La bataille de RungisLa bataille de Rungis

La bataille de Rungis

Depuis deux mois, la France traverse une crise sans précédent, aux conséquences économiques considérables. La filière alimentaire dans son ensemble y fait face, des producteurs aux détaillants, en passant par les grossistes. En première ligne, Rungis fait front.

Mobilisés contre  le virus

La bataille de Rungis 1L’ensemble des acteurs du marché de Rungis s’est mobilisé depuis deux mois pour faire barrage à  la transmission du virus dans l’enceinte du marché. Des mesures d’hygiène ont été notamment mises en place à l’entrée de chaque pavillon, avec distributeurs de savon et lavage des mains obligatoires.  Les grossistes ont organisé la protection de leurs collaborateurs en isolant les magasins et en généralisant le port des masques. 53 panneaux d’information 4 x 3 et 120 affiches ont été placardés.

Coup de frein et surchauffe

La bataille de Rungis 2La fermeture des restaurants, de nombreux marchés et des commerces « non indispensables », comme les fleuristes, a très durement affecté plusieurs secteurs : les fleurs et les plantes à l’arrêt sous le pavillon C1 ; la triperie ; la marée ou encore la gastronomie. Plusieurs restaurants du marché, fermés au public, ont rouvert pour de la vente à emporter.
Le surcroît d’intérêt des acheteurs pour les fruits et légumes, le bio ou certains produits de « première nécessité » (œufs, lait, beurre) ont en revanche occasionné des journées de forte activité sur le marché.

Des grossistes en mode agile

La bataille de Rungis 3La fermeture de certains circuits a conduit  les entreprises à trouver des débouchés supplémentaires ou à mettre en place des solutions nouvelles pour leurs clients,  comme la livraison ou la vente à distance.   Certains producteurs du carreau et grossistes ont aussi mis en place des services de livraison à domicile, comme Vergers Saint Eustache ou Colom. De son côté,  le site www.rungislivrechezvous.com mis en place par le marché de Rungis en partenariat avec Califrais et la Région Île-de-France a répondu aux besoins des consommateurs parisiens ne pouvant se déplacer pour s’approvisionner en produits frais.

Unis pour rouvrir les marchés

La bataille de Rungis 4La fermeture des marchés alimentaires, hors dérogation des préfets après demande des maires, a contraint de nombreux commerçants sédentaires à cesser leur activité et a affecté leurs nombreux fournisseurs grossistes. Aux côtés des producteurs et des fédérations des détaillants  et des grossistes, le marché de Rungis a œuvré à l’élaboration du guide des bonnes pratiques des commerçants sédentaires, sous l’impulsion des ministres Bruno Le Maire et Didier Guillaume. Un important travail  de persuasion a dû être mené auprès des maires et des préfets pour  obtenir la réouverture d’une partie seulement des marchés.

Les commerçants ont du cœur

La bataille de Rungis 5À l’occasion de cette pandémie, une immense vague de solidarité s’est élevée pour venir en aide aux personnels soignants, personnes âgées et personnes en difficulté. Les grossistes et leurs clients se sont distingués par leur générosité sous forme de dons alimentaires.  Parmi les innombrables initiatives, retenons les 50 000 repas réalisés par des chefs avec des produits frais de Rungis lancés par Collectif solidaire. Le Rungis Rugby Club, présidé par Foed Chakir (Au savetier de Rungis) et son partenaire le Stade français ont mis la main à la pâte pour livrer des personnes âgées en produits issus du marché (photo 1).  Une association gagnante qui a valu à quelques heureux privilégiés d’être servis par des stars du Top 14. Croisé sur le marché à plusieurs reprises, le patron du Quartier Rouge Chérif Beldjoudi a converti pour  sa part son restaurant à Paris 20e en cuisine bénévole : « J’ai toujours reçu bon accueil sur le marché de Rungis », témoigne-t-il (photo 2).  Ce qui lui a permis de nourrir ambulanciers, centres médicaux, infirmiers indépendants et personnes dans le besoin.

Vers l’avenir, enfin

La bataille de Rungis 6Dans une allocution diffusée sur Youtube le 20 avril dernier, le président du marché de Rungis Stéphane Layani a vivement remercié tous les acteurs de la chaîne alimentaire qui se sont mobilisés pendant ces deux mois pour assurer la continuité de l’approvisionnement des Français. « C’est notre métier, notre mission », a-t-il insisté, rendant hommage à chaque métier. « Il faudra être en mesure le 11 mai d’accompagner le déconfinement », a-t-il cependant prévenu, convaincu que l’activité du commerce en produits frais « connaîtra sûrement des évolutions importantes », a-t-il ajouté. « Nous devons les anticiper pour que le marché saisisse les opportunités », a-t-il souhaité. « Nous sortirons ensemble de cette crise », a-t-il conclu.

Les grossistes sortent de l’ombre

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Le réseau Vivalya a lancé une campagne de communication pour mettre en avant le métier de grossiste. « Le grossiste est un métier de l’ombre, explique Philippe Guyot, directeur de Vivalya. C’est pourtant lui qui sélectionne les bons produits, garantit la traçabilité, livre à temps et soutient les petits producteurs. » Cette campagne, qui repose sur trois visuels différents qui seront publiés dans la presse professionnelle et sur les réseaux sociaux du réseau, rappelle l’importance du métier de grossiste dans la chaîne alimentaire. Elle insiste notamment sur la qualité, la traçabilité  et l’éthique inhérents à ce métier, mais aussi sur la flexibilité  et la proximité, spécifiques à Vivalya. « Vivalya est aujourd’hui  une organisation unique en France et l’acteur principal de la distribution ultralocale, poursuit Philippe Guyot. Chaque dépôt de proximité est,  en moyenne, à 80 km de ses producteurs et à 70 km de nos clients. » Le réseau Vivalya rassemble 22 entreprises et 75 dépôts qui travaillent avec 1 400 producteurs.