Le commerce équitable  met le cap au NordLe commerce équitable  met le cap au Nord

Le commerce équitable met le cap au Nord

Initialement créé pour les pays du Sud en voie de développement, le commerce équitable se développe en France pour venir en aide aux secteurs agricoles en crise.

Le commerce équitable, qui prend racine aux États-Unis dès la fin du xviiie siècle, est un système alternatif qui repose sur la juste rémunération des producteurs, la transparence et le respect. Mis en place pour les pays du Sud en voie de développement à partir de la fin des années 1980, le commerce équitable s’installe aujourd’hui progressivement pour des filières agricoles dans les pays du Nord. Une démarche en plein développement, ainsi qu’on le constate chez Commerce équitable France, l’interprofession nationale du commerce équitable.
Créée il y a vingt ans, la Plate-forme pour le commerce équitable a changé de nom en décembre dernier, à l’occasion de son anniversaire, pour « Commerce équitable France ». Cette fédération regroupe les principaux acteurs du secteur, les fabricants de produits, les principaux labels (Fairtrade Max Havelaar, Le Symbole des producteurs paysans-SPP France, Fair for Life, Biopartenaire, Agri-Éthique…), les entreprises importatrices, comme Alter Eco ou Ethiquable, les réseaux de distribution, comme Biocoop ou Artisans du monde. Il y a également des associations, des ONG ou des mouvements qui développent la consommation en France, comme Bio Consom’acteurs. Au total, Commerce équitable France rassemble une trentaine de membres. « Notre rôle est de faire en sorte que tous ces acteurs se parlent et soient dans une dimension de progrès. Nous favorisons également par notre action les ventes du commerce équitable, notamment vis-à-vis du grand public via la Quinzaine du commerce équitable, organisée chaque année. Nous menons un travail d’exper-tise et commandons régulièrement des études concernant le secteur afin d’améliorer nos pratiques. Enfin, nous avons un rôle d’interlocuteur auprès des pouvoirs publics », explique Julie Maisonhaute, déléguée générale adjointe de Commerce équitable France.

Une loi pour tous

Le commerce équitable met le cap au Nord 3Le commerce équitable est une démarche qui a été créée afin de remettre plus d’équilibre sur les produits importés du Sud. À partir de 2010, une réflexion s’est engagée avec la crise agricole en France et en Europe. « On a pu constater qu’il y avait de vrais cas de pauvreté, des agriculteurs qui arrêtaient leur activité, et des problèmes de déséquilibre dans certaines filières, comme la filière laitière, avec une perte de maîtrise des agriculteurs quant au devenir de leurs produits et un pouvoir de négociation faible sur les prix. C’est pourquoi nous avons commencé à penser que cela aurait peut-être du sens de faire du commerce équitable en France », reprend Julie Maisonhaute. Des acteurs ont commencé à expérimenter des choses. L’entreprise Ethiquable a lancé sa marque Paysans d’ici (voir encadré) et Biocoop a créé la marque Ensemble, en partenariat avec des groupements de producteurs français. Cette démarche a pris de l’ampleur et Commerce équitable France a commencé à travailler sur l’application des critères du commerce équitable aux producteurs français. Ce travail a abouti à la loi de l’économie sociale et solidaire de 2014, qui comporte une définition complète et universelle du commerce équitable, quelle que soit l’origine géographique des produits. Depuis, la simple utilisation du mot « équitable » sur un produit, même s’il n’est pas certifié par un label, engage celui qui le commercialise à se conformer à la loi, et notamment à garantir un prix rémunérateur minimum aux producteurs, à signer des contrats d’au moins trois ans, à verser une prime collective, et si possible à proposer aux consommateurs des contreparties environnementales et sociales. Depuis 2014, on peut donc parler officiellement de produits équitables provenant de France. « Aujourd’hui, la partie française se développe bien et représente un chiffre de ventes de 323 millions d’euros en 2017, détaille Julie Maisonhaute. En ce qui concerne les filières, il y a du blé meunier que l’on voit apparaître dans les boulangeries traditionnelles, mais aussi chez les industriels, comme La Boulangère. On trouve des produits laitiers, de la viande, des fruits, des légumes, des huiles, des jus de fruits, des plantes aromatiques, des légumes secs, des biscuits… » Le concept très médiatisé de C’est qui le patron ?! (la marque du consommateur), créé par Nicolas Chabanne pour le lait et les œufs français, adapte actuellement son cahier des charges de façon à pouvoir obtenir la certification du Commerce équitable. « C’est un cadre qui leur correspond bien. Ce n’est pas forcément la démarche des autres marques sur le lait. »

Le commerce équitable et le bio

Historiquement, le mouvement du commerce équitable s’est surtout construit sur un engagement économique et social, de juste rémunération des producteurs et de respect des conditions de travail. Il y a quelques années, la question environnementale s’est posée et renforcée. Aujourd’hui, toutes les filières de commerce équitable respectent des critères environnementaux, utilisation interdite de certains produits, pas d’OGM… Il y a un accompagnement de progrès vers des pratiques plus agroécologiques. « Concrètement, 80 % des produits issus du commerce équitables, qu’ils soient étrangers ou français, sont aujourd’hui certifiés biologiques. Pour pouvoir accéder à un prix rémunérateur, le bio permet d’accéder à un marché plus intéressant où il y a une forte demande et davantage de valorisation. Et les consommateurs recherchent souvent les deux certifications », précise Julie Maisonhaute.
En 2017, le commerce équitable a atteint le milliard d’euros de ventes en France, avec des progressions importantes de l’ordre de + 80 % en trois ans. 70 % des ventes s’effectuent sur les produits internationaux, et 30 % avec des produits provenant de France. 50 % des ventes de produits internationaux sont constituées par le café, la banane et le cacao. Sur les produits français, les ventes sont beaucoup plus diversifiées : produits laitiers, viande, panification, légumes…

Caroline Maréchal

Ethiquable%20soutient%20Paysans%20d%E2%80%99ici

Ethiquable soutient Paysans d’ici

La gamme Paysans d’ici, créée par la Scop Ethiquable en 2011, rassemble sous cette bannière des produits français équitables et bio, conformes à une charte interne. Ses quatre piliers sont les suivants. La juste rémunération : le prix payé aux producteurs est basé sur les coûts de production et leur permet de vivre réellement de leur travail, la part la plus importante (au moins 40 %) du prix payé par le consommateur revient aux producteurs. L’engagement : des contrats de trois ans afin de permettre aux producteurs de se projeter et d’investir sereinement dans leurs fermes. L’agriculture paysanne : soutenir des exploitations de petite taille, familiales. Le terroir valorisé : soutien à des cultures traditionnelles, des variétés anciennes. La gamme comporte désormais 42 références provenant de 12 groupements de producteurs, soit 351 producteurs concernés. En 2017, elle représente un chiffre d’affaires de plus de 2 millions d’euros. Une nouvelle gamme de biscuits Paysans d’ici arrive en GMS, ils sont élaborés à partir d’ingrédients issus de différentes coopératives partenaires : farines de Charente du groupement de Fermes de Chassagne ou du Gers du Groupement bio de Gascogne, graines de lin ou de tournesol du Gers de la coopérative Qualisol.