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Les formules gagnantes du commerce de proximité…
Le commerce de détail en produits frais connait une embellie et sa réussite s'appuie sur plusieurs points forts que sont les produits, le savoir-faire artisanal, les nouvelles techniques de vente et de fidélisation du consommateur. Tour d'horizon des formules qui marchent…
Depuis le début des années 2000, la diminution du nombre des commerces traditionnels s'atténue. On compte environ 20 000 artisans bouchers et charcutiers, 14 600 détaillants en fruits et légumes, 14 500 fleuristes ou encore 3000 crémiers-fromagers. Des commerces qui, désormais, trouvent plus facilement des repreneurs avec l'émergence d'une nouvelle génération d'entrepreneurs dont une part croissante, composée des 35-40 ans, est en reconversion professionnelle. Des artisans motivés par l'envie de s'investir pour un « produit passion » qui n'hésitent pas à faire bouger le paysage professionnel.
Qualité des produits et largeur de gamme
Le produit, c’est bien l’atout maître des commerçants de proximité, celui qui peut faire la différence avec d’autres formes de commerce. Dans l’artisanat alimentaire, l’offre est souvent plus large et en moyenne plus qualitative que dans les autres réseaux. Ainsi, les crémiers-fromagers proposent en moyenne 118 références à leurs clients selon une enquête menée en 2010 à l’initiative de la profession (1), voire même plus de 200 pour 13% d’entre eux. Selon cette même étude, les détaillants du secteur mettent d’abord en avant les produits de qualité. Pour 72% des fromagers, les AOP représentent ainsi plus de 50% de leur chiffre d’affaires. La qualité des produits vendus dans l’artisanat résulte de l’important travail de sélection réalisé en amont, auprès des producteurs et des grossistes, leurs deux principales sources d’approvisionnement. Les détaillants constituent d’ailleurs historiquement l’une des principales clientèles, en nombre et en valeur, du marché de Rungis, où ils peuvent à la fois trouver des produits issus de grossistes traditionnels sur marché et de producteurs de proximité. En province, leur choix se porte sur les produits locaux et de saison.
Les détaillants tiennent à préserver une gamme assez spécifique. Les artisans-bouchers ont ainsi relancé depuis un an leur marque propre de viande bovine, « l’Original », qui a succédé au « bœuf de tradition bouchère » et a déjà séduit près d’un millier de commerçants. Le cahier des charges autorisant l’usage de la marque prévoit l’adhésion du producteur à la charte de bonnes pratiques d’élevage garantissant que l’animal, issu d’une race à viande, soit produit selon le système traditionnel. Le boucher s’engage également sur une période de maturation des carcasses de sept jours minimum.
Une adaptation aux nouveaux modes de consommation...
En matière de produit, la tradition n’exclut pas la modernité. Ces dernières années, les commerçants de proximité se sont ouverts aux nouvelles attentes de la clientèle, à savoir la consommation hors-foyer, les produits tout préparés et le grignotage. Les artisans fromagers ont développé l’offre de buffets et plateaux à thème ; les primeurs, la fraîche-découpe, les buffets pour réceptions et les corbeilles pour comités d’entreprise ; enfin, les bouchers ont accru leurs ventes de spécialités permettant de revaloriser les bas morceaux. Ainsi, Joël Lucas, boucher MOF, interviendra au laboratoire des Tendances du prochain salon Sandwich et Snack Show, les 15 et 16 février, pour exposer ses solutions afin de capter la clientèle du midi avec des produits issus du savoir-faire boucher et présentés dans des packagings nomades plus tendance… La transformation des produits n’est plus un tabou dans l’artisanat, même si cette activité gourmande en personnel doit être maniée avec précaution. L’initiative originale de vente de fruits et légumes prédécoupés a valu à Patrick Bougy le « Défi d’Or » 2011 aux Défis de l’Innovation organisés par l’Union nationale des syndicats de détaillants en fruits légumes et primeurs
(UNFD). A Champfleury (Marne), les Bougy ont installé un laboratoire au cœur de leur magasin « Champfrais » où les membres de la famille épluchent, découpent, râpent les fruits et légumes frais pour proposer à leur clientèle des préparations culinaires telles salades, brochettes ou soupes L’offre a connu un tel succès que Patrick Bougy a testé une partie de cette activité sur le marché en proposant la préparation et découpe d’ananas. La diversification de l’activité s’étend même jusqu’à la restauration. Jean-Luc Martin, primeur à Jouy-aux-Arches (57) a combiné dans son magasin « bio », une activité de commerce traditionnel et un restaurant/traiteur. Côté magasin, les clients disposent d’un choix de plus de 10 000 références biologiques, écologiques, naturelles et diététiques en fruits et légumes, boucherie-charcuterie, crémerie, etc. Côté restaurant, ils disposent pour un encas, un déjeuner ou un goûter, d’un choix de plats et de formules expresses mitonnés à partir de produits frais et bio. Le concept s’étend aussi au secteur de la poissonnerie, comme chez Sylvaine Bezard-Falgas, à Montrouge (lire Avis de Pros).
La culture du savoir-faire et de l'excellence...
Pour réussir, ces initiatives doivent cependant s’appuyer sur un savoir-faire irréprochable, autre atout qui permet au commerce de proximité de se distinguer. La « valeur ajoutée » des artisans détaillants réside notamment dans la connaissance des produits (saisonnalité, usage en cuisine, consommation « à point »). Pour faire la différence, les bouchers doivent rassir la viande, les fromagers (dont 40% se définissent affineurs) affiner les fromages, les détaillants primeurs proposer des fruits et légumes à maturité. Des pratiques revalorisées aujourd’hui et appréciées par une clientèle devenue plus exigeante.
Les professions de l’artisanat alimentaire sont en cela tirées par l’élite du métier que constituent les meilleurs ouvriers de France (MOF). Ce titre, créé en 1924, couronne une épreuve consistant à réaliser un chef-d’œuvre en un temps donné. Les métiers de l’artisanat alimentaire et floral sont parmi les mieux représentés : pâtisserie -, charcuterie - traiteur, boucherie - étal, fromagerie, poissonnier - écailler, et l’art floral pour les fleuristes. Le métier de détaillant en fruits et légumes a rejoint ce cercle fermé en obtenant la reconnaissance d’un titre MOF en 2009.
Une consécration pour cette profession qui estimait son savoir-faire mal reconnu. Cette première a d’ailleurs soulevé l’enthousiasme dans le secteur. Sur les 34 primeurs préinscrits, 24 ont passé les épreuves qualificatives à Rungis en mai 2010 et cinq d’entre eux, quatre femmes et un homme, sont devenus « l’Un des Meilleurs Ouvriers de France ». Consciente de l’enjeu d’assurer la formation des générations suivantes, l’UNFD demande, aujourd’hui, la reconnaissance d’un CAP fruits et légumes.
L’esprit d’excellence, en vogue aujourd’hui au travers d’un grand nombre d’émissions culinaires à la télévision, est de plus en plus valorisé dans l’artisanat alimentaire. En 2008, l’Union professionnelle des fromagers de l’Ile de France a créé la « Lyre d’Or », un concours ouvert à tous les fromagers et à leurs employés ayant pour ambition de récompenser la meilleure création d’un plateau de fromages. Le prochain concours aura lieu lors du Salon du fromage et des produits laitiers, du 26 au 29 février 2012 à Paris.
Des techniques de vente modernes...
S’ils s’appuient sur un savoir-faire et des produits traditionnels, les artisans n’en ont pas moins intégré ces dernières années, les techniques modernes de vente en s’appuyant sur leur force : la proximité. La technique de la « vente avant » - commerçant et client se trouvent du même côté de l’étal, le premier prodiguant conseils et orientations au second - s’est répandue chez les commerçants sédentaires, fruitiers primeurs et poissonniers, et 34% des fromagers la pratiquent désormais. Les commerçants de proximité ont aussi appris à modifier l’emplacement des produits afin de rompre les habitudes des clients et influencer leurs achats ou encore organiser des animations-dégustations thématiques. Quant aux itinérants (la moitié des fromagers), leurs véhicules sont souvent devenus de véritables magasins ambulants.
Les commerçants de proximité fidélisent désormais leur clientèle grâce à de nouveaux moyens de paiement comme les titres restaurants chez les détaillants en fruits et légumes et les fromagers, ou par l’usage de techniques de marketing modernes : distribution de recettes, mailings, cartes et coupons de fidélité. En effet, les consommateurs viennent non seulement chercher des produits chez les artisans, mais aussi des compétences et des conseils. Les détaillants n’hésitent plus à vendre des recettes et même des outils de découpe. Brigitte Delanghe, primeuriste à Courrière (Pas-de-Calais) va même jusqu’à donner des cours à ses clients. Depuis 2007, cette détaillante du réseau « Le Fruitier » s’est lancée dans les « ateliers du mercredi », un rendez-vous hebdomadaire d’une demi-heure avec ses clients, où elle fait partager son amour du produit et son savoir-faire.
Pendant deux jours, les bouchers accueillent le public et le font entrer dans les coulisses du métier, au travers d’initiations et de dégustations. La prochaine édition aura lieu les 8 et 9 juin 2012.
Les détaillants s’ouvrent de plus en plus aux nouvelles technologies. L’animation d’un site internet est devenue monnaie courante chez les fleuristes et gagne du terrain chez les autres commerçants. Un tiers des fromagers détaillants possède déjà un site et un autre tiers a l’intention d’en ouvrir un dans un futur proche. Certains détaillants en fruits et légumes ont fait de cet outil un véritable axe de développement, comme Laurent Fléchaire au « Fruitier Cavaillonnais » dans le Vaucluse ou Didier Marty en Haute-Garonne qui proposent de la vente en ligne. Un site internet est une « vitrine » pour faire découvrir le magasin, ses produits et garder le contact avec la clientèle sous la forme, par exemple, d’une newsletter. Les bouchers adhérant à la démarche « L’Original » bénéficient d’un site internet dédié (www.boeuf-selection-bouchere) proposant la géolocalisation de tous les adhérents par département, mais aussi les descriptions des races à viande françaises, des recettes, etc. Il proposera bientôt un service de précommande aux consommateurs.
Une excellente image auprès du public....
Pour affronter les défis du futur, le commerce de proximité peut en tout cas s’appuyer sur l’excellente cote d’amour dont il bénéficie auprès du public. Dans l’étude OpinionWay pour Les Entretiens de Rungis 2010, 87% des Français interrogés reconnaissaient le savoir-faire des commerçants de détail des produits frais et 90% en avaient une « bonne image », la palme revenant aux fleuristes (95%) devant les bouchers (94%) et les fromagers (94%). Un véritable plébiscite…
Francis Duriez
Source : Insee, CFBCT, FNDPL, UNFD, Chambre syndicale des Fleuristes d’Ile-de-France
Quelques réactions de professionnels
Crédit photo : FD
Danyele Hugon
(Présidente de la Chambre Syndicale des Fleuristes d'Ile-de-France)
« Le métier de fleuriste s’est beaucoup modernisé ces dernières années. Les professionnels insistent aujourd’hui sur la qualité de l’accueil, car le magasin est un endroit où l’on doit éprouver des émotions, contrairement à ce qui se passe dans une grande surface. L’art floral est un art à part entière et doit jouer sur l’affectif. En dépit d’une conjoncture difficile, on constate que les fleuristes n’hésitent pas à investir dans leurs points de vente pour les réagencer, améliorer l’exposition, mettre le design au goût du jour. La Chambre syndicale a invité gratuitement ses adhérents à venir « humer » les tendances lors du salon Maison et Objet dont elle est partenaire, du 21 au 24 janvier. Nous y avons organisé un parcours spécifique pour les fleuristes. C’est l’occasion pour les détaillants de se distinguer avec des décorations de petites séries mais aussi de réfléchir à leur magasin du futur. Le dynamisme de la profession tient en partie au renouvellement de générations. Ceux qui reprennent des affaires, et ils sont nombreux, apportent des idées nouvelles, d’autant que parfois, ils ont fait une autre carrière avant d’arriver dans le métier… ».
Crédit photo : Féd Boucherie et MV de Paris et IDF
Bernard Merhet
(Président de la Fédération de la Boucherie et des Métiers de la Viande de Paris et de la Région Parisienne)
« Le commerce de boucherie se dirige vers toujours plus de qualité dans le produit et le service. Deux initiatives récentes illustrent cette évolution. D’abord, le lancement de la marque « l’Original » qui remplace depuis peu le « bœuf de tradition bouchère ». Elle signe l’engagement des artisans-bouchers, dont elle est la marque exclusive, à proposer aux consommateurs des viandes tracées jusqu’à l’éleveur, issues du cheptel allaitant. L’Original traduit notre proximité avec le monde de l’élevage. Le cahier des charges a été allégé du point de vue administratif par rapport au BTB pour faciliter l’adhésion. Près d’un millier d’artisans ont rejoint la démarche, mais à mon sens, 80% des bouchers devraient l’adopter. L’autre initiative, ce sont les « 24 heures chez mon artisan boucher » que nous organisons depuis cinq ans, par lesquelles les artisans peuvent approfondir le lien avec le public. Elle va continuer, je pense, à prendre de l’ampleur dans les années à venir. Les artisans-bouchers doivent jouer à fond de la proximité dont les gens sont friands. Si j’avais 20 ans, c’est sûr que j’irais ouvrir une boucherie dans le centre des villes moyennes qui n’en ont plus ! ».
Crédit photo : UNFD
Francis Van der Elst
(Président de l'Union nationale des syndicats de détaillants en fruits et légumes)
« Depuis quatre ou cinq ans, on a vu se dégager un nouveau dynamisme dans le commerce de détail, grâce à un renouvellement des pratiques et des formats différents de magasin. Les détaillants se mettent par exemple à venir sur le créneau des produits préparés ou des buffets. L’UNFD propose depuis peu une formation « Réaliser un buffet traiteur avec les fruits et légumes » qui permet d’apprendre les techniques de décoration. Il existe dans ce domaine un très grand savoir-faire que le premier concours MOF Primeur a permis d’illustrer. On voit également apparaître de nouveaux formats de magasin dans la périphérie des villes, plus grands et multi-produits qui concurrencent la grande distribution. La prise d’initiative s’avère souvent payante dans ce métier. Les 800 détaillants qui ont fait la demande de pouvoir prendre les titres restaurants s’en félicitent aujourd’hui. De même, ceux qui ont pris le temps de se lancer sérieusement sur internet… ».
Crédit photo : UNFD
Didier Marty
(Détaillant en fruits et légumes et e-commerçant à Seilh - 31)
« Nous réalisons 10 à 15% de nos ventes depuis le site internet de notre magasin www.freshheure.fr. C’est un véritable axe de développement pour notre point de vente de 170 m2, situé à Seilh, en périphérie de Toulouse, où l’on commercialise 70% des fruits et légumes frais et 30% d’autres produits comme des vins de producteurs et des fromages fermiers de la région. Le site internet est un espace de commande direct, mais aussi une vitrine qui fait venir la clientèle à nous. Par exemple, les visiteurs viennent sélectionner les produits sur le site puis se déplacent pour aller chercher leur corbeille de fruits chez nous. Pour être efficace, il faut être prêt à y passer un minimum de temps. Je consacre une heure à une heure et demie en moyenne quotidiennement à mettre le site à jour, notamment les prix, et à préparer des mailings. Je me sers du site comme d’un outil de travail qui m’aide à moderniser la gestion de mon entreprise. Pour les livraisons, je dispose de mon propre véhicule. Je dessers environ 120 communes autour de Toulouse. Mon prochain investissement, en 2012, ce sera un véhicule électrique. Pour l’environnement, mais aussi par économie… ».
Crédit photo : Semmaris
Sylvaine Bezard-Falgas
(Poissonnière et restauratrice à Montrouge - 92)
« J’ai repris une affaire comprenant une poissonnerie et un restaurant en 2007 dans le centre-ville de Montrouge, alors que cette affaire était en liquidation. Mais, je croyais au concept car ce sont deux commerces très complémentaires. D’une part, on vend les mêmes produits des deux côtés, ce qui diminue les charges liées à la préparation et permet de mieux gérer les rotations, les stocks et la valorisation des produits. D’autre part, le magasin attire vers le restaurant et inversement. Si les clientèles étaient très distinctes au départ, celle de la poissonnerie est venue peu à peu vers le restaurant, et celle du restaurant vers le point de vente, pour, par exemple, faire une recette appréciée à table. Au restaurant, qui compte 34 couverts, on déguste les produits en direct de la poissonnerie, dont les clients apprécient la fraîcheur. Les prix sont accessibles, avec un menu du midi à 13 euros. On y prend son temps, car nous ne faisons généralement qu’un service. Les moyens sont à peu près à parts égales, avec deux personnes pour chaque commerce, qui peuvent s’épauler… ».
Crédit photo : Fourel
Gerard Baesler
(Fleuriste et décorateur floral à Antony - 92)
« J’investis régulièrement dans mon magasin de 250 m2, situé à Antony, car le décor et l’ambiance sont des facteurs essentiels dans le contact avec la clientèle quand on est commerçant de proximité. Il est absolument nécessaire de se démarquer des autres formes de commerce et d’apporter l’ambiance et le service qui nous sont spécifiques. En 2009, nous avons injecté 40 000 euros pour la création d'une serre à orchidées, d'un bureau pour l'accueil clientèle Interflora, Florajet et événementiel, l’habillage et l’agrandissement du comptoir caisse et la rénovation du comptoir d'emballage. En 2011, nous avons à nouveau investi pour le remplacement des stores de l'enseigne lumineuse extérieur et, à l’intérieur, pour installer de nouveaux éclairages, de nouvelles peintures et créer une table pour la présentation des fleurs. Chaque détail compte, surtout dans une période de crise où la clientèle est plus difficile et exigeante. C’est pourquoi nous avons un site internet (www.baeslergerard.fr) où l’on peut consulter des photos, nous contacter et passer des commandes… ».
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