Commerces alimentaires de proximitéCommerces alimentaires de proximité

Commerces alimentaires de proximité

La grande mutation

Dans le contexte actuel de crise sanitaire, le commerce et la distribution alimentaires à Paris sont en pleine mue. En septembre dernier, la CCI Paris a organisé une conférence sur les perspectives d’évolution pour les indépendants comme pour les grandes enseignes. L’occasion notamment de mettre en lumière l’évolution des comportements d’achats.

Paris confirme encore une fois que, dans le domaine de la consommation, elle fait figure d’exception. L’institut IRI, représenté par Emily Meyer le 14 septembre dernier, a passé au crible les transactions de cartes bancaires de 350 000 foyers français pour les comparer aux habitudes des Parisiens. En juillet, la consommation alimentaire retrouvait son souffle en France, mais traînait encore à Paris. Par rapport au mois de janvier (avec un indice de 100), les dépenses alimentaires (restauration, grandes surfaces, commerces spécialisés à l’instar des boulangeries ou boucheries) affichaient une jolie remontée sur l’ensemble du territoire avec un indice de 112. Soit le même niveau qu’en 2019. A contrario, la capitale semblait au même moment accuser le coup : l’indice des dépenses alimentaires n’affichant que 79 points. Encore plus bas qu’en avril, en plein confinement, et en retrait par rapport à juillet 2019 où l’indice était de 119.
« Les Parisiens consacrent un budget moins important pour les achats alimentaires que le reste des Français, mais ils dépensent plus dans les restaurants », a constaté Emily Mayer, directrice business insight, lors de la conférence portant sur le commerce alimentaire postconfinement. Si l’on analyse l’ensemble des dépenses courantes observées, on remarque que 49,1 % de ce budget est en effet consacré à l’alimentation, à l’échelle de la France, « quand il plafonne à 46,2 % pour les Parisiens ».
Le fossé se creuse essentiellement sur le circuit des grandes surfaces alimentaires. Les Français consomment beaucoup plus sur ce circuit ; près d’un tiers de leurs achats y est réalisé (32,4 %), tandis que les seconds y accordent moins d’un quart de leur budget (23,6 %). Ainsi, le panier moyen alimentaire parisien s’élève à 26 € par achat, contre 29,90 € en France. Les Parisiens consomment donc moins par visite, mais ils se rendent plus souvent en magasins en réalisant 200 transactions, contre 180 en France pour leurs dépenses alimentaires. Sans surprise, les enseignes bio sont plus fréquentées dans la capitale que le reste de la France, avec un indice de 129 sur une base de 100 correspondant à la moyenne française, selon IRI. Plus d’un Parisien sur deux s’y est rendu au moins une fois au cours des douze derniers mois, contre 33,5 % des Français. « La proximité de l’offre et des enseignes aide sans doute aussi à expliquer cet écart », laisse entendre Emily Mayer.
Par ailleurs, les Parisiens « se montrent plus sensibles aux possibilités offertes par Internet » et sont plus de six sur dix à avoir eu recours, les douze derniers mois, à la restauration livrée via les plates-formes Uber Eats, Food Cheri ou encore Deliveroo. À l’échelle de la France, cette pratique ne concerne que moins de trois consommateurs sur dix. De même, plus de 8 % des Parisiens se sont fait livrer des paniers repas pour cuisiner, contre seulement 2,5 % des Français.

  • Vente à emporter
    En termes de consommation alimentaire, la capitale accuse le coup.

Les grandes enseignes ont emboîté le pas à ces nouvelles pratiques boostées par Internet en lançant notamment des drives automatisés ou des relais. Intermarché a notamment testé ces derniers dans le 20e arrondissement de Paris. Ces drives piétons demeurent marginaux ; seulement 1 % des Parisiens y a eu recours au début de l’année.
Emily Mayer pointe également le rôle du télétravail sur la consommation parisienne. Il concerne, entre autres, les cadres du tertiaire, soit une clientèle dont le pouvoir d’achat est plus important que la moyenne. La panéliste se dit toutefois confiante quant à la capacité des commerçants à s’adapter en ayant montré une « très belle énergie » pendant le confinement.
Du côté de la mairie de Paris, certaines mesures ont été prises pour épauler les commerçants, notamment un allègement de charges de quelque dix millions d’euros sur six mois, ainsi que des adaptations de contrats et des exonérations de redevances décidées dans certains cas. La Région a ainsi mis en place le fonds Résilience Île-de-France d’un montant de 100 millions d’euros pour soutenir les petites entreprises en difficulté.
En termes de consommation, reste à savoir si ce mouvement de fonds est temporaire ou s’il s’inscrit dans la durée. Il y a un phénomène de société qui est en cours. Comme dans toute crise, on observe une situation très conjoncturelle qui se transforme en phénomène structurel.
M. R.