Biodynamie, la démarche du bon sensBiodynamie, la démarche du bon sens

Biodynamie, la démarche du bon sens

Méthode un peu ésotérique pour les uns, voie d’avenir pour les autres, la biodynamie opère plutôt un retour à des pratiques agricoles simples qui ne tournent pas forcément le dos au rendement.

La biodynamie est souvent considérée comme une pratique un peu ésotérique, voire une surenchère par rapport au bio. Son aspect empirique peut déconcerter. Cette pratique agricole est née il y a un siècle à travers les théories agricoles de Rudolf Steiner (1861-1925). Ce philosophe autrichien est fondateur du courant anthroposophique, qui explique que le monde est régi par des forces spirituelles et cosmiques. Ainsi formulée, cette définition suscite le scepticisme, mais il faut aussi comprendre que le père de la biodynamie, en avance sur son temps, plaidait pour une baisse des entraves faites à la nature et invitait les hommes à respecter la terre.

Ses théories agricoles reposent sur deux aspects. D’abord, Rudolf Steiner invite les agriculteurs à tenir compte des rythmes cosmiques dans la conduite de leur exploitation. Ces théories furent formalisées en 1963 avec la publication du calendrier des semis de l’Allemande Maria Thun, qui demeure actualisé chaque année.

Les préparations biologiques constituent le deuxième pilier de la biodynamie. Elles se substituent aux engrais, mais surtout aux traitements contre les agressions (insectes, parasites, maladies). Des infusions diverses, notamment à base de plantes permettent de réaliser des composts. Ces derniers sont pulvérisés sur les cultures, non pas afin de les soigner, mais afin de les fortifier. « Nous préférons le cache-nez aux antibiotiques », affirme Philippe Blanck, célèbre vigneron alsacien, très inspiré par ces pratiques.

La plus célèbre de ces préparations porte le nom de code 500. Il s’agit de la « bouse de corne », une corne de vache remplie de bouse est broyée, puis diluée dans l’eau. La méthode est proche de l’homéopathie : une centaine de grammes de ce produit diluée dans 50 litres d’eau suffirait à activer la vie microbiologique dans un hectare de terre.

Fertiliser les sols

Biodynamie, la démarche du bon sens 2 « Nous parvenons, par analyse, à démontrer après ce traitement la présence d’un nombre de bactéries impressionnant. Je considère un peu ces préparations comme un levain », assure Florian Beck-Hartweg. Ce vigneron et son épouse, Mathilde, exploitent à Dambach (Bas-Rhin) un domaine de 8 ha. L’exploitation avait depuis longtemps obtenu sa certification Ecocert, mais en reprenant les rênes, le couple a voulu aller plus loin en s’inspirant de la biodynamie pour conduire son vignoble sans pour autant chercher une certification. « Ce qui m’intéresse dans cette technique, indique Florian, ce sont les “préparats” (infusions de plantes) qui permettent de garantir des sols vivants. La dimension ésotérique, les rythmes cosmiques, m’intéressent moins. En travaillant intelligemment les sols, ils deviennent naturellement fertiles et c’est ainsi qu’on obtient sur nos vins l’expression du terroir la plus précise.  »

Ce n’est pas un hasard en effet si le bio et la biodynamie progressent davantage dans le secteur du vin. L’Alsace est particulièrement en pointe avec 16 % de ses surfaces en bio et 5 % en biodynamie. Cette région qui bénéficie d’une amplitude thermique importante et d’une pluviométrie assez faible court moins de risques de pertes importantes de rendements lors des aléas climatiques.

En temps normal, les cultures bio comme les cultures biodynamiques engendrent des baisses de rendement de 20 à 30 % par rapport aux méthodes conventionnelles. Jean-Marc Charpentier, vigneron en Champagne, reconnaît que son choix représente une remise en question totale qui a fait baisser de 30 à 40 % ses rendements, alors que dans le même temps ses frais d’exploitation progressent de 30 à 40 %, même si selon lui, « à partir d’un moment la vigne retrouve son équilibre naturel et les rendements repartent à la hausse ». C’est aussi le constat fait par Florian Beck-Hartweg : « Nous étions déjà en bio depuis longtemps et nous nous contentions de faible rendement (en moyenne 45 %/hl). Le passage à la biodynamie n’a rien changé. Je dirai même qu’à terme, on gagne un peu de production car la vigne gagne en résilience. » Le vigneron rappelle aussi que dans le monde du vin, la concentration, synonyme de qualité, n’est pas compatible avec des rendements élevés. C’est aussi un positionnement qui lui permet de proposer ses cuvées à des prix départ cave évoluant de 8,40 € à 24,40 €/bouteille.

Les vins Paul Blanck évoluent, eux aussi, à un niveau qualitatif très élevé. Ils sont vendus à l’export dans 35 pays. « Nous travaillons en bio et en biodynamie depuis plus de 20 ans, commente Philippe Blanck, mais nous n’avions pas jugé utile de recourir à une certification. Toutefois la perte de certains marchés, comme le Danemark, nous a fait changer d’avis. Dans de nombreux pays, lBiodynamie, la démarche du bon sens 3a certification devient une exigence de base. Nous sommes donc passés par une conversion Ecocert qui aboutira lors de la vendange 2022. » En revanche, le Domaine Paul Blanck n’a pas souhaité solliciter une certification en biodynamie. D’abord, cette mention n’apporterait pas un plus commercial par rapport au bio ; ensuite, Philippe Blanck explique qu’il s’inspire de la biodynamie sans en suivre tous les principes : « Nous faisons en sorte d’embouteiller lors des périodes de pleine lune par exemple, mais nous envoyons nos ouvriers travailler dans les vignes dans les journées de forte tension cosmique, ce qui n’est pas recommandé dans les textes. » Un des principaux organismes certificateurs de la biodynamie, Demeter, revendique le contrôle biodynamique de 1 000 fermes en France et 8 000 dans le monde. Un nombre assez marginal, mais qui ne tient pas compte de nombreux acteurs comme Philippe Blanck ou  Florian Beck-Hartweg qui s’inspirent de ces méthodes sans recourir à la certification.

Pour eux, ce pari reste avant tout celui du bon sens qui permet d’améliorer la qualité des vins. Ainsi, avant de se lancer dans une certification, Jean-Marc Charpentier a fait des expériences comparatives entre des parcelles. Il a noté que la différence de qualité organoleptique entre le champagne biodynamique et le champagne conventionnel « était “flagrante”. nous avions gagné en minéralité et en tension. C’était même scientifiquement démontrable avec un PH plus bas pour le bio ».

Jean-Michel Déhais

 

La biodynamie concerne aussi l’élevage

Biodynamie, la démarche du bon sens 1La biodynamie s’applique à d’autres cultures que la vigne, mais aussi à l’élevage. Elle exige naturellement que les aliments du bétail soient issus d’une agriculture biodynamique. Elle impose aussi un allégement des contraintes imposées à l’animal. Loïc Vuillemin, 50 ans, propriétaire d’une ferme de 130 ha, à Girancourt (Vosges), a obtenu sa certification Demeter en biodynamie, il y a six ans. Avant lui, ses parents avaient déjà engagé une conversion bio dès 1992. Il se consacre à l’élevage de 200 têtes de charolais, dont 80 vaches allaitantes. Cette évolution représentait selon lui une manière de « boucler la boucle. Nos terres bio étaient devenues trop minérales. J’ai suivi les préceptes de Steiner qui montre comment on stimule la plante pour la rendre plus vivace. J’ai gagné 10 à 15 % de rendement en herbe ». L’éleveur vosgien produit exclusivement de l’herbe en pâturage ou en foin. Il se contente de dynamiser les prairies avec les préparations recommandées par biodynamie et intégrées dans des composts, qui ensuite sont déversés à raison de 2 tonnes/ha. Il estime ainsi accélérer la décomposition de l’humus. Loïc Vuillemin laisse un maximum de liberté à ses animaux qui demeurent en pâture d’avril à la fin de novembre. Chaque année, il adapte la taille son cheptel à ses ressources en herbes. Depuis sa conversion, il a cessé de couper les cornes des bovins et assure que cette exigence n’est pas une lubie : « J’ai constaté que la pousse des cornes facilitait la rumination. » Pour valoriser sa manière de travailler, l’agriculteur a dû organiser des circuits directs grâce à une boucherie installée dans la ferme, mais aussi via des livraisons en direct, en frais ou en congelé à 800 foyers résidant dans la grande région Est, mais aussi à Paris. « Je ne fais pas un produit de luxe, je veux que ma viande reste abordable », explique-t-il en montrant ses tarifs qui restent alignés sur ceux d’un bon boucher.