
Comment avez-vous débuté dans ce métier ?
J’ai démarré dans le métier d’expéditeur-metteur
en marché de légumes, en créant mon entreprise, la
société Demex, le 12 novembre 1991. J’ai commencé
par l’endive, produit phare de notre région. J’ai débuté
seul, avec un bureau et un téléphone… Comme je parle
couramment plusieurs langues - anglais, espagnol, néerlandais, italien
- j’ai démarré par l’export, sachant que mes concurrents
n’y étaient pas. Basé à Violaines, près
de Béthune (62), j’ai embauché mon premier salarié
en juillet 1992.
La première année, j’ai vendu de l’endive et du
chou-fleur, à des grossistes espagnols pour un volume global de 2
000 tonnes…
Comment s’est développée l’entreprise?
L’entreprise s’est développée rapidement, notamment
à l’export. En 1997, la société a été
certifiée ISO et elle est passée à 23 salariés
pour un chiffre d’affaires de 80 millions de francs. Certifiés
ISO 9002 deux ans plus tard, on réalisait un chiffre d’affaire
de 150 millions de francs, avec 27 salariés et on exportait dans
22 pays.
Aujourd’hui, nous écoulons 140 000 tonnes consolidées
de légumes auprès d’un millier de clients dont 50% sur
le marché français et 50% à l’export, dans 27
pays. Notre objectif est de couvrir à terme, une cinquantaine de
pays. Pour nous, les pays importants sont l’Allemagne, l’Espagne,
l’Italie, l’Angleterre, le Benelux… Aujourd’hui,
l’entreprise fait un chiffre d’affaires de 85 millions d’euros
et emploie une centaine de commerciaux. En volumes, nos principaux produits
sont l’endive, la pomme de terre, le chou-fleur, l’échalote,
l’oignon, l’ail, le brocoli, l’artichaut…
Quelle est votre stratégie commerciale ?
Notre force est d’être sur un bassin de production légitimé
et d’avoir tous les clients du marché. Notre stratégie
repose sur l’adaptabilité des produits aux besoins des clients,
en sachant gérer parfaitement les « appros » et les ventes.
Cela consiste à fidéliser les producteurs et les clients à
partir d’un bassin de production légitimé, et produire
de la valeur ajoutée.
Quel que soit le type de marché (GMS, hard discount, grossistes,
export…), on parvient toujours à dégager de la valeur
ajoutée.
Notre objectif premier est de satisfaire le client en développant
la production. Notre façon de défendre un bassin de production,
c’est d’aller sur l’ensemble des segments du marché
pour y trouver de la valeur ajoutée. Si nos endives sont mieux valorisées
en Autriche, on va vendre davantage en Autriche, mais sans jamais délaisser
nos autres clients. On se doit de répondre à ces deux critères
importants : satisfaire le client en lui apportant le produit qu’il
a demandé et optimiser la valorisation des produits vis-à-vis
des producteurs, en apportant le plus de valeur. Par rapport à nos
concurrents, on rémunère nos producteurs de 3 à 4 centimes
d’euro de plus au kilo, sur l’ensemble de nos volumes.
Comment jugez-vous le marché des fruits et légumes ?
Le marché est bridé par la grande distribution qui pratique
un trop grand décalage entre le prix de vente au consommateur et
le prix réel des produits. De plus, la mise en marché n’y
est pas faite pour valoriser au mieux les produits. C’est d’autant
plus incohérent que la GMS représente les deux-tiers du marché.
De fait, le consommateur paie au prix fort un produit de moindre qualité.
Le marché des fruits et légumes est un marché fortement
concurrentiel, notamment avec le secteur de la transformation. Par ailleurs,
il est entré dans une logique de petits conditionnements et de segmentation
qui induit des coûts et des charges supplémentaires. Néanmoins,
le marché reste tourné vers le haut et notre progression annuelle
est à deux chiffres. Mais, cela reste un combat de tous les jours
Quel regard portez-vous sur la région Nord-Pas de Calais ?
Pour moi, elle est la plus belle région de France. On a la chance
d’avoir des terres de grande qualité, de vrais professionnels
et une population très accueillante. Le Nord-Pas de Calais est un
bassin de production exceptionnel en fruits et légumes. Par ailleurs,
cette région située au carrefour de l’Europe, bénéficie
d’une situation économique stratégique de par ses infrastructures.
C’est une région attachante qui est appelée à
se développer…
Que pensez-vous du Marché de Rungis ?
Rungis est le premier marché européen et une grande vitrine. Je le connais bien pour y avoir travaillé la nuit comme manutentionnaire, dans mon jeune temps. Par sa largeur de gamme, la qualité de ses produits et le professionnalisme de ses opérateurs, Rungis génère incontestablement de la valeur ajoutée… Une partie de mes volumes est écoulée sur Rungis.
Parcours
Né à Lille, Christophe Desmettre (44 ans) est l’aîné d’une famille de professionnels du secteur des fruits et légumes. Après son bac, il entre dans la carrière militaire en intégrant l’école d’officiers de cavalerie de Saumur (il est lieutenant-colonel de réserve de la gendarmerie). Après quinze mois de service, il quitte la vie militaire pour le monde des fruits et légumes via un stage au CFL d’Avignon. Il part ensuite à l’étranger pour se perfectionner dans les langues étrangères, avant d’intégrer l’Ecole Supérieure de Commerce de Lille. Il travaille ensuite chez Promodès (centrale d’achats) de 1987 à 1991, puis il crée la société Demex en 1991…