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Rungis entre dans l’ère du digital

L’ouverture de la plateforme de vente en ligne ouvre un nouveau champ des possibles pour le marché et ses entreprises. Si le projet est innovant et ambitieux, il se veut aussi sécurisant pour les vendeurs et simple d’utilisation pour les acheteurs.

Cet été, le Marché de Rungis a ouvert une porte digitale donnant accès à ses produits aux acheteurs du monde entier. Une extension du marché physique qui aura la particularité d’être ouverte 7 j/7, et 24h/24, tout en s’appuyant sur les atouts inhérents au marché physique : la disponibilité permanente d’un stock sans équivalent de produits alimentaires et une organisation logistique rodée à tout type d’expédition en France et à l’export.

 

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L’ouverture de la plateforme de vente en ligne Rungis www.rungismarket.com concrétise une réflexion de longue haleine de la part du Marché et de ses entreprises. « L’enjeu de la digitalisation m’est apparu très rapidement après mon arrivée à la tête du Marché de Rungis en 2012 », explique Stéphane Layani, son p-dg (lire notre entretien ci-après). Au cœur des Entretiens de Rungis en 2015, la question de la révolution numérique fait peu à peu son chemin dans les esprits. Le choix d’une Marketplace, validé par le conseil d’administration de la Semmaris en avril 2017, aboutit à la constitution d’une équipe d’une vingtaine d’experts du digital et des Marketplaces B to B, qui travaille au développement de la solution et des fonctionnalités spécifiques aux activités du frais, avec l’aide d’opérateurs du Marché. Depuis le mois de mars de cette année, les vendeurs éligibles ont eu accès à la plate-forme en cours de création afin de préparer le lancement du service. Accompagné par l’équipe dédiée, animée par Alexis Favre, responsable de la Marketplace et arrivé il y a un an, les entreprises ont commencé à intégrer leurs catalogues, à constituer leurs e-boutiques et à prendre en main des fonctionnalités de commande et de facturation… Ouverte à tous les détenteurs d’un contrat d’occupation pouvant justifier d’une activité et de flux physiques sur le Marché, la Marketplace a vocation à accueillir à terme les 450 grossistes de Rungis.

 

Un décollage progressif

Au moment où l’accès de la plate-forme s’ouvre à tous les clients du marché, l’heure n’est cependant pas à la précipitation. « Le lancement de la Marketplace est un projet de long terme, explique Jérôme Zoïs, Directeur de l’Innovation et des Systèmes d’Information de la Semmaris. Nous prendrons le temps qu’il faudra pour réussir la duplication de l’univers de Rungis dans le monde du e-commerce. Le but est de monter en puissance régulièrement, en enrichissant l’offre peu à peu et en apportant au fur et à mesure les ajustements nécessaires. L’utilisation du service par les acheteurs constituera une source d’enseignement très importante pour nous, par exemple sur l’évolution des moyens de paiement ou l’intégration d’assistants virtuels. » L’accompagnement des entreprises aux enjeux et à l’usage de la Marketplace va se poursuivre et s’intensifier dans les mois qui viennent. « Mon rôle consiste à proposer aux grossistes les solutions pour faciliter au mieux leur transformation numérique et les aider à construire leurs offres en ligne », explique Alexis Favre. Sa mission comprend un volet technique, en support auprès des équipes en charge de l’architecture et de l’ergonomie de la Marketplace, et un volet commercial en vue de développer le projet avec une offre le plus étayée possible afin de maximiser l’intérêt pour l’acheteur potentiel. « Mon premier objectif est de répondre aux attentes de tous les acteurs, gestionnaire, clients et acheteurs, et de faire en sorte que l’équilibre se fasse pour l’avènement d’un projet dont tous les facteurs clés de succès sont réunis », explique-t-il. En parallèle, un plan de formation des vendeurs a été lancé en partenariat avec Ifocop. La première session de formation « Immersion à la transformation digitale » d’une demi-journée a commencé dès le mois de février. Elle vise à permettre aux vendeurs de mieux appréhender les problématiques de transformation digitale ainsi que les enjeux du commerce en ligne, et de donner les premières clés pour réussir ses ventes sur la plateforme de vente en ligne : gestion de la relation client et gestion de l’image notamment. À la suite de cette première session de formation, trois modules en ateliers plus opérationnels ont été lancés pour permettre la prise en main de la plate-forme. L’ouverture de la Marketplace s’accompagne également d’un vaste plan de communication qui montera peu à peu en puissance. La sensibilisation de la clientèle de Rungis a commencé dès le mois de janvier avec l’envoi d’une newsletter dédiée et la mise à jour du site vitrine du projet.

 

La communication monte en puissance

Dans les semaines qui viennent, la communication va se déployer vers des prospects ne fréquentant pas aujourd’hui le Marché de Rungis. Dans un premier temps, elle visera les cibles prioritaires habituelles du marché de la restauration commerciale et collective, les commerces de détail, les GMS franchisées et les indépendants. La zone géographique visée en 2018 sera prioritairement l’Île-de-France et la province, puis l’Europe et le Grand Export en 2019. Le plan de lancement prévoit une présence de publicités ciblées sur Youtube et sur une sélection de sites en relation avec l’activité des entreprises de Rungis, mais aussi une campagne de référencement payant sur Google afin de faire émerger la Marketplace dans les résultats de recherche. En parallèle, d’autres outils vont être mis en place : campagnes d’e-mailing, encart presse, participation à des conférences dans les principaux salons professionnels (Restau’Co, Salon de la pâtisserie, Food Hotel Tech…), et présentation de la solution Marketplace sur le stand Village Rungis d’Equip Hotel 2018 et au Sirha 2019. L’ouverture de la Marketplace, tout innovante soit elle, ne constitue cependant pas un saut dans l’inconnu, ni pour le Marché de Rungis ni pour ses clients. Il est en effet utile de rappeler que la digitalisation du Marché a été fortement engagée ces dernières années. « 70 % de nos clients utilisent le site ou l’application MyRungis pour gérer leurs dossiers en ligne, acheter leurs entrées ou acquérir des points, témoigne Jérôme Zoïs. En à peine plus de trois ans, la relation des usagers avec le Marché de Rungis s’est donc largement digitalisée. Il n’y a aucune raison qu’une partie d’entre eux ne soit pas intéressée par l’achat en ligne. Certains se sont d’ailleurs déjà manifestés, et nous allons naturellement intégrer la vente en ligne au sein du parcours client de MyRungis. »

 

 

Un double accès

Les usagers auront deux accès possibles à l’offre digitale de Rungis : soit directement à l’e-boutique de leurs fournisseurs habituels, soit en croisant les offres par un moteur de recherche. « Notre volonté, c’est que le service soit simple d’utilisation et permette à l’usager de trouver le produit qui réponde spécifiquement à ses attentes », poursuit Jérôme Zoïs. La même quête de simplicité a prévalu en matière d’organisation logistique. Le grossiste conserve le choix de proposer à son acheteur l’enlèvement sur place, la livraison par ses propres moyens ou le recours à la logistique mutualisée clés en main, mise en place dans le cadre de la Marketplace. Celle-ci est organisée autour de quatre transporteurs (STEF, Chronofresh, STG & Nagel et Geodis) dont les tarifs ont été préalablement négociés. « C’est une des promesses innovantes de cette Marketplace avec l’assurance-crédit proposée pour toutes les transactions », souligne Jérôme Zoïs.

Au-delà de la prouesse technique, l’ouverture de la Marketplace a pour ambition d’ouvrir un nouveau champ des possibles aux entreprises du marché. « Le marché de Rungis a encore plein de débouchés à défricher à travers le monde, assure Jérôme Zoïs. La Marketplace est à considérer comme un canal de vente supplémentaire, pas comme un concurrent du marché physique. Je suis convaincu qu’on ne pourra bientôt plus s’en passer. »

 

 

INTERVIEW : Stéphane Layani, Président-Directeur général du Marché de Rungis

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« La Marketplace digitale, un prolongement naturel du marché  »

Pour Stéphane Layani, P-DG du Marché de Rungis, l’ouverture d’une Marketplace B to B constitue une évolution inscrite dans le sens de l’histoire. Son succès dépend, selon lui, de l’implication du plus grand nombre et de l’articulation entre les ambitions individuelles des entreprises et celles du Marché.

 

Pourquoi vous êtes-vous impliqué dans la création d’une Marketplace digitale ?

Tout simplement parce que le Marché de Rungis est la plus vieille et la plus grande « Marketplace » en France. Il m’est donc très vite apparu que la position qu’occupait le marché dans les transactions physiques, elle devait aussi l’occuper dans le monde digital. C’est la raison pour laquelle, dès mon arrivée il y a six ans, j’ai décidé de digitaliser nos activités en créant d’abord une direction de l’innovation intégrée au comité de direction, à qui j’ai confié la digitalisation des activités de la Semmaris et de ses parties prenantes grossistes et détaillants, mais aussi en déployant des moyens humains et financiers pour soutenir notre stratégie digitale.

 

Pouvez-vous nous rappeler les principales réalisations digitales de ces dernières années ?

Cette orientation s’est traduite par le déploiement de la fibre sur l’ensemble du Marché – le très haut débit est une condition sine qua non à la digitalisation et à l’accès au e-commerce –, mais aussi par la digitalisation de tous les aspects administratifs de notre relation client en trois ans. Celle-ci est aujourd’hui dématérialisée à plus des deux tiers. Nous avons développé pour cela de nombreux outils performants en ligne (l’intranet, les sites internet RungisInternational pour la vitrine, RungisImmobilier pour les opérateurs, MyRungis pour les acheteurs), et une présence très large sur les réseaux sociaux qui nous permet de prendre efficacement la parole et de renforcer nos liens avec nos clients.

 

Comment le Marché de Rungis peut-il œuvrer à l’accompagnement des entreprises dans cette évolution digitale ?

L’accompagnement des entreprises du Marché, qui sont des TPE et PME, est un aspect crucial de la réussite du projet. Je suis bien conscient que le virage numérique prend du temps tant il touche à l’ADN de certaines entreprises, à leur mode de fonctionnement et à leur stratégie. Pour certaines, cette évolution va les amener à repenser leur offre et à former leurs équipes à une approche commerciale différente. Ce sont des étapes certes chronophages mais cruciales pour la réussite du projet. Nous avons mis en œuvre tout un arsenal d’outils de formation, notamment en partenariat avec l’Institut de formation commerciale permanente (Ifocop), pour répondre à ces besoins et mis en place une équipe dédiée à l’accompagnement personnalisé des entreprises, pilotée par Alexis Favre. Aujourd’hui, je crois que peu d’entreprises doutent que la marketplace soit dans le sens de l’histoire.

 

Le projet de Marketplace digitale, c’est donc un projet de long terme ?

Oui, c’est la matérialisation d’une mutation en profondeur du marché que nous comptons accompagner sur le long terme. C’est notamment la raison pour laquelle nous avons créé Rungis&Co. Cette pépinière d’entreprises regroupe de jeunes start-ups pour la plupart orientées vers le digital et qui ont vocation à infuser leur savoir-faire vers les entreprises du Marché. C’est aussi le sens de la création de la Rungis Académie. Ce pôle de formation tourné vers l’expertise métier intégrera en tout premier lieu le volet digital.

 

Quelles sont les ambitions de la Marketplace en matière commerciale ?

Comme vous pouvez l’imaginer à travers ce que j’ai dit précédemment, nous avons élaboré un business plan très prudent, afin de nous donner le temps de faire monter sur la plate-forme le plus grand nombre de grossistes. Ce sera le facteur clé du succès premier de ce projet. D’ici à dix ans, l’objectif envisagé est d’atteindre au travers du digital entre 5 et 10 % du business actuel du marché physique, soit entre 200 et 400 millions d’euros de volume d’affaires.

 

Le boom des marketplaces

Le choix du modèle de la marketplace pour la digitalisation du marché de Rungis correspond au modèle qui s’est imposé dans le domaine du commerce numérique. « Les places de marché occupent une place de plus en plus importante au sein de l’activité e-commerce », souligne la Fédération du e-commerce et de la vente à distance (Fevad). Le volume d’affaires réalisé via les places de marché représente 28 % du volume d’affaires total des sites qui les hébergent, selon le panel IPM Fevad. Ce chiffre a augmenté de 18 % sur la seule année 2016. Par ailleurs, toujours selon la Fevad, 27 % des e-marchands TPE-PME vendaient sur des places de marché en 2016, d’après Oxatis-Kpmg.

 

INTERVIEW : Jean-François Chemouni, Gérant de CS Fruits

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« Donner la chance à nos produits d’être connus et reconnus  »

CS Fruits, société d’import-export spécialisée dans les fruits et légumes et produits d’épicerie de niche à destination de la restauration, fait partie des pionniers de la Marketplace. Jean-François Chemouni y proposera une centaine de références dès cet été.

 

Vous allez embarquer cet été à bord de la marketplace B to B du Marché de Rungis. Pour quelle raison avez-vous fait ce choix ?

La digitalisation des relations avec les clients est inscrite dans l’évolution actuelle du commerce. Qu’on le veuille ou non, c’est l’avenir. Pour ce qui nous concerne, j’y vois une chance supplémentaire donnée à nos produits d’être découverts et appréciés. CS Fruits a en effet la particularité de proposer beaucoup de produits de niche (notre catalogue compte entre 2 500 et 3 000 références selon les saisons), dont beaucoup sont peu connus. Par exemple, sur les huit dernières références que nous avons lancées, il y en a la moitié dont même de grands chefs ne soupçonnent pas l’existence. Or, il y a une certitude bien acquise, c’est qu’on ne peut pas acheter quelque chose que l’on ne connaît pas ! La Marketplace va nous permettre de donner à ces produits une chance d’être connus, reconnus, et donc vendus. Ce travail d’explication et de promotion aidera certainement nos distributeurs à commercialiser plus facilement certaines gammes, car elles seront identifiées par leurs clients.

 

Comment allez-vous vous organiser ?

Dans un premier temps, l’objectif est de proposer une centaine de références que l’on va tester parce que l’on pense qu’elles sont susceptibles d’intéresser la clientèle de la Marketplace. En fonction des résultats, nous adapterons bien sûr la gamme et les prix qui seront affichés. Cette présence va nous permettre de jouer le rôle de régulateur sur les prix de certaines références dont nous avons l’exclusivité. D’un point de vue logistique, nous allons nous appuyer sur les partenaires proposés par la Marketplace, de manière à simplifier au maximum les relations client. Enfin, en matière de ressources humaines, une personne sera plus particulièrement dédiée à la Marketplace, dont la mise en place et la maintenance réclament beaucoup d’investissement en temps. On ajustera en fonction des résultats.

 

Quels objectifs visez-vous concrètement ?

Dans un premier temps, c’est de toucher une clientèle que l’on ne touche pas, en France comme à l’export. Aujourd’hui, nos clients finaux sont souvent de grands chefs. Mais il n’est pas dit que nos gammes ne soient pas susceptibles d’intéresser certaines brasseries par exemple. L’apport d’une plate-forme comme celle-ci, avec la notoriété de Rungis, c’est de s’ouvrir une clientèle potentielle considérable.

 

CS Fruits en bref

 

Bruno Carlhian