Comment avez-vous débuté dans le métier ?
Fils et petit-fils de commerçants fruitiers sur marchés forains à Ivry, j’ai débuté avec mon père. A l’époque, nous étions cinq vendeurs et nous faisions cinq marchés par semaine à Ivry. C’était les débuts de la GMS et on passait de gros volumes à des prix très attractifs. Les gens consommaient davantage et l’on ne parlait pas encore de restauration hors foyer, de surgelés, de contre saison, de plats préparés… On travaillait selon la saison des fruits et légumes et leur qualité était plus homogène… J’ai succédé à mon père en 1983 et j’ai continué les marchés sans chercher pour autant à faire fortune…
Comment travaillez-vous aujourd’hui ?
Aujourd’hui, je ne fais plus que quatre marchés par semaine à Ivry, pour une meilleure qualité de vie avec mon épouse. Enseignante en arts plastiques, j’ai supprimé le marché du mercredi. Mon étal fait 10 m de façade de vente et 22 m de linéaire. Je respecte la saisonnalité des produits dans un esprit écologique. Je commercialise autant de fruits que de légumes et je suis plutôt sur le haut de gamme. Je privilégie leur qualité gustative à leur aspect et j’ai remplacé le beau par le bon… Les plus vendus sont les poireaux, haricots verts, tomates, carottes, fruits rouges, fruits à noyaux, melon, oranges, clémentines, pommes (des variétés anciennes comme patte de loup, clochard…) et poires (comice, william, louise bonne, conférence…). Par exemple, je privilégie la fraise Charlotte à la Gariguette, trop fragile, trop « hybridée », trop difficile à travailler. De même, je préfère le haricot vert du Maroc à celui du Kenya contenant trop de conservateurs. Je reste attentif à la culture et aux traitements des fruits et légumes. Si je trouve de bons produits bio, je vends du bio, ou je commercialise des produits issus de l’agriculture raisonnée, d’origine franco-française ou européenne. Les produits que je vends, j’en connais les producteurs. J’ai souvent passé une partie de mes congés à les visiter, pour m’informer des modes de cultures, de traitements, d’emballages, de transports, afin d’informer mes clients (60 ans en moyenne), des retraités, des gens du quartier ou des communes limitrophes. D’une très grande fidélité, leur confiance et leur satisfaction tiennent à la qualité des produits proposés. Cela me permet aussi de travailler en flux tendus.
Quel est votre avis sur le marché des fruits et légumes ?
L’évolution se fait doucement en privilégiant la qualité des variétés par rapport à l’aspect et en orientant certains producteurs vers un travail plus spécifique au commerce de détail (volume, qualité gustative…) afin de se démarquer de la GMS. Par ailleurs, on cherche à réduire les emballages induisant des coûts élevés. La consommation de fruits et légumes a baissé globalement,
en raison du poids de la RHF (en semaine) et des départs en week-end… D’autre part, les jeunes délaissent les fruits et légumes pour d’autres produits et modes de consommation. Cependant, les campagnes de l’interprofession « 5 fruits et légumes par jour » permettent d’endiguer ce phénomène…
Comment évolue la profession ?
Je pense que le commerce de détail en magasin va s’orienter vers un type de supermarché dédié uniquement aux produits frais, avec des infrastructures importantes, et suivant des orientations de type discount (entrepôt) et haut de gamme qui commencent à se dessiner. Quant au commerce de plein air sur marché, il va devenir de plus en plus difficile, en raison de charges plus lourdes et de conditions climatiques plus éprouvantes. Par ailleurs, le titre de MOF devrait valoriser la profession en suscitant des vocations et attirer des jeunes vers les écoles des fruits et légumes en manque d’élèves… Aujourd’hui, l’importante communication sur les fruits et légumes est positive pour leur consommation, nécessaire dans une alimentation équilibrée…
Que pensez-vous du Marché de Rungis ?
Je le fréquente depuis l’ouverture en 1969 et j’y viens trois fois par semaine. J’achète tous mes produits à Rungis qui est un très bel outil pour la profession, en ce qui concerne l’alimentation générale et particulièrement les fruits et légumes. Rungis se segmente davantage avec des grossistes orientés vers le détail et d’autres vers la GMS. Ce marché est une synthèse de la production française voire mondiale…
Parcours
Né à Ivry-sur-Seine (94), Paul Darrac (63 ans) représente la 3e génération de primeurs sur marchés à Ivry. Après un diplôme de chaudronnier-soudeur-traceur obtenu au lycée de Vitry, à 19 ans, il entre à l’école de la Snecma (aéronautique) où il reçoit une formation de prototypiste avion, puis intègre l’entreprise (fabrication de prototypes de moteurs Concorde). Il en part à 25 ans, faute de prototypes, et démarre avec son père en 1972, dans la vente des fruits et légumes sur les marchés d’Ivry, avant de lui succéder en 1983. Très impliqué dans la filière, Paul Darrac est vice-président de l’UNFD, secrétaire général de la Chambre syndicale des fruitiers détaillants d’Ile de France et fut, durant plusieurs années, président de la commission des produits d’Aprifel (Agence pour la recherche et l’information sur les fruits et légumes frais)…