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Instruments de pesage : La technologie prend du poids…

Présent dans de multiples secteurs dont celui de l’agroalimentaires, le pesage s’est développé et affiné au long des siècles pour déborder largement son cadre traditionnel. Aujourd’hui, les progrès technologiques considérables réalisés lui ont permis de s’intégrer dans bien des domaines d’activité et d’en accélérer le développement…

De par son ampleur et l’évolution rapide de sa technologie, le pesage tient une place d’actualité de plus en plus large dans l’économie de nos sociétés.

Les origines du pesage

Par définition, le pesage est la détermination de la masse d’un corps. Cette grandeur n’étant pas mesurable directement, il a fallu réaliser l’équilibre d’une force inconnue par une force connue, pour la déterminer. Un procédé utilisé depuis l’Antiquité. L’idée de la balance (du latin bis : deux fois et plax : plateau) n’est pas celle d’un seul homme mais celle de différents peuples ou sociétés. Retrouvée dans les hiéroglyphes égyptiens, la balance à fléau est née du geste comparatif des deux mains soupesant deux objets. Apparue 5 000 ans avant J.C., la balance est devenue rapidement l’ustensile des échanges entre les hommes. Puis vinrent

les premiers poids-étalons en bronze ou en cuivre, en Egypte et en Asie, avant l’arrivée de la monnaie. Dans la Rome Antique, plusieurs types d’instruments existaient déjà dont les nôtres sont les descendants. La trutina pour les grosses pesées et la moneta pour les petites. La statera, balance connue sous l’appellation « balance romaine » permet d’utiliser un seul instrument pour peser. Au Moyen Age, le mot « balance » prend sa place dans la langue française. Dès la fin du XIIe siècle, Philippe-Auguste remplace l’unité de poids (la livre) par le marc (unité de poids en vigueur jusqu’en 1795), utilisé dans la plupart des pays d’Europe mais avec des valeurs différentes.

Une évolution continue

Au XVIe siècle se développent des boîtes de pesage pour petites pesées. Contenant une balance à bras égaux montée sur colonne démontable et des poids (dits poids monétaires), elles servaient à vérifier la masse des pièces d’or et d’argent. Au XVIIe siècle, le mathématicien et physicien Gilles Personne dit Roberval (natif de Roberval dans l’Oise) révolutionne le pesage, avec la mise en place sur sa balance (comprenant fléau, coussinets et couteau) de deux plateaux au-dessus du fléau et non plus en dessous. Un siècle plus tard, Lavoisier perfectionne la balance et ses principes, en généralisant une balance très sensible (au milligramme) pour les laboratoires. A cette époque (1795), les systèmes archaïques des poids et mesures abandonnés au profit du système métrique prôné par la Révolution Française.

Au XIXe siècle, c’est la mise en place d’un étalon unique (1er janvier 1840) pour tout le pays. De plus, les formes des poids sont réglementées : cylindrique avec prise en cuivre, hexagonale ou rectangulaire en fonte de fer avec anneau. Par ailleurs, la balance Roberval est perfectionnée par Béranger qui réduit les forces latérales et les frottements en utilisant de plus petits fléaux secondaires qui remplacent les tiges de force. En Angleterre, le pont-bascule fait son apparition grâce au « levier compensé » permettant de faire de grosses pesées sans utiliser de gros pesons. Les balances Roberval et Béranger sont sur tous les comptoirs quand la balance à cadran gradué (circulaire ou en forme de « V » renversé) fait son entrée sur le marché du pesage au début du XXe siècle, où l’on peut lire le poids de l’objet pesé. Après la balance semi-automatique (à un ou deux plateaux), la balance automatique s’installe à son tour, supplantée petit à petit par la balance « électronique » à capteurs à jauge de contrainte, imprimant poids et prix correspondants…

Des technologies sophistiquées

Aujourd’hui, les instruments de pesage sont automatisés grâce au développement de l’électronique et de l’informatique, sans intervention de la main de l’homme. Dans le secteur agroalimentaire, il existe plusieurs types de balances poids/prix (calcul du prix à payer selon la saisie d’un prix unitaire et d’un poids déterminé). Les balances « poids/prix sans ticket » calculent un montant instantané sans pouvoir totaliser plusieurs articles, ni le nombre et le total des transactions d’une journée. Les balances « poids/prix avec ticket » totalisent plusieurs pesées et impriment en clair le nom du produit (fonction PLU) et le prix à payer. Les balances « poids/prix à ticket interconnecté », en plus des fonctions de la précédente, permettent de travailler par interconnection sur plusieurs balances et avec un ou plusieurs vendeurs. Pratique pour les commerçants possédant de longs étals, en évitant des allers-retours nombreux. Ces instruments peuvent être filaires (avec fil) ou non filaires (fonctionnent par radiofréquence, voire sur réseau wi-fi pour les plus sophistiquées).

La totalisation peut se faire à partir de n’importe quelle balance. Ces appareils peuvent sont parfois équipés d’un logiciel permettant de faire de l’analyse de vente, du calcul de marge, servir de caisse enregistreuse, ventiler les encaissements (espèces, chèques, cartes de paiement), voire enregistrer des articles vendus à la pièce sans peser. On peut aussi y raccorder un PC (terminal de point de vente), un scanner, un lecteur de code-barres (douchette). Il existe également des instruments de pesage capables de faire de la gestion de stock (gérer des plateformes avec alarme pour rupture de stock), de faire du préemballage programmable (emballer/peser/étiqueter) en faisant apparaître toutes les mentions obligatoires (traçabilité, DLC, composition du produit… suivant les normes en vigueur) sur une étiquette autocollante… La technologie s’intensifiant, des balances dites à « reconnaissance automatique » permettent de reconnaître automatiquement les produits à peser grâce à un logiciel adapté (fruits, légumes et autres…). On dénombre également le pèse-palette (transpalette équipé d’une balance), la bascule de pesage aérien avec crochet (pour déterminer le poids de carcasses de viande transbordées d’un camion frigo), la balance murale (poids des produits carnés), le pont-bascule pour charge lourde (0,5t à 100t)…

Des mesures précises...

Les instruments de pesage permettent des pesées de grande précision, eu égard aux techniques et matériaux employés. Ainsi, les récepteurs de charge se présentent sous trois types : - le récepteur de charge mécanique où le poids est transmis et divisé par des bras de levier est en cours de disparition car il demande des matériaux résistant à de fortes pressions et de la main-d’œuvre qualifiée pour ajuster l’ensemble ; il reste encore utilisé là où il n’y a pas d’alimentation électrique ; - le récepteur de charge électronique (à capteur à jauge de contrainte) regroupe une ou plusieurs barres métalliques sur lesquelles sont disposées des jauges de contrainte mesurant la déformation des barres sous le

les multicapteurs (pour endroit sec et sain et des températures de +10°C à +40°C) et les monocapteurs d’une seule barre métallique (températures de -10°C à +40°C) ; - le pot magnétique (pour balance de laboratoire de préparation, ex. : 52g/0,00001g) consiste à équilibrer un axe métallique sur lequel est placée la charge à peser, par l’envoi d’un courant électrique dans une bobine magnétique. La valeur de ce courant est alors transformée en indication de poids. De plus, les instruments de pesage sont construits selon des indices de protection, dans des matériaux permettant de résister à tous types d’agressions extérieures (eau, écarts de température, poussière, choc…) et aux épreuves du nettoyage (karcher, produits détergents).

Législation et marché

Les instruments de pesage utilisés dans un cadre réglementé (vente au public…) doivent répondre à des prescriptions réglementaires et être soumis à vérification régulière. Celle-ci doit être obligatoirement validée par un vérificateur agréé de l’Etat (DRIRE) qui engage la responsabilité de l’utilisateur. La vérification consiste à réaliser deux types d’essais : - conformité administrative (la balance doit toujours posséder son carnet métrologique attestant des diverses vérifications, être scellée pour éviter à l’utilisateur d’intervenir sur les réglages, être un modèle approuvé par l’Etat, des mentions lisibles et compréhensibles de l’acheteur…), - essais métrologiques (vérification du zéro, essai d’excentration sur plusieurs points du plateau, essai de justesse par poids étalonnés, essai de mobilité à faible charge…).

Si l’instrument n’est pas conforme (une vignette rouge est apposée), il doit être réparé ou soustrait de la vente (rebus) dans le cas extrême. Si l’instrument est conforme, une vignette verte est apposée pour une validité de deux ans pour les balances (inférieures à 30 kg) utilisées pour la vente directe au public, et d’un an pour tous les autres usages. Le vérificateur n’intervient en aucune manière dans l’appareillage de la balance. Cela relève du réparateur agréé par le LNE (Laboratoire National d’Essais). Le marché a connu une très forte hausse de ses ventes lors du passage à l’euro (1er janvier 2001) puis a décliné par la suite (2002 à 2005) pour retrouver une légère progression en cours d’année 2006. Cependant, il s’agit d’un marché assez stable avec peu d’amplitude. Le nombre moyen de balances poids/prix du secteur agroalimentaire est d’environ 35 000 unités/an et de 5 000 unités/an pour les groupes de pesage-étiquetage… (source : DRIRE, La Corpo, Mettler-Toledo, La Bovida, Jac’Pesage, Pesage 94) Duriez Francis

Quelques réactions de professionnels

Bernard Soulié
(directeur marketing - division commerce de Mettler Toledo France)

« Notre règle est d’apporter la meilleure solution globale… Leader mondial du secteur pesage-étiquetage, nous sommes le seul fabricant, par exemple, à pouvoir équiper en totalité un atelier de découpe, en système automatisé. Le pesage est passé d’un mode mécanique et manuel, à l’ère de l’électronique et de la connectique… Après les alertes sanitaires (type ESB et autres…), l’obligation de traçabilité a généré des besoins d’identification comme la connexion informatique et la mise en place de normes spécifiques : IFS (International Food Standard) pour l’UE et le BRC (British Retail Consortium) pour la Grande-Bretagne. Nous allons commercialiser des instruments de type IP 69K (degré de protection à l’eau et à la poussière) sous HACCP, et un nouveau groupe de pesage-étiquetage (base PC, grand écran tactile, réseau wi-fi, totalement connectable). La révolution est dans la gestion totale de la traçabilité du produit et parmi les voies d’avenir, il y a la reconnaissance automatique du produit, l’intégration des cartes PC dans les indicateurs de poids… L’évolution du pesage tend vers un meilleur service global.

Eddy Zimero
(p-dg de la société Jac’Pesage - Marché de Rungis)

« Notre entreprise dont l’existence et l’expérience remontent à plus de soixante ans est diversifiée dans le secteur du pesage. Nous sommes distributeur, réparateur certifié par le LNE (Laboratoire National d’Essais) et vérificateur agréé par la DRIRE (Direction Régionale de l’Industrie, de la Recherche, de l’Environnement). Nous sommes donc audités et contrôlés par la DRIRE plusieurs fois/an. Les matériels les plus vendus sont les balances en réseau de type filaire. Elles permettent de gagner un temps important sur les linéaires à plusieurs vendeurs. Les appareils en radio fréquence sont encore trop peu employés. Pour être utilisables à la vente, les instruments de pesage doivent être obligatoirement conformes à la loi... Aujourd’hui, l’évolution réside dans des balances connectées à un logiciel informatique réalisant plusieurs fonctions : analyse de vente, calcul de marge, gestion de stock, caisse enregistreuse, étiquetage et traçabilité... Désormais, la technologie est omniprésente dans le pesage...».

Alain Valenza
(directeur régional IdF de la société La Bovida - Marché de Rungis)

« Figurant dans les trois premières entreprises d’accessoires en France, nous sommes distributeur de matériels de pesage et nous sous-traitons le contrôle à un bureau de vérification agréé. Nous commercialisons surtout des balances de comptoir (15 kg) pour nos clients des métiers de bouche, des balances 60 kg et des balances murales pour bouchers et charcutiers. Les plus vendues sont les balances électroniques. Le pesage a beaucoup évolué, notamment par la mise en place de cahiers des charges très précis où l’informatique et l’électronique jouent un rôle majeur. De plus, ces instruments sont devenus très résistants et répondent à des indices de protection élevés. Ils restent précis et fiables après un lavage au Karcher, à la poussière, aux basses et hautes températures et à certaines pressions. Le passage à l’euro a permis de renouveler une grande partie du parc et tous les distributeurs ont fait d’excellentes ventes. Aujourd’hui, le marché est revenu à un niveau de plus faible amplitude. Pour notre magasin de Rungis, le pesage représente 5% du CA...».

Silvio Piccini
(dirigeant de la société Pesage 94 - Marché de Rungis)

« D’abord employé d’un fabricant d’une grande marque qui a du cesser ses activités, je me suis mis à mon compte en février 1985, toujours sur le Marché de Rungis. Je suis titulaire de plusieurs agréments : réparation, étalonnage, vérification, Iso 9001 version 2000. De fait, je suis soumis aux contrôles de la DRIRE. Les instruments les plus demandés vont du pont-bascule 1500 kg à la balance 60 kg par 20g, en passant par les balances pour laboratoires, au pont de 100t. Autrefois mécaniques (dites IPFNA : instrument de pesage à fonctionnement non automatique), les machines sont, aujourd’hui, totalement électroniques (dites IPFA : instrument de pesage à fonctionnement automatique) et beaucoup plus fiables. Certaines sont non filaires et fonctionnent en wi-fi, évitant les pannes de courant. A l’évidence, la durée de vie d’un appareil de pesage dépend de son entretien. Incontournables des opérations de commerce, les instruments de pesage restent un marché assez stable... ».

Jean-Paul Robinet
(responsable technique de la société La Corpo - Marché de Rungis)

«L’activité pesage est très importante dans notre entreprise et l’essentiel de nos ventes concerne les balances poids/prix de 15kg pour le commerce de détail. Celles-ci cumulent plusieurs opérations, plusieurs produits et la ventilation se fait par touches « famille » et PLU (par pré-programmation, chaque touche correspondant à un produit et à un prix). Il s’agit des balances de contrôle pour la vente directe au public selon les applications en métrologie légale, mais aussi des balances hors métrologie légale non destinées à la vente, ou encore celles destinées au contrôle des marchandises et aux préparations en laboratoire pour les métiers de bouche... Aujourd’hui, tous ces instruments sont électroniques et leurs prix ont baissé par rapport à ceux d’il y a dix ans...».

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