Gelée noire dévastatrice pour les fruits et la vigne

Les 7 et 8 avril, deux nuits qui marqueront l’histoire récente de l’agriculture française et européenne. Fruits, vignes et aussi quelques grandes cultures, comme la betterave, de nombreuses productions, dans toutes les régions de l’Hexagone, ont été touchées par cet épisode de gelée noire.

Production

« Nous sommes tous sous le choc », a déclaré Françoise Roch, présidente de la Fédération nationale des producteurs de fruits (FNPF) le 4 mai en ouverture des Mardis de Medfel. Si toutes les régions ont été touchées, et de nombreuses productions impactées, les dégâts ne sont pas les mêmes partout. En fruits, 100 % des productions ont été touchées, et dans certaines exploitations arboricoles, la perte de la production attendra les 100 %. En abricots, la récolte européenne s’annonce la plus faible des 30 dernières années. Elle devrait se situer autour de 340 000 tonnes. Tous les principaux pays producteurs sont atteints. L’Espagne annonce un recul de 15 % à 87 000 tonnes, la Grèce chute à 50 % du potentiel national (55 000 tonnes espérées) et l’Italie table sur une baisse de 37 % par rapport à la moyenne quinquennale. Quant à la production hexagonale elle devrait péniblement dépasser les 45 000 tonnes (47 500), en chute par rapport à 2020 (83 900 tonnes) et si l’on compare à la moyenne quinquennale (130 000 tonnes environ), c’est un effondrement. Les pertes sont un peu moins importantes en pêches nectarines. La récolte nationale est estimée à 96 000 tonnes, en retrait de 45 % par rapport à 2020, et de 52 % par rapport à la moyenne 2015-2019. En cerises, la récolte est estimée à 30 à 40 % de la production habituelle et devrait atteindre un volume de 35 000 à 40 000 tonnes. À la mi-mai, il est encore trop tôt pour faire une évaluation sérieuse des pertes en pommes et en poires. Les professionnels s’accordent pour les estimer entre 20 et 30 %. Mais cette moyenne cache de fortes disparités, des arboriculteurs ayant perdu 100 % de leur récolte. En prunes, la récolte devrait être amputée de 40 à 50 % de son potentiel. Si l’on manque de données, toutes les autres productions arboricoles (noix, noisettes, amandes, châtaignes, kiwis…) ont été impactées.
La vigne est l’autre grande victime de ces gelées noires, 90 % des terres viticoles sont touchées, certaines à 100 %. « Les retours qui me parviennent me laissent sans voix, vu l’ampleur des dégâts dans de nombreuses régions sur de nombreuses productions », rapportait à la mi-avril, Jérôme Despey, viticulteur dans l’Hérault, secrétaire général de la FNSEA, et président du conseil spécialisé vin et cidre de FranceAgriMer. La Gironde, les régions de Bergerac et Duras, le vignoble nantais, la Bourgogne du Sud, le sud du Beaujolais et la Vallée du Rhône sont les vignobles qui payent le plus lourd tribut. Dans le Centre, les vignobles de Quincy et Reuilly notamment ont réussi à mieux se protéger grâce à l’aspersion ou aux tours antigel. Les pertes n’affecteraient que 15 % des surfaces. L’Alsace et la Charente seraient relativement épargnées. Sur le plan national, un tiers de la production, près de 20 millions d’hectolitres, serait perdu, soit un manque à gagner de plusieurs milliards d’euros. Le Gouvernement a réagi très rapidement pour soutenir les filières. Emmanuel Macron, Jean Castex, et Julien Denormandie se sont déplacés pour constater les dégâts. Une aide exceptionnelle de 1 Md€ a été débloquée, qui sera abondée par les Collectivités territoriales (Régions, Départements) et l’Union européenne. Les assurances pourront aussi, dans certains cas, intervenir. D’autres mesures (dégrèvements de taxes, année blanche pour des cotisations sociales ou des échéances de prêts) sont à l’étude. Des aides à l’investissement (tour antigel, irrigation pour l’aspersion des vignes ou des vergers) sont également prévues. Et puis il y a le moyen et long terme. Il faudra armer les agriculteurs contre les risques de gel par la recherche de variétés résistantes, ou la disponibilité de la ressource en eau (toujours pour l’aspersion). Le ministre de l’Agriculture Julien Denormandie a annoncé l’organisation d’un «Varenne de l’eau » avant l’été.

En chiffres
Avec une prévision de production de 340 000 tonnes, la récolte européenne d’abricots s’annonce la plus faible des 30 dernières années.

20 millions
d’hectolitres, c’est la première estimation des pertes en viticulture, soit 1/3 de la production nationale.

100 %
des productions arboricoles ont été touchées.

1 milliard d’euris débloqué par le Gouvernement en soutien aux agriculteurs.