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Transport : la révolution digitale a sonné

L’innovation technologique permet de toujours mieux connecter les véhicules, les flottes des transporteurs et les acteurs de la chaîne logistique entre eux. Une révolution qui ne fait que commencer.

Transport : la révolution digitale a sonné 3Les feux de l’actualité se sont braqués ces dernières semaines sur la brûlante question de la digitalisation de la chaîne logistique. Le sujet a d’abord dominé les débats du salon Solutrans de Lyon, fin novembre, dont les stands rivalisaient d’imagination en matière de véhicules et de flottes connectés. Quelques jours plus tard, les 3 et 4 décembre, avait lieu à Paris un autre événement, « Supply Chain Event », intégralement consacré aux nouvelles tendances technologiques en matière de pilotage et d’exécution de la chaîne d’approvisionnement. Pas moins d’une quarantaine de conférences et ateliers étaient prévus sur l’industrie et les produits de grande consommation, l’e-commerce et la grande distribution ou encore le transport, la grande logistique et la logistique urbaine.
À Solutrans, une innovation illustrait parfaitement la tendance actuelle en matière de transport : le système Multiplex. Développé par Lamberet pour ses véhicules frigorifiques, la technologie lui a valu de remporter le « I-nnovation Awards » dans sa catégorie. Il s’agit d’une offre de connectivité intégrée aux porteurs Frigoline du carrossier utilisant le CAN-Bus du véhicule pour associer différentes fonctions et en offrir le pilotage via une application smartphone. Avec ce système, le chauffeur-livreur peut, depuis son portable, gérer indifféremment le moteur, le hayon, les ouvrants et les différentes fonctions de la carrosserie. Le principe consiste à raccorder à un même câble un grand nombre de calculateurs communiquant les uns avec les autres, ce qui permet de contrôler et sécuriser l’ensemble des fonctions. Un pas supplémentaire vers l’autonomie, en quelque sorte.

La connectivité à tous les niveaux

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La connectivité s’invite désormais partout dans les véhicules, du tableau de bord au poste frigorifique. Le spécialiste du hayon élévateur Dhollandia a ainsi lancé Uptime, un boîtier capable de communiquer avec le hayon et avec une plate-forme informatique. Les responsables de parcs de véhicules peuvent ainsi déterminer l’utilisation précise qui est faite du hayon, l’état de charge de sa batterie – et ainsi éviter une sous-tension (première cause de panne) –, connaître le nombre de cycles effectués, le temps de fonctionnement, etc. L’analyse de ces diverses données permet d’anticiper la maintenance du hayon et ainsi d’éviter l’immobilisation du véhicule du fait d’une panne. Dans le même ordre d’idées, un objet insolite mais astucieux était présenté au salon lyonnais par la marque G-Keep.

Le Keeper est un objet connecté non intrusif permettant de protéger les réservoirs, d’assurer le carburant volé et d’analyser et optimiser les consommations. Une sonde installée en lieu et place du bouchon de vidange du réservoir associée à un boîtier aimanté sur le châssis permet de connaître le volume de carburant à tout moment, au litre près. En cas de siphonage, une alarme est déclenchée. L’appareil permet d’optimiser ses consommations en agissant sur les données retranscrites sur la plate-forme web et qui précise la fréquence des remplissages, le détournement interne, les objectifs de consommation ou encore le temps de consommation à l’arrêt. Les technologies numériques ont également révolutionné ces dernières années la gestion des flottes. Le spécialiste de la location de longue durée Fraikin, a par exemple mis en place à destination de ses clients « mySmartFleet by Fraikin », une solution de télématique offrant une multitude d’informations sur l’usage des véhicules. Un outil précieux pour optimiser l’utilisation des camions et rationaliser les tournées. Les données remontées depuis les véhicules concernent aussi bien les kilomètres parcourus la consommation de carburant, les émissions de CO2, le taux d’utilisation des véhicules, mais aussi des éléments sur les comportements de conduite ou encore la géolocalisation des véhicules.

Le leader européen de la location de véhicules industriels, utilitaires et commerciaux fournit quelques exemples des actions de correction que l’analyse de ces données peut permettre de mener. « Cela peut concerner par exemple les temps d’attente », explique-t-on chez Fraikin. « On pourra par exemple faire apparaître qu’une économie de 310 litres/mois aurait pu être réalisée en évitant les arrêts moteurs tournants ; ou encore souligner que les objectifs fixés en matière d’usage des véhicules ne sont pas respectés. Par exemple que seulement 6 % d’une flotte roule effectivement entre sept heures et neuf heures par jour. »
Les transporteurs eux-mêmes se sont dotés de systèmes « maison » de suivi des livraisons. Depuis le mois de juin 2018, le prestataire Delanchy a mis en place D’Livery, un service innovant fondé sur la communication en temps réel des informations de livraison, destiné aux conducteurs, aux exploitants, ainsi qu’aux clients. « L’objectif est d’allier gain de temps, renforcement de la sécurité routière et alimentaire et fiabilité dans les flux d’information », indique le groupe. Delanchy avait mis en circulation en début d’année 750 smartphones Androïd, chacun affecté à un véhicule. Ces appareils, qui ont l’allure de « Pads » durcis pour résister aux chutes, sont équipés d’un logiciel de suivi des livraisons.

Révolution informatique

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Avec l’avènement du e-commerce et le développement de la livraison, les besoins d’interconnections entre les acteurs de la chaîne logistique ne cessent de croître. « Le web et les interfaces de programmation (API) remplacent ainsi l’échange de données informatisées d’ordinateur à ordinateur (EDI), pour les commandes de transport. Ils permettent aux prestataires logistiques d’accéder directement aux flux des e-commerçants », analysaient les experts de Solutrans dans une analyse publiée en amont du salon. La nécessaire continuité de la chaîne a aussi conduit les logisticiens à moderniser, automatiser et connecter leurs entrepôts à des applications tierces de gestion des quais et des entrées/sorties sur site, que les transporteurs doivent apprendre à maîtriser, pour offrir la traçabilité requise.
Dans ce contexte, le secteur alimentaire se distingue par un grand appétit de traçabilité qui oblige les transporteurs à s’équiper en technologies de Track & Trace via le Cloud. « Il faut être capable de transmettre l’information, de manière fiable et sécurisée, presque en temps réel, pour adresser aujourd’hui ces types de marchés », souligne le document de Solutrans. « En attendant la création de standards ou de connecteurs entre ces systèmes hétérogènes, les transporteurs jonglent entre différentes applications mobiles que les conducteurs doivent maîtriser pour gérer leur mission mais aussi remonter en temps réel chaque étape et les documents administratifs correspondants ». Lors du salon Supply Chain Event, plusieurs solutions innovantes ont été présentées.
À la clé de cette évolution, « des gains de productivité et financiers dus à la réduction des délais de paiement », mais aussi « de nouvelles contraintes de modernisation et d’acceptation des salariés », estimaient les experts de Solutrans. « Car, via la traçabilité renforcée par la connectivité des chaînes logistiques et la digitalisation, ce sont, avec le fret, les hommes, les opérations et les éléments de facturation qui sont en permanence suivis ». Un équilibre devra être trouvé à l’avenir, entre le besoin de transparence et la nécessité de préserver le facteur humain, qui reste au cœur de la chaîne logistique.
B. C.

Le numérique au secours de la « supply chain »

L’innovation est de mise en matière de solutions numériques appliquées à la logistique. Logiciels, applications, systèmes de traçabilité : les fournisseurs rivalisent d’imagination pour fluidifier et sécuriser la chaîne d’approvisionnement.

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Les exposants du Supply Chain Event organisé les 3 et 4 décembre dernier à Paris ont offert au visiteur un vaste panorama des solutions numériques à la disposition des entreprises de transport et de logistique et des sociétés de distribution et de commerce. L’analyse des sociétés candidates au « Digital Supply Chain Award » donne une idée de la variété des initiatives dans ce domaine.
Côté logiciels, B2Wise présentait un logiciel de planification logistique basé sur la méthode « Demand Driven », permettant de gérer en temps réel l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement de la commande de matière première à la livraison dans les délais aux clients. Le logiciel en propose une exécution visible et collaborative. Flowlity, quant à elle, exposait une solution logicielle en mode SaaS permettant d’améliorer la gestion des stocks en se positionnant comme un tiers de confiance entre une entreprise et ses clients et fournisseurs. L’outil relie les données de ces derniers pour permettre aux algorithmes d’intelligence artificielle d’effectuer des recommandations et des prédictions directement actionnables pour les planificateurs. Le bien nommé « Supply Chain Guru » de Llamasoft se propose enfin d’analyser l’efficacité de la chaîne d’approvisionnement et de proposer d’éventuelles opportunités. À l’aide de données provenant de sources multiples, l’utilisateur peut visualiser les opérations en cours et découvrir de nouvelles options opérationnelles ou des zones d’inefficacité ou de risque.
Du côté des applications et des plates-formes, DDS Logistics présentait DDS Live, qui permet aux collaborateurs en mobilité, comme les commerciaux, acheteurs ou managers d’avoir une vision en temps réel du transport. L’application met à disposition des alertes en mode push, des listes de suivi et des indicateurs de performance (KPI). Un commercial aura ainsi accès au nombre d’expéditions réalisées sur son portefeuille de clients, aux alertes en cas de retard et à la liste des commandes en livraison ce jour. La plate-forme Everoad se propose de son côté de mettre en relation tous types d’expéditeurs avec des PME du transport européen pour leur besoin spot et régulier. Les sociétés expéditrices déposent leurs lots sur la plate-forme, qui trouve un transporteur adapté à leurs besoins de chargement, de délai et de prix en une heure trente en moyenne. Une fois le lot accepté, l’expéditeur peut suivre en temps réel son lot via son tableau de bord personnalisé.

Enfin, du côté des outils dédiés à la traçabilité, Hub One Tracecold est une solution de suivi de température, humidité et détection luminosité sans fil, qui pourrait avoir de beaux jours dans le secteur des produits frais. Elle permet de remonter les données de température en s’affranchissant de l’installation dans un véhicule d’un concentrateur (ou gateway) afin de transmettre les informations. De son côté, Runa a présenté sa « Safecube solutions », une solution de tracking « de bout en bout » et en temps réel de containers permettant une visibilité continue sur les transports intercontinentaux. Le service comprend la fourniture de trackers « internet des objets », une plateforme Web SaaS permettant de visualiser et analyser les flux de containers et les alertes, le service de logistique retour des trackers et enfin un service d’analyses de données et de prescriptions de solutions d’optimisation de ses flux et d’aide à la décision. n
B. C.

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Un fret sous surveillance

Des outils permettent de tracer les produits au cours de leur transport, mais aussi de mesurer et de prévenir le moindre incident pendant le trajet. Illustration avec Kuehne + Nagel. Les technologies numériques ont permis, ces dernières années, d’améliorer la traçabilité des produits pendant le transport, mais aussi de veiller au respect de la qualité au cours de leur acheminement. Pour la division « produits périssables de Kuehne-Nagel », n° 1 mondial du transport maritime et n° 2 de l’aérien, l’enjeu est d’importance. « La préservation des propriétés des produits frais jusqu’à leur destinataire final est à la fois une préoccupation de sécurité sanitaire, mais aussi une question d’image de marque des producteurs et des grossistes, a fortiori sur des produits à forte valeur ajoutée », explique Stéphane Recchia, le patron de l’immense plate-forme de Kuehne + Nagel, dédiée aux produits frais située sur la plate-forme de la Sogaris. De cet entrepôt, des dizaines de tonnes de produits en provenance du Marché de Rungis partent chaque jour, par mer et par avion, vers plus de 120 destinations dans le monde. « Pour garantir à nos clients le suivi le plus efficace possible de leurs marchandises, nous mettons à disposition différents outils », explique cet ancien directeur des ventes de DHL, qui a rejoint Kuehne + Nagel, il y a un an. « Le premier est un portail web dédié, KN Login. Il permet à nos clients de savoir si la marchandise est dédouanée, si le bateau est bien parti et où il se trouve, s’il sera quelques jours en avance ou en retard en fonction des conditions, etc. C’est loin d’être un gadget, car ce sont des informations stratégiques. Elles peuvent amener l’expéditeur ou l’importateur à anticiper ou retarder des ventes ». Autres outils en pleine évolution, les capteurs installés dans les containers. « Ils permettent d’être alerté sur d’éventuelles intrusions lumineuses, de connaître le taux d’humidité, d’être informé sur d’éventuels chocs, etc. Des informations qui peuvent être éventuellement partagées avec les fournisseurs ou les clients », précise Stéphane Recchia. Les outils sont toujours plus sophistiqués. Des sondes permettent ainsi de mesurer en permanence la température à cœur d’une viande, par exemple. « Associé à un émetteur Bluetooth, le capteur peut signaler à un opérateur sur place si des variations interviennent, de manière, le cas échéant, à ce qu’il puisse intervenir. C’est une option potentiellement intéressante pour l’exportateur comme pour l’importateur ».