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Ils achètent à Rungis
Tous les mois, découvrez les nouveaux zooms de producteur.

Ce mois ci :

Les précédents portraits :


Eleveur - engraisseur, Dominique Micheneau participe de belle manière à la renommée de cette viande haut de gamme…

« La blonde d’Aquitaine est l’une des plus belles races bovines au monde… »

Comment avez-vous débuté dans ce métier ?
J’ai pris la succession de mon père Joseph et je me suis installé en 1982. Je dirige l’exploitation avec mon frère cadet Benoît (42 ans). A l’origine, mon grand-père Joseph était marchand de bestiaux et faisait un peu d’élevage, de la rouge des près, sur son exploitation d’une quinzaine d’hectares… Mon père était également éleveur-engraisseur et ne faisait que de la charolaise avec environ 80 bêtes. Aujourd’hui, l’exploitation s’étend sur 82 hectares de pâturages et tourne sur un cheptel composé à 95% de femelles blonde d’Aquitaine… Toutes les deux à trois semaines, je descends acheter des bêtes dans le sud-ouest, en particulier dans les Hautes-Pyrénées et les Pyrénées-Atlantiques mais aussi un peu dans le Gers, berceau de la race.

Pourquoi avoir choisi cette race bovine ?
Dans les années 80, nous faisions uniquement de la charolaise. En 1984, on m’a parlé de la blonde d’Aquitaine et de ses qualités et je suis donc descendu dans le sud-ouest pour juger sur pièce… J’ai été séduit par la conformation de cette race et j’ai acheté plusieurs bêtes. De suite, il y a eu de la demande et j’ai alors abandonné la charolaise… Je travaille presque uniquement la femelle car la viande est plus rouge et plus tendre que celle du mâle. C’est une bête qui produit peu de déchets et qui satisfait pleinement les bouchers et le Marché de Rungis. On choisit les bêtes en fonction du poids (850/900 kg à 1 tonne), de l’âge (2 à 7 ans maximum) et de la conformation. Son poids de carcasse est un peu supérieur à 500 kg. C’est une viande peu grasse, goûteuse et finement persillée qui plaît beaucoup… Si la blonde d’Aquitaine affiche une bonne aptitude au vêlage, en revanche, elle est assez fragile et l’élevage en reste assez difficile. De plus, la population agricole diminuant, il y a moins d’éleveurs. Voilà pourquoi on trouve moins de blonde d’Aquitaine qu’il y a une quinzaine d’années. Il faut également préciser que près de 30 % de blonde d’Aquitaine (taureau) part à l’étranger pour la reproduction.

Comment travaillez-vous ?
Nous achetons nos bêtes chez quatre fournisseurs réguliers (agriculteurs et commerçants en bestiaux) de la région de Lourdes et de Pau, que nous avons sélectionnés pour la qualité de leurs bêtes. Nombre d’entre elles pâturent en moyenne et haute montagne et cela est un gage de qualité. Pour chaque bête, la période d’engraissement varie de cinq à sept mois. Depuis deux ans, nous produisons une viande blonde d’Aquitaine à base d’oméga 3 naturels qui est commercialisée sous la marque « Bœuf d’Anvial ». Nous avons été parmi les premiers à produire ce type de viande de grande qualité. Les bêtes

  reçoivent une alimentation saine composée de graines de lin en majorité, de pulpe de betterave, de luzerne et de maïs en grains. Elles consomment une ration quotidienne de 12 à 15 kg de ce mélange (représentant 1300 tonnes/an), en plus de l’herbe qu’elles broutent dans nos pâturages, de mars à novembre. L’hiver se passe en stabulation. Les bêtes sont soumises à des contrôles vétérinaires réguliers et à plusieurs analyses de sang afin de vérifier le taux d’oméga 3, sans compter les contrôles vétérinaires habituels relatifs à l’état de santé général des bêtes… Celles-ci sont acheminées dans un abattoir de qualité proche de notre exploitation et ainsi, elles ne sont pas stressées durant ce trajet assez court. Elles sont abattues le lundi matin dans des conditions optimales et les carcasses partent le mardi soir, après un temps nécessaire de refroidissement, pour arriver à l’aube à Rungis. Toutes les conditions sont remplies pour obtenir une viande de qualité constante. De l’éleveur au
boucher détaillant, la viande est totalement et parfaitement tracée. On produit 750 carcasses par an dont 550 sont vendues au Marché de Rungis et 200 dans les quinze grandes boucheries de détail de la région vendéenne.

Comment voyez-vous le marché de la viande ?

Ce marché est devenu difficile car la viande est elle-même devenue un produit relativement cher en raison de la hausse des matières premières qui composent l’alimentation du cheptel bovin. De fait, le consommateur en achète de moins en moins. Pour cette raison, la
viande de qualité restera recherchée car le client préfère encore payer plus cher un produit d’une qualité parfaite. Il reste que ce marché est un marché fluctuant avec des prix et des cours relativement irréguliers…

Que pensez-vous du Marché de Rungis ?
Le Marché de Rungis est une belle vitrine et je suis heureux d’y vendre 70 % de ma production sous la marque « Bœuf d’Anvial » qui approvisionne la boucherie traditionnelle et la restauration haut de gamme,
parisienne et francilienne. J’apprécie de travailler avec des gens sérieux, aussi bien à l’achat qu’à la vente, et en parfaite confiance.

Parcours

Né à Saint-Malo-du-Bois (85), petite commune de Vendée proche du Puy du Fou, Dominique Micheneau
(49 ans) est fils d’un éleveur-engraisseur. Après le collège, il suit les cours de l’école d’agriculture de La Roche-sur-Yon (85) où il obtient son BTA. En 1982, il reprend l’exploitation familiale qu’il dirige avec son frère cadet Benoit, lequel a suivi le même cursus professionnel. En mars 2008, Dominique Micheneau a reçu le prix d’Honneur du Concours de Bressuire (79) pour la qualité de ses bêtes.



Chiffres clés

Exploitation : 82 hectares.
Personnel : 2 (dirigeants).
Production : 750 à 800 carcasses/an.
Clients : Marché de Rungis et boucheries de la région Vendée.

Maraîcher en agriculture biologique, Jean-Pierre Bourven est un défenseur passionné et opiniâtre de cette pratique culturale en devenir…

« La valeur de l’agriculture biologique tient dans sa diversité… »

Comment avez-vous débuté dans ce métier ?
Après l’école d’horticulture de Jouy-en-Josas, j’ai du reprendre l’exploitation familiale à 19 ans, après le décès de mon père. Elle couvrait environ 7 hectares, pratiquement en agriculture raisonnée. Après mon mariage avec mon épouse Evelyne, nous nous sommes tournés vers l’agriculture biologique qui arrivait à grands pas. A cette époque, on écoulait notre production sur les marchés : Cergy, Enghien les Bains et Maisons – Lafitte… Par la suite, il y a vingt ans, j’ai vendu aux grossistes spécialisés en bio du Marché de Rungis, au prix où je vendais mes produits au détail !

Comment vous êtes-vous développé ?
Au fil du temps, j’ai fait l’acquisition d’une multitude de parcelles et nous exploitons, aujourd’hui, environ 80 hectares morcelés en quelque 130 ilots culturaux (répartis sur sept communes et deux départements) agréés en agriculture biologique. Je travaille avec mon épouse Evelyne, trois salariés et un bon nombre d’occasionnels et de stagiaires venus de différents pays. Le travail est intense et j’arrive à faire 80 heures par semaine, un peu moins l’hiver. Ce travail implique de sacrifier sa vie de famille et la relève n’est pas assurée. Il faut vraiment de la passion et de la motivation car l’agriculture bio se fait manuellement. Aujourd’hui, les jeunes des métiers de l’agriculture ne veulent plus faire de production de ce type et 90% s’orientent sur des postes de conseiller en agriculture…

Quelles sont vos productions ?
Je produis principalement des légumes et un peu de céréales, en suivant scrupuleusement le cahier des charges de l’agriculture biologique. Notre production est non intensive et respecte la saisonnalité des produits. Je me bats pour la saisonnalité des produit bio, mais c’est assez difficile de se battre face à des consommateurs qui veulent du bio toute l’année. De fait, on subit la concurrence des productions étrangères d’Europe du Sud et d’Afrique du Nord, bien moins chères.
Je produis de la salade, des radis, des navets, des haricots verts, des petits pois, de la tomate, du poireau, de la pomme de terre… Soit, une soixantaine de produits qui peuvent se décliner eux-mêmes en plusieurs variétés comme les tomates (40% de variétés anciennes). Par exemple, je produis une tomate ancienne, la rose de Berne, qui se mange très .

 

mûre… Nos productions sont fortement tributaires du temps et des maladies. Ainsi, j’ai perdu 75% de ma production de tomates l’an dernier à cause du mildiou

Quels sont vos circuits de distribution ?

Nous écoulons nos produits via trois circuits principaux, à savoir les marchés, les AMAP (Aide au Maintien de l’Agriculture Paysanne traditionnelle avec une pratique en agriculture biologique) et le Marché de Rungis. Nous privilégions les circuits courts car nous ne sommes pas performants économiquement.
Les AMAP sont en forte progression. Une AMAP est une association de consommateurs liée à un producteur local par un contrat qui prévoit une livraison à date fixe de légumes en vrac cultivés selon l’agriculture biologique. La répartition se fait par les consommateurs entre eux. Cette formule se développe avec 1 000 AMAP en 2007 contre 50 AMAP en 2001. Je fournis l’AMAP d’Eragny (95), de Montmartre-la Goutte d’Or à Paris et celle d’Air France à Roissy… et je suis obligé d’en refuser deux nouvelles par semaine.
Sur les marchés, je vends au détail et suivant le concept du panier individuel composé d’un certain nombre de produits et d’un prix donné….
Enfin, je vends sur le Marché de Rungis à un certain nombre d’opérateurs bio. Sur ce marché, mon chiffre d’affaires est passé de 50% à 25% en vingt ans.

Comment se porte le marché du bio ?

La valeur de l’agriculture biologique tient dans sa diversité. Le marché du bio progresse mais il est entre le marteau et l’enclume. On ne peut pas baisser le prix du haricot vert et augmenter les salaires. Pour développer ce créneau, la solution passe par l’emploi aidé. Les consommateurs voudraient du bio au prix du classique, ce n’est pas possible. Par ailleurs, la réglementation française du bio est beaucoup trop rigoureuse comparée à bien d’autres pays qui nous concurrencent et nous pénalisent fortement.

Profil
Fils d’exploitants agricoles, natif de Cergy-Pontoise (95), Jean-Pierre Bourven (59 ans) est diplômé de l’école d’horticulture de Jouy-en-Josas (brevet professionnel horticole). A 19 ans, il reprend l’entreprise familiale. Avec son épouse Evelyne et un salarié, il débute sur une exploitation de 7 hectares pour atteindre 80 hectares aujourd’hui, morcelés en quelque 130 ilots culturaux (répartis sur sept communes) agréés en agriculture biologique.
Très impliqué dans la filière et la défense du « bio », Jean-Pierre Bourven est vice-président du groupement des agriculteurs bio d’Ile de France (GAB), secrétaire de l’Union des producteurs de fruits et légumes d’Ile de France, administrateur de la MSA (Mutualité Sociale Agricole) d’Ile de France.


Chiffres clés
Exploitation : 80 hectares en 130 ilots culturaux agréés en agriculture bio.
Personnel : 3 salariés, plusieurs saisonniers et nombreux stagiaires.
Production : 60 références en légumes et céréales.

Exploitant agricole-maraîcher à La Forêt le Roi (91), Thibaut Aubergé est devenu un spécialiste reconnu de l’oignon en bottes par la grande qualité de ses produits...

« Le produit maraîcher de belle qualité a toute sa place à Rungis... »

Comment êtes-vous venu à la culture de l’oignon en bottes ?
En fait, cette culture est le fruit d’une opportunité qui s’est présentée, il y a environ sept ans. Fraîchement diplômé de l’ISA de Beauvais, je ne souhaitais pas travailler sur l’exploitation céréalière familiale. D’importants producteurs britanniques d’oignon en bottes ont alors contacté mon père Patrick, exploitant agricole, pour développer une production destinée à la Grande-Bretagne. J’ai démarré par un hectare de culture et aujourd’hui, la production est réalisée sur un peu plus de 60 hectares répartis en trois sites : sur l’exploitation de mon père située à Ablis (78), chez M. Jean-Marc Leluc, à Carbouville (45), un producteur qui nous a rejoints, et ici, à La Forêt le Roi (91) ainsi que sur des terres louées.

Quelles sont les particularités de cette culture ?
Il s’agissait de produire des bottes d’oignons spécifiques de 230 g suivant un cahier des charges précis (une variété particulière dont ils nous fournissent les graines, un conditionnement parfait avec oignons épluchés et racines coupées, une qualité constante, une grande fraîcheur...). Pour cela, nous avons créé notre propre matériel de conditionnement car mon père est également ingénieur en machinisme agricole. Cette culture demande un énorme suivi du personnel car il s’agit d’une culture manuelle. De plus, c’est une plante assez compliquée dans la mesure où il lui faut de la lumière et de la chaleur pour que le bulbe se développe correctement, toujours à l’identique. Le bulbe est un organe de réserve et il faut bien « sentir » la plante pour déterminer le bon moment de récolte. Nous travaillons en culture raisonnée et depuis août 2007, nous avons obtenu la certification EurepGap en fruits et légumes, indispensable pour vendre en Grande-Bretagne. Le cycle de production s’échelonne d’avril à octobre. A côté de l’oignon, nous avons des productions plus marginales comme le persil en botte, le navet en botte, l’épinard...

Comment se présente ce marché ?
Nous avons commencé avec un hectare et nous en sommes à soixante. Cela prouve qu’il y a une demande en progression. Nous avons réussi à prendre des parts de marché grâce à une production suivie et de qualité. Nous fournissons sous notre marque « Oignons Saveurs », la GMS pour

 

50%, Rungis pour 35% et la Grande-Bretagne pour 15%. Ce produit représente un gros travail et du personnel. Pour ma part, je travaille chaque jour de 6h à 21h. Je m’occupe surtout de la production et du commercial. Mon épouse, Marie, se charge de la partie administrative. L’encadrement du personnel saisonnier (turc, serbe, portugais) est assuré par l’un de mes quatre permanents, Slobodan, d’origine serbe. En Ile de France, nous sommes quelque cinq producteurs à pouvoir fournir le marché de manière significative. Je crois qu’il est nécessaire de faire évoluer ce produit, en particulier dans le prêt à l’emploi (4e gamme).

Quelles sont les qualités de l’oignon ?

Un bon oignon doit être frais, tendre, croquant et peu piquant. L’oignon rouge que nous produisons également, est plus doux et légèrement sucré. Si l’on consomme surtout le bulbe, l’aspect commercial se fait sur la fraîcheur de sa partie verte (le feuillage) essentiellement. L’oignon se consomme frais surtout en salade, avec du taboulé et des légumes. Il présente des qualités évidentes comme antioxydant et anti-cancérigène. L’oignon botte est surtout consommé par les gens âgés. On peut le consommer entier, rissolé avec de petites rattes ou encore caramélisé sur une tranche de foie gras poêlé.

Comment voyez-vous Rungis ?
J’ai connu Rungis en 2000, après une période difficile sur le marché britannique et un surplus de production. J’ai rencontré Gilles Grandjean de la société Cruchaudet Grandjean qui m’a introduit sur le marché et je lui en suis encore reconnaissant. Puis, il m’a présenté à la société BC Prim avec laquelle je travaille également et qui écoule ma production sur Rungis. Ce marché est difficile car la concurrence et la sélection sont fortes. Mais, j’aime Rungis pour le contact humain. Je regrette que Rungis reste sur le produit maraîcher traditionnel et qu’il n’y ait pas davantage d’innovation. D’ailleurs, je souhaiterais m’installer sur le carreau des producteurs pour proposer mes produits issus du terroir d’Ile de France car le produit maraîcher de belle qualité a toute sa place à Rungis...

Parcours
Thibaut Aubergé (30 ans) est exploitant agricole - maraîcher. Fils d’un exploitant agricole céréalier des Yvelines, par ailleurs ingénieur en machinisme agricole, il est ingénieur en agriculture, diplômé de l’ISA de Beauvais. Après ses études, il a pris en charge la production d’oignon en bottes sur l’exploitation familiale qui remonte au XVIIIe siècle.

Chiffres clés
Production moyenne : 2 millions de bottes d’oignon par saison (15 à 20 oignons par botte)
Personnel : 4 permanents et 30 à 60 saisonniers selon la saison

Arboriculteurs aux Alluets Le Roi (78), Dominique et Jean-Marc Gaillard valorisent l’image de l’Ile de France par une production de fruits de grande qualité…

« Il faut produire ce que l’on sait vendre… »

Quelle est l’origine de votre exploitation ?
Située sur un territoire historiquement fruitier et riche par son sol (limoneux/argileux), l’exploitation a été créée en 1964 par notre père, René, producteur spécialisé en fruits rouges dont nous avons pris la succession en 1999. Elle est passée du statut de société en nom propre à celui d’EARL (exploitation agricole à responsabilité limitée) et dénommée pour l’occasion « Maison Gaillard ». Nous sommes dans le prolongement de ce que nos parents ont fait. Jusqu’en 1999, nous étions tous deux déjà salariés dans l’entreprise paternelle.

Que produisez-vous ?
Nous sélectionnons des variétés à haute valeur gustative. Nous ne nous positionnons pas sur des variétés produites par d’autres pays européens comme l’Espagne ou le Portugal ou encore le Maroc qui arrivent à produire des fruits à des prix défiant toute concurrence. Nous avons pris le parti de produire des fruits de très belle qualité et nous pratiquons l’agriculture raisonnée.
Sur notre exploitation de 34,18 ha, nous produisons des pommes et poires sur plus de la moitié de la superficie, soit 13,60 ha en poires et 5,50 ha en pommes. Le reste se répartit ainsi : 6,83 ha en framboise, 1,10 ha en fraise, 0,50 ha en mûre, 0,40 ha en prunier, 0,15 ha en cerisier, 0,10 ares en groseillier… Il reste environ 5,50 ha de l’exploitation, en attente de replantation…

Quelles sont les variétés travaillées ?
En poires, nous travaillons quatre belles variétés qui sont la Williams, la Louise-bonne, la Conférence et la Comice, la plus produite. Il s’agit de la production la plus importante en volume. La poire est un produit fragile mais la difficulté est surtout d’ordre concurrentiel avec la Hollande, la Belgique… qui nous pénalisent beaucoup. Face à cette exigence du marché, nous avons un défi à relever qui est la culture de l’immédiat, le « mûr à point ».
D’autre part, un même verger peut fluctuer de façon importante en volume, d’une année sur l’autre. Pour limiter cette fluctuation, on a réalisé des analyses de sol permettant d’optimiser les apports nutritifs.
Pour les pommes, ce sont onze variétés de qualité :Jubilé, Chantecler, Elstar, Gala, Golden, Jonagored, Breaburn, Cox orange, Canada, Boskoop et Canada gris… Cela permet d’avoir une offre bien étalée dans le temps. Les plus commercialisées sont Golden et Gala. Notre principal débouché pour la pomme est la GMS. Nous produisons aussi la « pomme marquée » qui demande un vrai savoir-faire et véhicule une excellente image de notre savoir-faire… La production de fruits rouges est importante. Il y a la framboise avec les variétés Meeker, la reine des framboises,

  Polka et Héritage. La fraise tourne autour de cinq variétés : Fraise des bois, Charlotte, Mara des bois, Gariguette et Manille. Depuis deux ans, on développe ces variétés sur des plantations en terreau et sous abri.
Enfin, nous produisons la mûre et la groseille (var. Junifer et Rovada)


Quel est l’avenir de l’exploitation ?

La fraise peut être un axe de développement et nous allons augmenter sa production. En poire, on est à l’écoute du marché et on envisage éventuellement de baisser la production. Concernant la pomme, on souhaite planter la variété « reine des reinettes » qui connaît une demande conséquente. D’ailleurs, nous faisons découvrir de nouvelles variétés à nos clients comme chantecler. Notre objectif est de produire chaque année 20 à 25 tonnes/ha de chaque variété. De toute façon, nous essayons d’adapter la production à la demande et à des prix raisonnables. Nous nous intéressons au développement des associations de consommateurs (AMAP) et à Internet par le biais d’une jeune société de vente. Nous envisageons de nous rapprocher le plus possible du consommateur final. Le développement à terme de l’entreprise est de sélectionner davantage pour être sur des marchés porteurs. Il faut produire ce que l’on sait vendre.

Quel est votre réflexion sur le Marché de Rungis ?
Le Marché de Rungis reste important et indispensable pour nous, mais il n’est plus le seul objectif pour nous. Au cours des dix ans écoulés, notre chiffre d’affaires à Rungis est passé de 90% à 30%. On ne fournit surtout la poire (110 tonnes/an), voire un peu de fraise et framboise. Rungis reste un marché de valorisation pour les produits niche…

Parcours
Dominique Gaillard (46 ans) est licencié en mathématiques et titulaire d’une maîtrise en informatique appliquée à la gestion. Après avoir exercé une dizaine d’années dans le domaine informatique, il décide de revenir sur l’exploitation familiale en 1996. Après le départ à la retraite de leur père, les deux frères reprennent l’exploitation.
Si ces derniers se partagent l’ensemble des taches de l’entreprise, Dominique est davantage chargé de la partie administrative.
Titulaire d’un BTS action commerciale, Jean-Marc Gaillard (38 ans) possède la compétence « terrain » pour être entré dans l’entreprise plusieurs années avant son frère.

L’exploitation en chiffres

Superficie : 34,18 hectares
Personnel : 6 salariés permanents et 30 saisonniers (soit 6 saisonniers équivalent temps plein)
Produits phares :
en volume : poires (environ 200 t), pommes (150 t), framboises (30 t)…
en valeur : fraise (35% du CA), framboise (25% du CA), pommes (20% du CA)
Marchés : Rungis (30%), GMS (30%), direct métiers de bouche (40%)


Pépiniériste d’ornement installé à Courtacon (77), Bruno Picard est passionné par son métier et la recherche variétale…

« Ajuster la production à la demande… »

Comment est née l’entreprise ?
Exploitant agricole, mon père, Jean-Claude, produisait jusqu’alors des céréales, des betteraves et du colza sur les cent dix hectares de l’exploitation. Puis, il a souhaité se diversifier et en 1967, il a mis en place une pépinière d’ornement qui était limitée à cinq hectares et aux seules plantes pour haies. Par la suite et après quelques tâtonnements, mon père a développé une production fruitière et a engagé en 1968, un chef de culture, M. Georges Urbain, toujours dans l’entreprise. A cette époque, le particulier représentait la majorité de la clientèle avec les paysagistes…

Comment s’est-elle développée ?
Dans les années 75-80, au démarrage des Garden Center et des jardineries, mes parents sont allés aux USA pour étudier la culture hors-sol. Le début de la plante en pot a été une seconde mise en route, cependant avec quelques échecs. L’exploitation s’est réellement développée à partir des années 80.
Je suis arrivé dans l’entreprise en 1992 et mon premier travail fut de prospecter une nouvelle clientèle. Cela a porté ses fruits car nous avons doublé notre chiffre d’affaires en dix ans. Ce fut pour nous, un second souffle. La partie commerciale est devenue très importante. J’ai succédé à mon père à la tête de l’entreprise en 2000 et celle-ci représente, aujourd’hui, un peu plus de trente-cinq hectares en pépinière.

Quelles sont vos principales productions ?
Nous sommes surtout spécialistes des conifères nains, conifères de rocailles, et conifères à grand développement, soit plus de deux cents espèces. Nous produisons toute la gamme des conifères avec des variétés particulières de pin et d’if, mais également des arbres et arbustes d’ornement dont une bonne partie de persistants, des arbres fruitiers, des plantes grimpantes, des rosiers, des plantes pour haies… Les conifères sont notre produit phare et comptent pour 25% des ventes, suivis des plantes pour haies, des arbustes et des arbres fruitiers (10%). Ces derniers enregistrent une progression importante. Globalement, nous expédions en moyenne un peu plus de 150 000 plantes par an et en avons 250 000 en production. Notre catalogue regroupe 850 espèces variétales et 5 000 références. Aujourd’hui, il est important de renouveler ses gammes et nous faisons beaucoup d’efforts dans la recherche de nouvelles variétés, en relation avec des obtenteurs.

Comment analysez-vous le marché du jardin ?
Notre métier évolue peu mais progresse. Il est lié au budget du jardinage-bricolage qui

  est avant tout un budget de loisirs. Comme tel, il reste soumis à un certain nombre de facteurs concurrentiels qui sont, pêle-mêle, les loisirs multimédias, les vacances, les week-ends prolongés, les aléas climatiques…
Le jardin, ce n’est pas uniquement des végétaux, c’est aussi de la maçonnerie, des abris de jardin, des pergolas, des caillebotis, des portails, des terrasses, de l’arrosage, du matériel, des outils… autant d’éléments divers qui grèvent la partie achats de végétaux. Par ailleurs, nous sommes soumis directement à la concurrence étrangère avec la Belgique, la Hollande, l’Allemagne, l’Italie et ses producteurs de plantes méditerranéennes. Néanmoins, les pépiniéristes ont l’avantage d’être moins nombreux que les horticulteurs.
Concernant plus spécifiquement le marché de la pépinière, la tendance est aux évolutions de gammes et de variétés et nos plannings de production y sont adaptés. Il faut précéder l’acheteur pour s’imposer à lui. Pour cela, on promeut des nouveautés toujours plus nombreuses au travers de différents canaux (salons et manifestations horticoles, presse spécialisée, questionnaires clients, rencontres professionnelles…). Il y a un gros travail de recherche variétale et de conseil dans le secteur du végétal. Pour rester un acteur de ce marché, il faut être à son écoute, anticiper et ajuster sa production à la demande.

Que pensez-vous du Marché de Rungis ?
Les avantages du Marché de Rungis restent sa largeur de gamme, sa diversité, sa proximité, son fonctionnement permanent, sa communication, sa capacité à promouvoir les tendances. Rungis est un marché de tendances… A l’inverse, il n’est plus un marché de gros mais un gros marché, avec la disparition d’un nombre de professionnels et les difficultés d’accès.

Parcours
Né à Courtacon (77), Bruno Picard (39 ans) est fils d’exploitant agricole. Après un BTA agricole au lycée agricole de Sainte-Maure (10), il fait une école de commerce (EAD Paris), obtient un BTS commercial et suit des cours de marketing et finance. Il fait un stage en pépinière en Angleterre avant d’intégrer l’entreprise familiale en 1992 et d’en prendre la direction en 2000.


Chiffres clés

Personnel :
18 salariés permanents et 3 saisonniers (équivalent temps plein)
Superficie de l’exploitation :
110 hectares (total) dont 35 hectares en pépinière
Production :
150 000 plantes expédiées/an et 250 000 en production
Produits phares :
Conifères (grands et nains)
Clients :
Collectivités et paysagistes (45%)
Jardineries et grossistes (45%)
Particuliers (10%)<


Toujours en quête du plus haut niveau de qualité, Christophe Vuillot est un éleveur de volaille de Bresse AOC des plus réputés…

« La volaille de Bresse se nourrit aussi de la passion et du savoir faire de l’éleveur… »

Comment êtes-vous devenu éleveur de volaille ?
En 1992, j’ai repris l’exploitation de mes grands-parents, à la fois producteurs de lait et aviculteurs. Ils produisaient quelque 900 volailles/an. Je représente la troisième génération d’éleveur de volaille. Autrefois, on élevait des volailles dans toutes les cours de fermes afin de se constituer un complément de revenu.

Comment travaillez-vous ?
Mon exploitation couvre 16 hectares dont 10 en céréales pour la nourriture des volailles et 6 hectares de parc réservés aux volailles qui vivent ainsi en liberté « parquée ». Je travaille uniquement avec mon épouse Adeline. Je produits 4 000 volailles de Bresse AOC par an, la seule volaille AOC au monde. Pour cela, j’achète des poussins d’un jour - ils savent déjà boire et manger - et je suis le produit jusqu’au consommateur. On est obligé de passer par le centre de sélection qui gère toute la génétique du volatile et qui approvisionne les élevages en poussins, selon notre cahier des charges très draconien.
Nous avons également 5% de pintades (non AOC) par lot de poulets afin de protéger ces derniers des prédateurs (corbeaux, buses et autres petits rapaces…). En effet, les pintades se mettant à criailler à la vue des rapaces, elles en éloignent un grand nombre. Si mes pertes sont de 1%, pour certains de mes collègues, elles dépassent souvent les 5%, selon l’endroit où ils se situent…

Quelles sont les spécificités de l’élevage ?
On produit du poulet de Bresse et des volailles fines que sont la poularde (femelle vierge de 20 semaines) et le chapon (mâle castré à 6/8 semaines pour développer sa masse musculaire). Ces trois produits bénéficient d’une AOC.
On travaille sur de petites unités de 500 sujets. Chaque bâtiment (50m2) est attenant à un parcours herbeux de 5 000m2 et reçoit un lot de poussins durant quatre mois minimum. Jusqu’à cinq semaines, ils sont nourris d’un aliment complet dépourvu de farine animale et de céréales OGM. A cinq semaines, en dépit des conditions météo, les volailles sont placées en parcours herbeux, comme le stipule le cahier des charges. Ensuite, l’alimentation s’effectue à base de maïs de l’exploitation et de blé. La traçabilité est totale. J’y ajoute du petit lait de chèvre plus digeste que le lait de vache mais moins onéreux et moins rare que le lait de jument. Quand elles sont en épinette (cage en bois), on termine leur engraissement à base de farine de maïs, éventuellement du
riz cuit. Mis en place en février-mars, le chapon (le plus engraissé) est sacrifié pour

les fêtes de fin d’année. Pour le poulet, c’est à quatre mois minimum, et à cinq mois pour la poularde. Tout éleveur de volaille de Bresse ne peut faire d’autres espèces de volailles.

Quelle est la production de volaille de Bresse ?

La volaille de Bresse est un produit unique. Elle se distingue par ses pattes bleues, son plumage blanc et sa crête rouge. Nous sommes 250 éleveurs et nous produisons environ 1,2 million de volailles/an. Toute volaille fine doit être présentée emmaillotée, c’est-à-dire enveloppée dans une fibre saine (toile de lin ou de coton). Le but est de répartir la couverture graisseuse de la volaille sur l’ensemble de ses membres selon une forme oblongue et de mettre son grain de peau en valeur. Jadis, cette pratique permettait de mieux la conserver (8 jours à 17°C) quand les chambres froides n’existaient pas. Aujourd’hui, elle se conserve plus de 15 jours en chambre froide. Toute volaille de Bresse est présentée avec une partie de ses plumes pour attester de son origine.
La volaille de Bresse est un peu la « Rolls » de la volaille. Il faut la déguster le plus naturellement possible si l’on veut apprécier pleinement sa saveur.
A cet égard, « Les Glorieuses de Bresse » sont notre plus grande vitrine et 50 éleveurs participent chaque année à ce grand concours créé en 1862.
La volaille de Bresse se nourrit aussi de la passion et du savoir faire de l’éleveur…et son prix se justifie pleinement. Mon ambition est de maintenir le même niveau de qualité pour le même cheptel.

Que pensez-vous du Marché de Rungis ?
Il s’agit d’un marché vaste et impressionnant, un marché d’excellence. J’écoule une partie de ma production via le Marché de Rungis pour un certain nombre de clients ciblés. D’ailleurs, 40% de la production de volaille de Bresse est commercialisée sur la capitale.

Parcours
Natif de Saint-Etienne du Bois (01), Christophe Vuillot (37 ans) est diplômé en agriculture (BTA) et cuniculture (BTS). En 1992, il a repris l’exploitation de ses grands-parents, ses parents (un père infirmier psychiatrique, une mère employée d’une entreprise horticole) n’ayant pas repris l’affaire familiale. Par la qualité de sa production, Christophe Vuillot (membre du CIVB – Comité Interprofessionnel de la Volaille de Bresse) compte parmi les cinq meilleurs éleveurs de Bresse. Titulaire de nombreux trophées, coupes et grands prix, il a reçu le grand Prix d’Honneur du super concours organisé sur le Marché de Rungis par le CIVB, le 8 novembre 2007, à l’occasion du cinquantenaire de l’AOC…

Chiffres clés

Personnel : 2
Production : 4000 volailles/an


Avec un grain de génie, Dominique Pierru est devenu le « roi » du caviar d’escargot…

« Le caviar d’escargot, une exception française… »

Quand avez-vous débuté dans l’héliciculture ?
Mon épouse Sylvie et moi-même, avons démarré en 2004, en parallèle avec notre activité d’artisan du bâtiment. Souhaitant avoir une profession plus stable et plus sédentaire, l’héliciculture s’y prêtait parfaitement. Par la suite, on s’est intéressé au caviar d’escargot. Une production avait été entreprise dans les années 80 par pasteurisation mais sans suite par manque de qualité. L’œuf restait dur sous la dent et le producteur y ajoutait un arôme d’orgeat ou d’amande qui « étouffait » sa saveur.
Faute d’une documentation suffisante, j’ai tout inventé : la production et la recette. Avec la pasteurisation, le goût originel de l’œuf d’escargot disparaissait. De là, ma recette…
Mon épouse est partie quatre mois en formation dans le Doubs et a obtenu son diplôme d’exploitante agricole spécialité héliciculture. Pour ma part, j’ai fait un stage court au même endroit. C’est un métier à temps plein et très complet, comprenant la production, la transformation et la commercialisation…

Comment travaillez-vous ?
Pour faire de l’héliciculture, il faut tout inventer ! Il faut être bon bricoleur car il n’existe aucun matériel spécifique, si ce n’est les clôtures électriques. D’ailleurs, il n’y a pas deux élevages d’escargot identiques.
Nous élevons le fameux « gros gris » (helix aspersa maxima), originaire d’Afrique du Nord, de la taille du « bourgogne » et qui s’élève parfaitement, à la différence du dernier, un solitaire qui ne survit pas à l’élevage.
Au départ, on a acheté des naissains auprès d’éleveurs reproducteurs. La 1ere année, on les met en parcs au printemps et au bout de six mois, on en garde une partie en chambre froide pour repeupler les parcs.
Il s’agit d’un travail difficile car tout est manuel : alimentation quotidienne, surveillance (prédateurs, dératisation…), entretien (sans désherbants) des parcs, ramassage, abattage (ébouillantage