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BIO : L’ACCÉLÉRATION

La consommation de produits bio connaît un bond depuis deux ans, accélérant la structuration du marché et la naissance d’initiatives nouvelles, y compris à Rungis.

La croissance de la consommation de produits bio s’est accentuée depuis deux ans, à l’instigation des donneurs d’ordre publics et privés, mais aussi des Français eux-mêmes. 17 % des acheteurs réguliers de produits bio (qui achètent bio au moins tous les mois) en 2018 le sont depuis moins d’un an, selon l’Agence Bio. Tandis que le bio est devenu un segment à part entière du rayon frais libre-service des grandes surfaces (5 % du marché, selon Kantar), les réseaux spécialisés affichent une santé insolente. Biocoop a annoncé l’ouverture de 74 nouveaux points de vente en 2019, s’ajoutant au 560 actuels, avec un objectif de 900 magasins d’ici à 2025. De son côté, Naturalia a implanté 27 nouvelles échoppes l’an dernier et compte en ouvrir autant cette année, pour arriver à 220. Le Marché de Rungis a anticipé le mouvement en ouvrant une halle spécialisée en 2015 et travaille à présent à un pavillon consacré aux fruits et légumes bio. Les grossistes s’activent aussi. Citons parmi les initiatives récentes la création de Bio’Select, première marque en propre de Banagrumes, celle d’Eo Bio par Créno ou encore l’ouverture d’une activité « vin » par Dispéré sous la halle bio. Les initiatives fourmillent aussi sur le front du e-commerce, avec le lancement d’un concept de livraison de paniers 100 % bio prêts à cuisiner par Biocoop, en partenariat avec le site Rutabago.fr et l’ouverture de Hallebio.com, développée par Organic Alliance (Pronatura, Vitafrais), dont l’infrastructure est localisée au Cœur de Rungis. Un dynamisme qui ne doit pas faire oublier les risques bien réels de surproduction ou de guerre des prix qu’ont commencé à se livrer certaines enseignes.

L’ ÎLE-DE-FRANCE EN POINTE

BIO : L’ACCÉLÉRATIONFin 2018, l’Île-de-France totalise 19 797 hectares en agriculture biologique (AB) pour 362 exploitations, soit 3,5 % de la surface agricole utile régionale. L’Observatoire régional de l’agriculture biologique d’Île-de-France (ORAB) annonce par ailleurs l’engagement de 73 nouvelles fermes en AB en 2018, soit 4 385 hectares supplémentaires. Cela représente une augmentation de surface de 30,5 %, « qui s’explique notamment par l’arrivée de 43 exploitations en grandes cultures », constate l’ORAB. 129 exploitations cultivent 12 799 hectares en grandes cultures. On compte ensuite 141 exploitations maraîchères pour 990 hectares, 33 exploitations en polycultures-élevages (4 794 hectares), 32 en arboriculture (245 hectares), 8 en pépinières et cultures ornementales (6 hectares). Enfin, 9 exploitations disposent de 963 hectares engagés en AB, mais dont l’utilisation n’est pas valorisée en AB. Malgré cette progression, en Île-de-France, la demande de produits bio locaux dépasse encore très majoritairement l’offre, en particulier sur le blé, les produits laitiers, les fruits et surtout la viande. « Après trente ans d’actions en faveur du développement de l’agriculture biologique en Île-de-France, nous vivons aujourd’hui une réelle reconnaissance de la crédibilité de notre agriculture pour répondre aux enjeux sociétaux actuels. Que ce soit d’un point de vue économique, environnemental ou social, nous sommes performants et durables », analyse Laurent Marbot, président du Groupement d’agriculteurs biologiques d’Île-de-France. 
Olivier Masbou

LES FRUITS ET LEGUMES BIO POURSUIVENT LEUR DEVELOPPEMENT

BIO : L’ACCÉLÉRATION 1Près de 8 500 exploitations ont une activité de production de légumes biologiques en 2017 (+ 14 % par rapport à 2016) et près de 9 200 ont une production de fruits bio (+ 12 %). Cela représente plus de 21 000 hectares de légumes (+ 15 %) et près de 28 000 hectares de vergers (+ 10 %). Près de 20 % des surfaces plantées de vergers sont conduites en bio. Les fruits et légumes frais bio représentent 20 % des achats de produits bio, soit un chiffre d’affaires de 1,5 milliard d’euros. Les ventes de fruits et légumes frais poursuivent leur progression (+ 16 % par rapport à 2016), reflétant le développement de la consommation en volume de tous les produits, notamment des bananes et des agrumes, avec une évolution moyenne des prix relativement faible (+ 2 %). Les magasins spécialisés en produits bio constituent le premier circuit de distribution (45 % des ventes), devant les GMS (33 %), la vente directe (21 %) et les commerçants indépendants (1 %) (cf. graphique). Les agriculteurs français bio ne peuvent pas tout produire. Le développement des ventes de bananes et d’agrumes pèse sur la balance commerciale bio de la France. Ces produits, qui sont quasiment exclusivement importés, représentent à eux seuls un tiers des ventes de fruits et légumes frais bio. 70 % des légumes et 40 % des fruits bio sont « origine France ». Les légumes bio importés arrivent presqu’exclusivement de l’Union européenne, alors que les fruits bio importés arrivent majoritairement des pays tiers. Interfel, l’Interprofession des fruits et légumes frais, a pris comme engagement dans son plan de filière d’aider au développement de la production française de fruits et légumes bio. Ce qui devrait lui permettre d’atteindre l’objectif de 25 % (en valeur) des fruits et légumes commercialisés sous le signe de qualité (dont bio) d’ici cinq ans.
Olivier Masbou

PRODUITS LAITIERS : UN RECORD ET DES QUESTIONS

BIO : L’ACCÉLÉRATION 2Ça n’est plus une vague, c’est un raz-de-marée. La collecte de lait de vache biologique a atteint un record en France 2018, avec 837 millions de litres, soit une hausse de près de 30 % en un an, selon FranceAgriMer. Une croissance due à la conversion d’un grand nombre de producteurs avec une croissance du nombre de livreurs de lait bio de moins de 2 400 en septembre 2017 à plus de 3 350 en novembre 2018, soit + 40 %
La croissance des fabrications qui s’est ensuivie (+ 29 % pour le beurre ou + 37 % sur fromages frais en moins d’un an) a fort heureusement été absorbée par la hausse de la demande des Français, « qui ne montre pas de signe de ralentissement », se félicite FranceAgriMer. Selon Kantar Worldpanel, les achats pour la consommation à domicile ont affiché des croissances à deux chiffres pour l’ensemble des produits, de + 16,1 % pour les yaourts à + 29,2 % pour le beurre, ce qui a permis de maintenir les prix d’achat du lait au producteur. L’envolée des produits laitiers bio n’est cependant pas sans poser quelques questions sur l’avenir de l’équilibre entre l’offre et la demande. La collecte de lait bio explose en effet partout en Europe (+ 25,4 % au Danemark et + 20,4 % en Allemagne) et a eu parfois pour effet de peser sur les prix d’achat. Le risque d’une concurrence accrue entre pays fournisseurs n’est pas à exclure. Par ailleurs, si la consommation à domicile explose, les achats de produits laitiers bio en restauration hors foyer sont à la traîne. La part des produits laitiers biologiques achetés hors domicile est inférieure à 1 % pour le lait, les matières grasses, les fromages en 2017 et atteignait à peine 6 % pour les yaourts. « La marge de progression est donc encore grande pour atteindre l’objectif de 20 % de produits biologiques utilisés en restauration collective publique d’ici 2022 fixé par la loi Alimentation », note FranceAgriMer dans son bilan annuel.

VIANDE : UNE INNOVATION A STIMULER

La viande bio, si elle bénéficie de perspectives favorables, profite moins de l’engouement général pour les produits biologiques. Un retard sans doute lié à une culture et à des circuits de distribution bio plus végétariens que carnivores, mais aussi au manque de moyens investis dans l’adaptation des produits aux consommateurs. Un dernier frein que la section bio de l’interprofession de la viande Interbev entend lever. Pour cela, l’organisation a mis en place lors du dernier salon Sirha de Lyon un concours visant à récompenser les meilleures trouvailles pour rendre la viande bio moderne et accessible hors domicile.
Un trophée Coup de cœur a ainsi été remis à l’entreprise Greffeuille Aveyron pour son épaule de brebis bio. Le spécialiste de la viande ovine en Aveyron s’est distingué avec son épaule de brebis bio désossée et cuite en basse température. Cette cuisson permet d’allonger la DLUO, mais également d’utiliser tous les morceaux de la carcasse. Grâce à un procédé de moulage et de compression, l’épaule prend une forme rectangulaire permettant de réaliser de belles portions pour des services de repas en nombre.
Le Comptoir des Viandes Bio s’est vu remettre pour sa part le trophée « Impact et efficacité » pour un concept prometteur. L’outil de transformation et de distribution d’Unebio, qui est à l’initiative de la création de « RVB Le Comptoir des Viandes bio » sous le pavillon bio de Rungis, propose des « Nuggets de viande bio » sous la marque Le Paysan Bio. La texture, le goût et le format des nuggets sont adaptés aux enfants et ces produits contribuent à l’équilibre matière de la filière vitelline bio.
Enfin un prix « Originalité » a été accordé aux établissements Puigrenier, PME familiale auvergnate, pour ses tranches de bœuf bio cuit au sel façon Salaté. Le salaté est une viande de bœuf frottée à l’ail et recouverte de sel de Guérande et d’aromates. Il s’agit d’un produit simple, pratique, ne nécessitant pas de cuisson et prêt à être dégusté en l’état.BIO : L’ACCÉLÉRATION 3 BIO : L’ACCÉLÉRATION 4

 

 

 

 

LA CREVETTE BIO A TROUVE SON PUBLIC

BIO : L’ACCÉLÉRATION 5En France, la crevette est devenue un produit de consommation courante, organisé principalement autour des produits cuits réfrigérés. Cependant, les récentes crises sanitaires ont provoqué une demande croissante de produits à valeur ajoutée, orientée vers le haut de gamme et les origines, ainsi que le bio, lequel représente aujourd’hui un marché de 2 000 tonnes par an en France. L’offre bio reste encore relativement réduite, avec 6 % des références dans les rayons des grandes surfaces, selon une étude GEM & 2F Conseil pour FranceAgriMer réalisée en 2017. Le groupe R&O Seafood Gastronomy, qui détient Reynaud à Rungis, est un spécialiste de la crevette de Madagascar, l’une des meilleures du monde. Elle y gère sa propre ferme sur place, où elle élève en aquaculture, sous la marque Oso, des crevettes bio de la meilleure qualité. Les crevettes bio Oso sont des tigrées Penaeus monodon, une espèce endémique de l’île. « Il s’agit de l’un des premiers élevages biologiques locaux. Nous avons d’ailleurs participé à l’élaboration du cahier des charges réglementaire pour l’élevage bio de la crevette en 2006 », explique-t-on chez R&O. La ferme est installée au nord-ouest de Madagascar et produit quelque 1 600 tonnes de crevettes biologiques par an. La production est acheminée en cru congelé vers la France par bateau, « pour alléger le bilan carbone », puis direction le centre de cuisson maison à Nantes. « Les crevettes, y sont cuites quotidiennement et arrivent réfrigérées sur Rungis le jour même, entières ou décortiquées. »

En BREF

Le Crédit Agricole aux côtés des agriculteurs bio

Première banque des agriculteurs, le Crédit Agricole a annoncé au dernier Salon de l’Agriculture la structuration d’une démarche d’accompagnement de l’agriculture biologique répondant aux besoins des agriculteurs en conversion, en installation ou installés en bio. La démarche s’articule autour de quatre volets : le financement de l’installation ou de la conversion grâce à des solutions de financement souples ; la facilitation de la vente directe avec des solutions d’encaissement de paiements en mobilité ; la protection des pertes de revenus liées aux aléas climatiques ; ou encore des programmes pour donner de la visibilité à l’exploitation. Parmi ceux-ci : des prêts dédiés à des actions de communication en signalétique et publicité et des packs e-commerce pour améliorer la visibilité en ligne de l’exploitation. On compte 37 000 exploitations bio en France, un chiffre en hausse de + 13 % l’année dernière.