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Les Etats Généraux de l’Alimentation

Le grand débat

Les états généraux de l’alimentation ont ouvert un immense chantier pour l’avenir de l’agriculture et l’agroalimentaire français.

Les états généraux de l’alimentation ont été lancés le 20 juillet dernier par le Premier ministre, Édouard Philippe, en présence de Stéphane Travert, ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation, Nicolas Hulot, ministre de la Transition écologique et solidaire, et de Benjamin Griveaux, secrétaire d’État auprès du ministre de l’Économie et des Finances.

Cette journée, qui a réuni l’ensemble des acteurs économiques, sociaux, environnementaux et institutionnels de l’alimentation, de l’agriculture et de la pêche (plus de 500 participants), avait pour objectif d’élaborer un diagnostic partagé sur les habitudes de consommation alimentaire, la situation des principales filières, les évolutions du commerce et de la distribution, les enjeux d’une agriculture durable et de la transition écologique. « La France est une puissance militaire. Elle est une puissance diplomatique, économique, culturelle. Elle est également une grande puissance agricole. Si le président de la République a voulu ces états généraux, s’il a souhaité en faire un des axes prioritaires de son action, c’est d’abord pour le dire, pour le répéter. Pour en être fiers. Et pour rappeler que cette puissance agricole est un élément de notre souveraineté nationale », a rappelé le Premier ministre dans son discours d’ouverture. Il a identifié les quatre enjeux auxquels doit faire face l’agriculture française : la mondialisation, l’enjeu climatique, l’enjeu numérique et le renouvellement des générations.

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De nombreux sujets seront évoqués au cours de l’ensemble des travaux. Mais le thème majeur de ces états généraux est bien la création de valeur et la répartition du prix au sein de la chaîne de production.

Stéphane Travert

Le résultat net par actif a baissé de 21,9 % par rapport à 2015. La valeur ajoutée brute de la branche agricole a baissé de 8,4 % en 2016 par rapport à 2015.

Cette journée de lancement a également été riche en interventions et en débats denses et animés, préfigurant ce que seront les travaux en ateliers. En plus des ministres présents, de nombreux experts, hauts fonctionnaires, etc. sont venus présenter un état des lieux afin d’enrichir la réflexion des participants aux ateliers. Ainsi, Roger Genet, directeur général de l’Anses* a présenté les dernières tendances alimentaires des Français. En résumé, on trouve toujours plus de produits transformés, une nette augmentation des compléments alimentaires, encore trop de sel et surtout pas assez de fibres dans leurs assiettes. Certaines pratiques sont potentiellement plus à risque : une consommation croissante de denrées animales crues, des températures relevées dans les réfrigérateurs qui ne sont pas toujours adaptées, des dépassements plus fréquents des dates limites de consommation. L’Anses a également relevé des corrélations entre activité physique, niveau d’études, etc. et habitudes alimentaires.

 

Une part de l’alimentation en baisse

C’est sur ce dernier point qu’est intervenu Marc Hervouët, président de la Confédération française du commerce de gros et international (CGI). Plutôt que le niveau d’études, « je pense que c’est plutôt le problème du revenu qui est en cause, a-t-il déclaré. La part de l’alimentation dans le budget des ménages n’a fait que baisser depuis cinquante ans. Aujourd’hui, un repas majeur (déjeuner ou dîner) est pris hors domicile. Le prix moyen d’un repas en restauration collective, c’est 1,50 euro. La part du fruit, c’est 15 centimes. » En conclusion, Marc Hervouët a souligné la contradiction entre les objectifs de l’État, en termes budgétaires, et les objectifs des états généraux.

Directrice générale de France Agrimer, Christine Avelin est revenue sur la situation économique des principales filières alimentaires françaises. Celles-ci sont caractérisées par une grande diversité de productions et de débouchés, aussi bien sur le marché intérieur qu’à l’exportation. En 2016, tous produits agricoles confondus, la moyenne des prix à la production stagne par rapport à 2015. Orientés à la baisse pour le lait, les bovins viande, le blé tendre et le blé dur, les prix à la production progressent ; en revanche, pour le porc, les fruits et les légumes et les volailles, ils sont quasi stables. Une nouvelle baisse des prix s’observe également pour les produits des industries alimentaires considérés globalement en recul pour la troisième année consécutive en 2016. En moyenne, les prix à la consommation alimentaire progressent un peu plus en 2016 qu’en 2015, la hausse de 2016 étant supérieure à l’inflation générale. D’autres thèmes, comme les évolutions dans la grande distribution, la promotion d’une agriculture durable pour faciliter la transition écologique, ont été abordés au cours de cette journée de lancement.

Nicolas Hulot

Je rêve d’un pays réconcilié, d’un pacte entre les agriculteurs et les consommateurs.

En fin d’après-midi, Nicolas Hulot est intervenu dans un silence quasi religieux. Après avoir rappelé avoir imaginé ces états généraux, il a fait part de ses attentes. « J’espère qu’aujourd’hui est le début de quelque chose de magnifique et d’inattendu, déclare-t-il d’emblée. On peut faire rentrer l’agriculture dans le xxie siècle. On a le choix entre le sursis ou le sursaut. On peut faire un saut qualitatif tous ensemble dont la conséquence sera de redonner de la sécurité économique aux agriculteurs, de la sécurité psychologique aux agriculteurs, et de la sécurité sanitaire aux agriculteurs. » Il estime que le moment est « favorable pour créer une passerelle de confiance, de respect entre l’agriculture, la ruralité, et cette société qui est devenue majoritairement urbaine. Dans le domaine climatique, l’agriculture peut être le problème, elle peut être la victime, elle l’est déjà parfois, mais elle peut être aussi la solution. Je rêve d’un pays réconcilié, d’un pacte entre les agriculteurs et les consommateurs avec une agriculture diversifiée qui s’ouvre sans préjugé, sans agressivité à l’agriculture biologique, à l’agroécologie, à la permaculture, mais sans fustiger les autres ».

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Lancés en plein mois de juillet, ces états généraux ont formellement commencé fin août. Les premiers ateliers, ceux consacrés aux prix agricoles, n’ont démarré que le 29 août. La veille, Stéphane Travert, a rappelé les enjeux, la méthode et les objectifs de ces états généraux de l’alimentation. « Nous nous engageons dans une réforme sans précédent de l’agriculture française », qui vise à permettre aux agriculteurs « de vivre dignement de leur travail » et à « assurer la pleine prise en compte par l’agriculture des enjeux sociaux, sanitaires et environnementaux ». L’ensemble des membres du gouvernement est engagé dans ce projet (onze ministères participent à ces états généraux), a rappelé Stéphane Travert. « Cette transformation profonde va prendre du temps, susciter inquiétudes et résistances. Elle sera peut-être critiquée, aussi, par ceux qui trouveront qu’elle n’est pas assez rapide. Mais je suis convaincu qu’elle est indispensable et possible, si les agriculteurs se sentent soutenus et reconnus dans leur travail et s’ils trouvent davantage de stabilité et d’autonomie économique. » Il ne s’agit pas « d’opposer les modèles agricoles » (conventionnel, durable, intensif, bio…). « Nous devons trouver l’équilibre le plus harmonieux et la meilleure complémentarité entre eux et les faire évoluer pour qu’ils concourent tous au développement de l’alimentation toujours plus saine, sûre et durable que nous appelons de nos vœux pour nous-mêmes, pour nos concitoyens, pour les consommateurs européens et pour l’ensemble de la planète. » Le président de la République, Emmanuel Macron, devrait s’exprimer sur ces états généraux courant octobre.

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Stéphane Layani

« Les marchés de gros, une alternative utile au dialogue entre producteurs et distributeurs »« Je pense que ces états généraux de l’alimentation sont un grand moment, un peu comme l’a été il y a plusieurs années le Grenelle de l’environnement. Parce que tous les acteurs de la filière, c’est-à-dire les distributeurs, les agriculteurs, les industries agroalimentaires vont se rencontrer, échanger. On va essayer de sortir de cette guerre des prix qui tue la valeur et qui ne permet pas aux 400 000 agriculteurs de vivre correctement aujourd’hui. J’attends que les marchés de gros, qui sont une alternative utile au dialogue entre producteurs et distributeurs, puissent présenter leur offre, donner de la valorisation aux produits et se développer, et développer ainsi le commerce de proximité », a déclaré Stéphane Layani, président du marché de Rungis, le jour du lancement des états généraux. En séance plénière, il a pris la parole pour rappeler qu’à l’occasion d’une visite de Rungis, Margaret Chan, directrice générale de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), avait déclaré que « Rungis est le marché agroalimentaire le plus sûr du monde ». « La France est le pays le plus sûr du monde en matière agricole et alimentaire. C’est très important de dire que, peut-être, l’alimentation des Français s’est dégradée au cours des vingt dernières années, mais c’est aussi très important de dire que les Français mangent mieux que dans beaucoup de pays du monde », a ajouté Stéphane Layani, en faisant allusion aux travaux de l’Anses. Il a proposé que sur cette question du niveau de sécurité alimentaire des populations, des comparaisons internationales soient faites.

 

 

EGA, mode d’emploi

Le principe des états généraux de l’alimentation (EGA) est basé sur le dialogue entre les organisations professionnelles, les ONG et l’État. « Nous avons souhaité partir de vous : de votre analyse, de vos attentes, de votre énergie, de vos solutions, dans un double souci d’efficacité et de solidarité », a rappelé le Premier ministre. Les états généraux de l’alimentation s’organisent en deux chantiers, un premier consacré à la création et à la répartition de la valeur, et un second chantier portant sur une alimentation saine, sûre, durable et accessible à tous. Quatorze ateliers sont organisés chacun sur des thèmes précis : « Atelier 5 – Rendre les prix d’achat des produits agricoles plus rémunérateurs pour les agriculteurs » ; « Atelier 7 – Améliorer les relations commerciales et contractuelles entre les producteurs, les transformateurs et les distributeurs »… Ils sont composés de 50 à 60 représentants des diverses organisations, et présidés ou coprésidés par des personnalités issues de l’entreprise, de la haute administration ou des organisations professionnelles. Ainsi, l’atelier 5 est coprésidé par Serge Papin, P-DG de Système U, et François Eyraud, directeur général de Produits frais Danone. Deux coordonnateurs ont été nommés : Célia de Lavergne, députée (LREM) de la Drôme, et Olivier Allain, vice-président (PS) du conseil régional de Bretagne. Les citoyens sont également appelés à contribuer via une grande consultation publique sur internet. Des rendez-vous sont par ailleurs programmés dans les régions. Les ateliers
se réunissent depuis la fin août et jusqu’à la fin novembre. L’ensemble de ces travaux devra déboucher sur une « feuille de route » qui sera présentée en décembre.

 

Olivier Masbou
Photos EGA : Cheick Saidou/MIN.AGRI.FR

* Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail.