A quand remonte l'exploitation ?
Je suis la 4e génération de producteurs sur l’exploitation actuelle qui représente environ 230 hectares. Au départ, il s’agissait uniquement de cultures céréalières. Puis, mon père Jean-Claude et ma mère Catherine, ont décidé de se diversifier avec une production de maïs doux, de fruits, de légumes, de pousses de salades et de fleurs comestibles…. répartis sur une vingtaine d’hectares dont quatorze en maïs doux. Dans les années 70, mon père était allé aux USA à la demande du ministère français de l’Agriculture pour découvrir la culture du maïs doux. De même, il y a des années de cela, il fut aussi à l’origine de la production de mini légumes et d’autres productions telles que les brocolis et les choux chinois… De retour en France en 2010, j’ai souhaité reprendre l’exploitation maraîchère avec mon mari Julio, également universitaire aux USA…
Que produisez-vous ?
Les produits phares de notre production sont le maïs doux, les fleurs comestibles qui représentent une trentaine de variétés (capucine, pensée, viola, souci, chrysanthème, bourrache…) et très prisées en gastronomie. Les fleurs comestibles font de la gastronomie un bouquet de saveurs… Et nous sommes peu nombreux à en produire en France. Il y a également les pousses de salades (pourpier, mesclun, roquette, mizuna, moutarde, ficoïde, épinard, cordifole…), soit une bonne quinzaine de variétés. Il s’agit de produits « niches » qui sont surtout recherchés par une clientèle de restaurateurs de niveau haut de gamme pour un bon nombre. Nos productions font l’objet de rotations importantes, par exemple, comme la capucine qui fait l’objet de trois à quatre rotations par an ou encore la bourrache… Il en est de même pour les pousses de salades. Nous travaillons en plein air, sous tunnel ou encore sous serre, et cela nous permet d’avoir une production toute l’année. Nous avons également d’autres productions à notre actif (courgette ronde, rhubarbe…). Nous sommes sur le principe de la culture raisonnée et de la lutte intégrée, en particulier pour les fleurs comestibles qui font l’objet d’attaques de pucerons et d’araignées. Nous avons donc exclu tout traitement phytosanitaire sur nos plantations…
La problématique de notre activité tient à la différence entre la dynamique du marché commercial et la dynamique de la production qui ne sont pas les mêmes. Par exemple, si le marché n'est pas actif, cela nous occasionne des pertes. Il faut donc toujours nous assurer des débouchés. Il y a toujours un décalage entre le moment où l'on vend et celui où l'on sème…
De même, nous essayons toujours de diversifier notre production et nous sommes les seuls, par exemple, à faire de l'ortie (sommités). Nous cherchons également de nouvelles « niches » comme les pousses de fougères… En effet, nous constatons une vraie demande pour tous ces produits relativement spécifiques et d'emploi assez nouveau en gastronomie…
Que pensez-vous du Marché de Rungis ?
Deux fois par semaine, nous livrons une bonne quinzaine d’opérateurs de Rungis où nous écoulons près de 90% de notre production. Devenu indispensable, cet outil performant est animé par des professionnels de qualité et passionnés par leur métier. Mon père venait déjà livrer Rungis au tout début du marché…
Parcours
Native de Neuilly-sur-Seine (92), Virginie Bouchard représente la 4e génération de producteurs. Après le lycée (à Chartres), elle décroche une maîtrise en biologie à l’Université Paris VI et poursuit son cursus à l’Université de Rennes où elle obtient un DEA et un doctorat d’écologie… A 27 ans, elle est aux USA, à l’Université de l’Ohio, pour faire de la recherche et enseigner. Treize ans plus tard, de retour en France avec son mari Julio, en 2010, elle reprend l’exploitation familiale, poussée par sa passion des plantes, de la nature et de l’environnement…