MécanisationMécanisation

Mécanisation

l’Automatisation mûrit dans les produits frais

Dans quelques semaines, Comptoir savoyard de distribution (CSD) va lancer un projet de mécanisation et d’automatisation sur une plate-forme qui verra passer 50 000 tonnes de fruits et légumes à l’année pour 80 Carrefour Market et Carrefour des Alpes.

À cette échelle, et sur un entrepôt dédié de 5 000 m près d’Annecy, cela reste un des rares exemples dans les fruits et légumes, même si Système U Ouest et Leclerc (Scarmor notamment) ont déjà franchi le pas depuis quelques années, aisni Mercadona en Espagne. Son concurrent, le distributeur espagnol Eroski, utilise largement des systèmes intelligents de transports (AGV) pour déplacer ses bacs plastique vers les différentes lignes de préparation de commandes.
L’une des difficultés de ce type de projet dans les fruits et légumes réside dans la gestion de conditionnements différents (caisses plastique, cagettes bois et cartons). La caisse plastique, qui s’y prête le mieux, n’est pas la règle aujourd’hui dans le secteur, même si elle permet de réduire les pertes dues à l’écrasement des colis et à la pénibilité dans la manutention. Elle est surtout utilisée par la grande distribution alimentaire, moins par les grossistes et les producteurs. Cela implique donc de maintenir des interventions humaines pour certaines tâches. Chez CSD, une petite dizaine de personnes seulement travailleront, à terme, sur le nouveau site, soit moins que dans le précédent schéma logistique (des reclassements sont prévus pour les employés en CDI). Dans la viande, le nouveau pavillon du porc à Rungis, en passe d’être finalisé, sera largement mécanisé pour simplifier le transport des carcasses, notamment avec des convoyeurs. Sur le Marché, Halles Mandar s’est équipé pour fournir en fruits et légumes Ooshop, le site e-commerce de Carrefour.

10 000 palettes prises en charge !

Près de Rennes, Les Mousquetaires, eux, ont fait confiance aux robots et aux transstockeurs pour traiter les volumes des six usines de leurs filières porc locales (SCO-Monique Ranou, Salaisons celtiques, Salaisons du Guéméné) et traiteurs (Capitaine Cook, Moulin de la Marche, Keranna Production). Même si, là encore, des opérateurs s’occupent des produits hors gabarit. Débordés en stockage et incapables de livrer en J+1 les bases logistiques d’Intermarché, ces sites industriels, qui entreposaient les colis manuellement et fonctionnaient avec le papier jusque-là, ont fait le choix de se regrouper pour investir dans un nouveau site de 12 000 m à Grand-Fougeray (Ille-et-Vilaine). Opérationnelle depuis mi-2015, cette plate-forme tourne avec 80 salariés et est conçue pour ramasser 150 000 colis par jour qu’elle livre à d’autres entrepôts reliés aux magasins. Le plus impressionnant est le système de stockage automatique, capable de prendre en charge jusqu’à 10 000 palettes. Ce système est composé de six transstockeurs et d’un système de transport automatique. Pour sécuriser la préparation des commandes, un système de contrôle de conformité des commandes et du prélèvement des poids variables par scannage a été installé, autorisant un contrôle en dix secondes pour 110 colis. Ce schéma de mutualisation logistique plaît à d’autres industriels, qui étudient actuellement le modèle. Les fournisseurs de machines et d’automatismes l’assurent : de nombreux projets d’automatisation et de mécanisation, du simple trieur à plat en ligne jusqu’à l’usine à colis, sont à l’étude dans le secteur des produits frais – hors marée – par des entreprises qui traitent de gros volumes. Un seul exemple : la Socamil, autre centrale régionale de Leclerc, va lancer en 2020 une plate-forme de 90 000 m à Castel-naudary (Aude), pour remplacer ses sites de Tournefeuille (Haute-Garonne) et de Grisolles (Tarn-et-Garonne), qui livrent 39 magasins et 39 drives. Pour le seul rayon frais, plus de 20 000 m seront en froid positif, et autour de 4 000 m en froid négatif. L’investissement, qui s’élève à 150 millions d’euros, comprend un large volet machines-robots. La Socamil n’en est pas à son coup d’essai sur ces process. La centrale utilise en effet déjà des trieurs et des modules innovants d’alimentation des palettes. La palette est acheminée jusqu’à l’opérateur grâce à un élévateur qui se réajuste en fonction de la hauteur du produit scanné. L’opérateur dispose de boutons-poussoirs pour monter ou descendre la palette jusqu’au vidage complet et déclencher le cycle de chargement de palette, avec descente de la palette vide. Avec un débit de 3 000 colis à l’heure, ce système est totalement démontable. « La mécanisation a longtemps effrayé en France, car les entreprises pensaient que cela allait figer leurs schémas, qu’elles manqueraient de souplesse. Elles préféraient gérer les pics avec des effectifs, notamment les industriels qui ne manquent pas de main-d’œuvre, explique Rémy Lévèque, responsable commercial France chez Ulma Handling Systems. Le changement qui s’est produit, c’est l’augmentation des troubles musculo-squelettiques (TMS). » Certains distributeurs évoquent également la difficulté de recruter en entrepôt sous température dirigée. Jean-Marc Heilig, responsable des ventes France chez le prestataire Witron, insiste sur l’importance des coûts de logistique dans le passage à l’automatisation : « Pour la grande distribution, ils deviennent trop élevés compte tenu des milliers de références à traiter sur les différents canaux de distribution. L’automatisation règle par ailleurs la question de la traçabilité des produits et la pénibilité dans les entrepôts. » Certains projets permettraient d’économiser jusqu’à 15 % sur les frais de transport, mais également d’augmenter la productivité sur la mise en rayons des produits, grâce à dee palettes mieux préparées. L’utilisation des camions sera de plus en plus contraignante à l’avenir, et l’optimisation de leur taux de remplissage ainsi que la limitation des tournées deviendront donc stratégiques. Les vendeurs d’automatismes vantent la baisse du taux d’erreurs en entrepôt, y compris face aux trieurs qui n’ont pas fait que des heureux dans la grande distribution. « Dans les magasins, on tend beaucoup vers le prêt-à-vendre, sauf que ce produit est très léger dans son carton, il peut exploser sur un trieur. Et les yaourts ne sont pas codifiés dans leurs cartons, on est obligé de les scanner manuellement », explique un distributeur. Reste la question du coût et du retour sur investissement, qui peut aller jusqu’à huit ans.

Vincent Lepercq­

Informia%20laisse%20une%20trace%20dans%20les%20fruits%20et%20l%C3%A9gumes

Informia laisse une trace dans les fruits et légumes

L’éditeur de logiciels Informia, qui propose notamment une solution de pilotage de la logistique, du conditionnement et de la traçabilité (Traceflow), s’est fait une place dans le secteur des fruits et légumes, et plus récemment dans celui de la marée et des produits laitiers. Ses équipes interviennent chez des groupements de producteurs d’abord, mais aussi chez des grossistes et des expéditeurs, en accompagnement d’un projet de mécanisation de station de conditionnement ou, plus simplement, lors du changement de logiciel ou de l’arrêt de l’utilisation du papier. Grâce au code-barres, Traceflow trace le produit du champ au magasin, en passant par les stations, les réfrigérateurs, les entrepôts et les camions. Quelles sont les parcelles qui n’ont pas donné comme prévu? Combien de temps le produit a-t-il passé sous température dirigée? Quelles quantités de produits phytosanitaires a-t-il reçu? sont autant d’informations enregistrées par le logiciel. La Compagnie des fruits mûrs, Superalp, Green Produce, Blue Whale, Fruidor, Georges Helfer, Pom’Alpes, Savoir Fruit, Génération Fruit, Creno Impex, La Madrague figurent parmi ses clients.