élevées à 124 147 tonnes (+7 %) en 2006
Le kiwi reste stable, la variété Hayward conservant le monopole (96% des superficies).
La production de légumes
Comparé à 1996, le nombre de producteurs de légumes a diminué de 40 % et les surfaces cultivées de 6 %. Depuis dix ans, on note une diminution sensible des surfaces sous abri bas (-33 %) alors que celles sous abri haut sont en hausse (+13 %). Parmi elles, les surfaces hors sol ont gagné 80% et couvrent près de 1 500 hectares bruts (soit un hectare sur cinq de serre et tunnel). Une part croissante des surfaces légumières se trouve dans des exploitations toujours plus grandes et un peu plus de 3 200 producteurs détiennent plus de 50 % des surfaces, soit 40 hectares par exploitation. Ces structures produisent essentiellement pour l’industrie de transformation (haricot, petit pois, maïs doux...) mais aussi des espèces (carotte, oignon, melon...) pour le marché du frais.
Vient ensuite la culture maraîchère réalisée sur des parcelles spécialisées avec rotations successives (20 % du total des exploitations et 12 % des surfaces brutes). Si la production maraîchère de plein air reste majoritaire, les serristes spécialisés sont 1 700 avec une surface légumière moyenne de 1,7 hectare et leur poids a été doublé en dix ans. Il en est de même pour ceux qui associent serre et culture de plein air. La production légumière pour l’industrie couvre environ 45 % des superficies totales contre 35 % en 1996. A l’inverse, la production de légumes pour le marché du frais a diminué de 20 % à 40 % en dix ans selon les espèces.
Des volumes contrastés...
La production de pomme de terre s’est élevée à 4 730 000 tonnes en 2007 (+7 % comparé à 2006) et les exportations ont progressé de 12,5 %.
Concernant la tomate (615 300 tonnes en 2007 dont 41% en tomate grappe), la production sous serre représente 93 % de la production totale. Si la production reste assez stable, les surfaces de production ont légèrement baissé (-6 %) mais ont été largement compensées par la culture hors sol.
L’endive a connu une baisse de 3 % de sa surface (12 500 hectares). La production de racines est restée stable (377 000 tonnes) et la production de chicons (223 000 tonnes) a très légèrement augmenté (+1 %).
Le chou-fleur a vu sa surface diminuer de 5 % (22 700 hectares), de même que sa production (-3 %) à 356 700 tonnes, en dépit d’une demande soutenue.
La carotte enregistre une augmentation de sa surface (+6 %) avec 9 300 hectares et une production en hausse (+7 %) à 360 000 tonnes. Le bon niveau des cours se maintient et le marché reste bien orienté.
La production globale de salade est restée stable avec 500 millions de têtes (laitue, batavia, feuille de chêne, chicorée...). La salade en sachet (4e gamme) est en légère hausse, notamment la mâche.
La production de poireau (176 850 tonnes) connaît une baisse sensible depuis 2004, pour une superficie estimée à 6 000 hectares. Premier producteur européen, la France a néanmoins enregistré de fortes importations (32 000 tonnes). Si le marché du poireau primeur a chuté de 10 %, le poireau d’hiver devrait augmenter de 6 %.
Import-export et distribution
Les exportations de fruits et légumes frais étaient de 1,64 Md€ pour l’année 2007, en hausse sensible comparé à 2006 (1,63 Md€). En dépit d’un léger fléchissement des volumes de légumes (676 000 tonnes, -0,63 %), le chiffre d’affaires a atteint 654 M€.
Les ventes de chou-fleur restent soutenues (127 000 tonnes) et les exportations de tomate progressent toujours (111 500 tonnes, +30 %). La salade a connu une très légère baisse de ses volumes (-400 tonnes). Pour les fruits frais, la situation se détériore avec des exportations en volumes, en recul de 11 %.Les pommes progressent en valeur (+6 %) mais chute en volume (-12 % à 640 000 tonnes). Le raisin de table a connu une légère baisse en volume à l’exportation (-500 tonnes)...
Les importations de légumes frais (hors pomme de terre) ont atteint 1,6 million de tonnes en 2007 (tomate, concombre, poivron, courgette, oignon, aubergine, melon, asperge...) et 916 800 tonnes pour celles de fruits frais tempérés (fraise, prune, fruits rouges, pêche, cerise, abricot, pomme, raisin, nectarine...). Pour les fruits exotiques, les agrumes ont atteint 979 000 tonnes et les bananes et exotiques ont été de 748 500 tonnes.
Un marché segmenté...
La vente des fruits et légumes est assurée à 59 % par la GMS. Pour leur part, les marchés traditionnels en assurent 17 %, le hard-discount 12 %, les primeurs 8,6 %, les autres circuits (vente directe...) 3,4 %.
Le commerce de détail spécialisé en fruits et légumes obéit à des choix stratégiques pour se décliner en six catégories de spécialistes (hyper cours des halles, spécialiste discounter, multi-spécialiste, spécialiste qualitatif, spécialiste traditionnel, spécialiste conventionnel en « servez-vous ») selon le mode de vente, la largeur de gamme, les services proposés ou encore la zone de chalandise...
Dans la distribution de fruits et légumes, on dénombre plusieurs types de circuits, courts ou longs, dont :
- les circuits courts de producteurs-vendeurs (7 % des approvisionnements aux consommateurs français et 10% de la production),
- les circuits longs producteurs-expéditeurs (77 % pour les grossistes et centrales d’achat, 23 % à l’export et à l’import),
- le circuit import-ré-export (60 % des entrées de l’UE et 40 % des pays tiers),
- le circuit de gros (54 % de l’expédition française et 46 % d’introduction-importation, 55 % des ventes provenant des opérateurs sur marché, 34 % des opérateurs hors marché, 11% pour les grossistes non spécialisés).
- le e-commerce alimentaire (en progression constante, il devrait représenter 5 % du commerce alimentaire national en 2010 dont un tiers dévolu aux fruits et légumes...).
La consommation de fruits et légumes
Les dépenses en fruits et légumes des ménages français frais (hors pomme de terre) représentent 10,9 % de leurs dépenses alimentaires totales (source Insee). On estime la consommation française de fruits et légumes frais (hors pdt) à environ 151 kg (2007) par an et par ménage. Ce sont les fruits qui ont le plus tiré l’ensemble du marché à la hausse. Les quantités achetées par acte d’achat continuent de progresser, de même que la fréquence d’achat. En 2007, les quantités achetées par les ménages ont nettement dépassé la moyenne observée depuis 2002. Concernant les légumes, l’année 2007 a connu une reprise de la consommation sans toutefois retrouver le niveau moyen des cinq années antérieures.
Parmi les achats de fruits en hausse figurent la fraise (+13 %), l’orange (+12 %), le raisin (+12 %), les agrumes (+11 %), la pomme (+4 %)... Parmi les baisses d’achat se trouvent la cerise (-26 %), l’abricot (-11 %), l’ananas (-10 %), les pêches et nectarines (-9 %) et le citron vert lime (-2 %)...
Concernant les légumes en hausse d’achat, se trouvent l’oignon (+18 %), l’artichaut (+14 %), le poivron (+13 %), la courgette (+12 %), la tomate (+7 %), la carotte (+6 %). A la baisse, figurent la pastèque (-10 %), la citrouille et le potiron (-8 %), la salade (-5 %), la mâche (-3 %), le poireau (-3 %), le melon (-2 %).
Les choix des consommateurs
Pour la majorité des consommateurs, la qualité des fruits et légumes est liée à leur fraîcheur (le premier critère de chois devant le prix) et au respect des saisons. Les fruits et légumes d’origine française ont une excellente image même s’ils sont jugés parfois plus chers, en raison d’une qualité supérieure et d’une réglementation plus exigeante (la France pratiquant le plus grand nombre de contrôles). Les fruits et légumes de 4e gamme (prêts à consommer) connaissent une croissance annuelle moyenne de 9% et environ 70 % des ménages en consomment. La salade représente 85% du segment, soit 1 salade sur 5 consommée en France.
Les volumes vendus ont atteint 74 000 tonnes en GMS et 38 000 tonnes en RHD. Si les fruits et légumes frais restent leaders en termes de pénétration et de budget moyen d’achat, la concurrence se situe sur les produits de 4e gamme et les surgelés, ainsi que les produits prêts à consommer au rayon frais. Les fruits et légumes de 4e gamme sont surtout achetés par la restauration collective, la restauration commerciale absorbant 60% des achats de légumes frais entiers.
Innovation et valorisation
L’innovation revêt de multiples facettes dont la diversité variétale (goûts, formes, couleurs...) et technologique (emballages, matériels...). Innover est nécessaire pour développer la compétitivité des entreprises de la filière, favoriser la consommation des fruits et légumes (frais et transformés). Le consommateur refusant de plus en plus le modèle industriel, l’innovation permet d’accentuer des valeurs liées à l’environnement, au développement durable, sans oublier le caractère pratique. Par exemple, la tomate a bénéficié d’innovations variétales qui ont permis sa segmentation, entrainant une hausse de sa consommation.
Par ailleurs, des variétés disparues ou en perte de vitesse ont été remises sur le marché sous une autre forme (mini-légumes) et ont connu un regain de consommation.
De même, de nouveaux procédés ont vu le jour pour améliorer la qualité des fruits et légumes (atmosphère contrôlée, contrôle de la qualité gustative, packaging, brumisation et nébulisation, matériels de plantation et de récolte, traitements, production raisonnée et intégrée, transport...).A cet égard, le salon Fruit Logistica de Berlin (4 au 6 février 2009) s’impose aujourd’hui, comme le rendez-vous mondial des produits et services de la filière fruits et légumes...
Francis Duriez
Source : Ctifl, Agreste, ministère de l’Agriculture, Scees, Douanes, Inra, Interfel/Aprifel, Insee
Crédit photos : Francis Duriez ;Crédoc ; Aprifel ; Viniflhor ; Lechat ; Ph Unic ; CTIFL
Quelques réactions de professionnels
Pierrot Da Costa
(Détaillant fruitier - Paris)
« Le marché des fruits et légumes frais est peu dynamique et la clientèle se fait un peu plus rare, en raison d’une baisse du pouvoir d’achat. Cela représente une baisse de 10% en volume et en valeur. De plus, il se vend moins de fruits et légumes de contre-saison. L’origine France est davantage sollicitée ainsi que le bio. Dans nos magasins de Montmartre et de la Porte d’Auteuil, nous commercialisons des fruits et légumes issus de l’agriculture raisonnée.
Par ailleurs, le consommateur privilégie le produit préparé (4e gamme) faute de temps pour faire à manger, avec les salades, les ananas préparés, les salades de fruits... Nous mêmes, nous commercialisons des soupes faites maison qui se vendent bien pour cette raison. Alors que les fruits sont un peu moins chers que l’an dernier, on remarque un déplacement des achats sur des produits moins luxueux, même dans les populations plus aisées. Mais, le client ne cherche pas pour autant des produits de moindre qualité. Il nous faut savoir vendre la juste qualité au juste prix. On constate un certain travail innovant avec l’arrivée de nouvelles variétés dans bon nombre de fruits et légumes... ».
Frédéric Descrozaille
(Directeur général d’Interfel)
« On constate en 2007, un léger ralentissement de la baisse des surfaces agricoles consacrées aux fruits et légumes. Côté rendements, on constate également une baisse sauf pour quelques produits, comme la pomme ou l’endive. Enfin, en valeur, 2007 aura aussi été une année de baisse de 6,3%.
Il est très difficile d’envisager son évolution, particulièrement à la veille de 2009 : la suppression des normes, la directive européenne 414 sur la suppression des produits phytosanitaires, l’application de la Loi de modernisation de l’économie et son impact sur les circuits de commercialisation sont lourds, très lourds de conséquences. Il faut travailler à protéger les conditions d’exercice des métiers de la production, et lui donner les moyens de s’adapter à ces évolutions. Mais ce n’est pas joué.
On constate une certaine reprise de la consommation de fruits et légumes après deux années de baisse, essentiellement due à une hausse de la fréquence d’achat. Le taux de pénétration des ménages reste élevé : ce sont des produits qui continuent de séduire autant de ménages.
Par ailleurs, la consommation semble s’orienter vers les primeurs, et le marché de la RHF a enregistré une hausse des achats de fruits et de légumes frais, principalement due à la restauration commerciale.
Son évolution va dépendre de la capacité de l’offre à s’y adapter, en répondant aux caractéristiques et aux évolutions de la demande.
Il est certain que le message du PNNS est passé, et les Français sont très nombreux à avoir intégré l’idée que leur alimentation a un impact significatif sur leur santé. Cela dit, nous sommes dans un pays latin, et chez nous le rapport à l’alimentation n’est pas utilitaire : ce n’est pas parce qu’il faut se nourrir qu’on se met à table.
Le potentiel de hausse de la consommation est certainement très important. Mais pour l’exploiter, il va falloir que les metteurs en marché investissent dans le marketing vente en proposant des produits plaisir, accompagnés de services et de conseils.
On sait que les français cuisinent de moins en moins, mais qu’ils restent attachés à la préparation d’un repas « maison » le week-end. Il faut donc que les filières Fruits et Légumes embrassent deux tendances : la tendance « commodité », plateau-repas sur le pouce en semaine, et la tendance traditionnelle de la cuisine le week-end.
Cela suppose des investissements en conditionnements snack ou ludiques et pratiques, et des investissements en info et repères consommateurs sur les modes de conservation et de valorisation culinaire.
Fruit Logistica est un lieu d’échanges incontournable, car ce salon international regroupe tous les professionnels des fruits et légumes de près de 70 pays. Il est en parfaite adéquation avec nos enjeux et nos préoccupations, qui est d’ouvrir de nouveaux marchés et de promouvoir les exportations de fruits et légumes frais d’origine française. La présence d’Interfel est donc indispensable, et pour la deuxième année, l’Interprofession s’associe à FLD et au CNIPT, en organisant dans le cadre de ce Salon, les Trophées des exportateurs français de fruits, de légumes et de pommes de terre. Ces trophées ont pour objectif de valoriser et récompenser les initiatives des entreprises françaises de la filière à l’export... ».
Christian Hutin
(Chef du département Produits et Marchés du CTIFL)
« La production de fruits et légumes est globalement en baisse depuis plusieurs années, notamment sur des produits majeurs (pomme), en raison de la baisse des surfaces, de la compétitivité des entreprises de production et de leur positionnement difficile face à la concurrence... A cet égard, la production du sud de la France souffre de la concurrence du Maroc, de l’Espagne et de l’émergence de l’Egypte (production de primeurs). A l’inverse, l’abricot français reste leader européen pour avoir su jouer la rénovation variétale. De même, la noix est le seul verger à se développer en France...
Si la question se pose de savoir jusqu’à quel niveau peut tomber notre potentiel global de production, on s’aperçoit que des filières résistent voire progressent comme la fraise, la tomate, par des efforts de segmentation, d’amélioration variétale, de communication, de maîtrise de production, de structuration d’entreprises...
Depuis trente ans, la distribution a vu la montée en puissance de la grande distribution qui s’est adaptée à l’évolution du mode de vie du consommateur, au détriment des circuits de gros et du détail. Aujourd’hui, celle-ci est plus marginale.
Le commerce de proximité est de nouveau tendance, mais doit évoluer dans son mode de fonctionnement par des innovations commerciales.
Globalement, la consommation est au mieux stable selon nos chiffres. Elle se tient en valeur mais baisse un peu en volumes. Face à la concurrence du produit transformé, le produit frais doit fortement jouer la qualité et la segmentation.
Le secteur des fruits et légumes doit encore s’investir en termes d’innovation technologique et variétale pour tenir la concurrence et satisfaire le consommateur, dans le meilleur rapport qualité/prix. A propos du Salon Fruit Logistica, il est devenu la référence de la filière fruits et légumes et le CTIFL y sera présent... ».
Jacques Lechat
(Producteur de fruits – Loire-Atlantique)
« Avec mon frère Jean-Louis, nous sommes la 3e génération de producteurs de pommes et poires sur une exploitation de douze hectares, rassemblant une trentaine de variétés, à la fois classiques et de niche... et une cinquantaine en cours d’essai. Nous sommes placés sur le haut de gamme avec un principe intangible : redonner aux fruits leur caractère d’excellence... Chez nous, la maîtrise de la production est liée à une sélection rigoureuse et importante des fruits produits. Par exemple, sur un pommier Golden comptant 2 700 fleurs, nous ne récoltons que 24 fruits qui sont commercialisés sur un circuit haut de gamme. Nous écoulons un tiers de notre production chez un opérateur de Rungis placé sur le haut de gamme. Nous avons toujours adapté notre production à notre vente par une sélection drastique et en maintenant nos prix.... A notre niveau, on fait des efforts constants : amélioration globale des fruits (goût, forme, résistance), traçabilité, environnement...
La pression économique sur le marché des fruits est le fait de la GMS et une bonne partie de la production se retrouve les mains liées avec des contraintes de prix bas, donc de production de moindre qualité. Cette pression entraîne la disparition des petits producteurs et leurs produits de qualité. Le même problème se pose avec les distributeurs qui travaillent sous leurs marques. Tout cela induit une uniformisation de la production préjudiciable à la consommation.
Concernant l’innovation variétale, elle a sa raison d’être si elle est portée par la demande. Or, souvent elle représente un coût élevé qui freine la consommation... ».
Didier Ioli
(Directeur général de la société Paris Select - secteur fruits et légumes à Rungis)
«On constate une diminution des surfaces cultivées faute d’un renouvellement suffisant des variétés et une diminution des producteurs faute de repreneurs et de candidats passionnés pour ces métiers contraignants. Cela va provoquer des regroupements de producteurs qui vont déboucher à plus ou moins long terme sur une certaine standardisation des produits et donc une désaffection du client pour ces produits sans goût et sans originalité.
La consommation est le reflet des erreurs commises. La production est encore trop tributaire de la grande distribution, avec des marchés de plus en plus difficiles. On met sur le marché des variétés sélectionnées pour leur rendement, sans qualité gustative, des fruits cueillis trop tôt et produits au moindre coût. Du fait de cette mauvaise qualité, la consommation tend à baisser. Elle a diminué d’environ 6% sur les cinq ans passés.
Il y a un gros travail à faire au niveau de la production pour parvenir à des fruits et légumes de meilleure qualité gustative. Les fruits et légumes sont des produits frais, naturels, fragiles qu’il faut préserver pour leur conserver leurs qualités premières. Cela vaut pour le producteur, le grossiste, le détaillant et même le consommateur. Mais la qualité a une valeur réelle qui n’a pas été prise en considération pendant longtemps. Tout au long de son parcours, le fuit ou le légume supporte des coûts réels et associés (production, conditionnement, calibrage, traçabilité, mise en marché, distribution...) et son prix doit être fixé en conséquence. Quant à l’innovation variétale, elle participe à la valorisation du marché, car la diversité fait la demande. A cet égard, le marché de gros est incontournable et reste le seul à faire la connexion entre l’amont et l’aval car il maîtrise la sélection, la saisonnalité, l’origine, la distribution et le prix des produits... Le salon Fruit Logistica est devenu essentiel pour la filière fruits et légumes ».
Georges-Pierre Malpel
(Directeur de Viniflhor)
« Conjoncturellement l'année 2008 sera difficile pour la production française de fruits et légumes. Pour les exploitations fruitières, très sensibles aux aléas climatiques, la campagne a été marquée par une faible productivité des vergers de pêchers et d’abricotiers, non compensée par les hausses de prix. La production de poires a également diminué de plus de 20 %. Les charges liées aux engrais et produits de protection des cultures étant en hausse, il en résulte une baisse du revenu 2008 estimée à 26 %.
Pour les exploitations légumières, les productions sous serres dépendent moins du climat mais sont les plus exposées aux hausses des coûts de l’énergie. La demande restant sensible à la météo, durant l’été 2008, la fraîcheur a freiné les ventes entraînant une chute des cours. Malgré une conjoncture plus favorable pour les légumes d’hiver, la baisse du revenu des producteurs serait de 16 %. L’équilibre des marchés de fruits et légumes est souvent fragile et un léger surcroît d’approvisionnement, via l’importation, ou un manque momentané provoquent des réajustements brusques des cours. Structurellement la production de Fruits et légumes est en repli lent mais régulier.
Je distingue deux tendances claires à son évolution. La première paraît être l'orientation vers des productions "durables" : énergies renouvelables et économies dans les serres, réduction régulière des intrants... L'autre tendance est le développement de la segmentation et du marketing : créations variétales et conditionnements pour proposer des produits qui s'adaptent aux occasions de consommation et offrent plus de praticité aux consommateurs. Ceci dans un contexte de vive concurrence sur les prix, dans un marché européen très ouvert.
Cela conduit les producteurs à s'adapter en termes de maîtrise des coûts et de technicité. Ils s'adaptent à leurs clients, aux évolutions des modes de consommation et de distribution. Ils s'adaptent aux nouvelles règles environnementales et réglementaires.
Concernant les évolutions de la consommation alimentaire, chacun sait que les ménages passent de moins en moins de temps à la préparation des repas. Ils privilégient les produits contribuant à leur santé mais aussi et leur apportent du service. Dans ce contexte, les fruits et légumes frais bénéficient d'une bonne image car fortement identifiés comme bénéfiques à la santé. Mais, ils sont handicapés par leur caractère de produit bruts, nécessitant une expertise du consommateur pour le choix, la conservation et la préparation.
Dans une ambiance générale d’hypersensibilité au prix, la variabilité des prix est perçue comme un indice de cherté. L’enjeu de la filière est donc de concilier produit frais et service... ».
Bernard Piton
(Président de l’UNCGFL)
« La pression qui s'exerce, depuis quelques mois, induit chez nos consommateurs des montées anxiogènes qui ont des conséquences profondes sur leur comportement : énergie chère, perception de la baisse du pouvoir d'achat, peur du lendemain, vont induire nécessairement des arbitrages. Mais nous avons quelques atouts de notre côté.
Le premier, dans notre secteur agroalimentaire, est que nos clients ont besoin de manger tous les jours.
Le second, c’est que les offres de proximité pourraient être durablement mieux positionnées que celles qui nécessitent des retours fréquents à la station service.
Le troisième, c'est que cela pourrait donner aux commerçants de proximité l'occasion de redire à leur chaland les conseils malins pour optimiser leurs achats.
Les crises nous sont toujours présentées comme des périodes de menaces. Mais elles sont aussi des opportunités pour ceux qui savent adapter leurs offres aux tendances ; c'est le rôle des commerçants. Notre tendance demain, c'est de promouvoir de l'offre innovante et de l'achat malin. L'achat malin, ce n'est pas que du premier prix, mais des produits accessibles, le produit qui rassure (dans un environnement anxiogène), le produit qui séduit (on regarde moins le prix), le produit qui a du lien (dans une société d’apparence factice). On devrait voir, a Fruit Logistica, les offres nouvelles de produits ; mais au delà, je pense aussi que la chaîne de services va avoir beaucoup de choses nouvelles à raconter à nos consommateurs... ».