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Cocorico, l’origine France gagne du terrain !

Les produits tricolores marquent des points dans le cœur des consommateurs français. Ces derniers sont désormais 75 % à se dire prêts à payer plus cher pour acheter national. 36 % des produits consommés dans l’Hexagone peuvent aujourd’hui se targuer d'arborer l’origine France.

Le week-end du 18 janvier, plus de 10 000 visiteurs ont fait le déplacement à la Grande Exposition du fabriqué en France, un événement inédit qui se déroulait au palais de l’Élysée. Inauguré le 17 janvier par Emmanuel Macron, ce temps fort avait pour objectif de « donner un coup d’éclairage sur les entreprises qui font l’effort de produire dans le pays », alors que le made in France ne représenterait que 36 % de la consommation des Français, selon des chiffres dévoilés par l’Élysée. Ce rendez-vous traduit un intérêt croissant pour le sujet, après des décennies de délocalisation industrielle ou d’abandon de certaines pratiques agricoles. Chaque département de l’Hexagone était représenté par un ou deux produits. Ainsi, la Côte-d’Or faisait l’éloge d’une moutarde au vin blanc, quand le Loir-et-Cher faisait fièrement déguster ses cornichons. Au total, 120 produits étaient représentés. Si cette opération met en lumière la richesse de la production française, qu’elle relève de l’artisanat ou de l’agroalimentaire, elle ne doit pas occulter qu’en matière de made in France, beaucoup d’efforts en faveur de la lisibilité de l’offre restent à accomplir.
« L’origine France est devenue un argument économique et le troisième critère d’achat des Français, derrière le prix et la qualité des produits. Avec la mondialisation, certaines marques sont globalisées et donc pas uniquement françaises. Les consommateurs ont ouvert les yeux sur ce phénomène à travers des scandales comme celui de Spanghero, où la viande bovine avait été remplacée par de la viande de cheval pour certains plats préparés », analyse Romain Bertrand, secrétaire général de Pro France. Il s’agit d’une association à but non lucratif fondée par Yves Jégo en 2010. Elle réunit les entreprises et tous les acteurs qui souhaitent participer à une certification « volontaire, innovante et transparente de l’origine française des produits ». L’association porte notamment la certification Origine France Garantie, qui assure, grâce à un « audit indépendant », l’origine française des produits. Le label Origine France Garantie coiffe aujourd’hui 3 000 gammes de produits, soit environ 600 entreprises impliquées dans le made in France. Concernant les produits agroalimentaires, Pro France a adopté une démarche stricte de certification : tout ingrédient qui fait plus de 8 % du poids final de la recette doit être français. Régulièrement, Romain Bertrand est confronté à des démarches farfelues ou à des abus divers et variés en termes d’origine.
« C’est un phénomène auquel nous sommes confrontés à travers l’industrie agroalimentaire ou la grande distribution », livre-t-il, en citant l’exemple du petit salé aux lentilles « qui vante une origine France, alors qu’il n’y a rien, à part l’étiquette de la préparation, qui évoque la France ». Au SIAL, le Salon international de l’alimentation qui se déroule tous les ans à Paris, le spécialiste de l’origine France a été confronté aux mêmes dérives en goûtant du nougat made in France aux amendes américaines ou des insectes comestibles dont le seul élément d’élaboration sur notre territoire était restreint à la cuisson des produits. « Dans l’agroalimentaire, les familles de produits les plus représentées sont celles du miel ou des gâteaux, et des produits industriels en général. Pour le reste, notre territoire ne manque pas d’IGP ou d’AOC, qui garantissentdéjà l’origine. D’ailleurs, l’Inao a souhaité que nous retirions les vins et les spiritueux de notre sélection », explique Romain Bertrand. Récemment, ce sont les biscuits BN qui ont fait jaser les membres de Pro France : les gâteaux à la fraise de la marque sont fabriqués à partir… de pulpe de fraises polonaises. « Ce n’est pas certifiable, tranche le secrétaire général de Pro France. Avec une autre marque, Häagen-Dazs, nous avons également refusé d’accorder l’Origine France Garantie, dans la mesure où ses représentants demandaient des dérogations sur des matières premières comme la fraise ou le melon », ajoute-t-il.

Les industriels à la traîne

Si les produits agroalimentaires industriels sont parfois difficiles à certifier Origine France Garantie, c’est que le diktat de la marge règne en maître. « C’est souvent une question de marge, opine Romain Bertrand. Les fraises françaises sont plus chères… » La plupart des produits achetés en supermarchés ne sont pas soumis à l’obligation d’afficher l’origine géographique des matières premières sur l’emballage. Il n’est ainsi pas rare d’acheter une boîte de thon préparée en Bretagne, mais dont le poisson a été pêché dans l’océan Pacifique. « L’origine n’est mise en avant que quand elle est vertueuse, il y a une vraie hypocrisie sur le sujet », déclarait à Business Insider France Olivier Dauvers, un expert de la grande distribution, qui a contribué à l’opération Balance ton origine « pour pousser les industriels à indiquer de manière claire le pays d’origine de leurs matières premières ». À l’heure actuelle, la mention de l’origine géographique est obligatoire pour une poignée de produits transformés, à l’instar de la viande de bœuf, des fruits et légumes, ou du miel.
Les actions de Pro France ne se cantonnent pas à l’industrie et touchent également la grande distribution, un secteur d’activité où « les intérêts financiers priment sur tout ». À l’occasion d’un partenariat avec le groupe Auchan, Pro France avait équipé certains points de vente avec des corners Origine France Garantie. Cette louable démarche a vite été dévoyée : « Auchan voulait aussi vendre, au sein de ces corners, des produits aux “recettes de tradition française” qui n’étaient en fait pas composés de produits français. Pour la grande distribution, le made in France, c’est open bar ! » Romain Bertrand ne souhaite pas pour autant noircir le tableau. Il estime que pour les industriels, « c’est une question de volonté », prenant de nouveau pour exemple la biscuiterie La Mère Poulard ou la coopérative céréalière Le Grenier de l’Albigeois, qui jouent le jeu à 100 %.

Le retour du cornichon français

Cocorico, l’origine France gagne du terrain ! 2Parmi les exemples couronnés de succès dans l’agroalimentaire français, on peut citer le groupe Reitzel, qui a relancé il y a peu une filière cornichon dans l’Hexagone. Hugo Reitzel est aujourd’hui la seule marque à proposer des cornichons semés, récoltés et produits en France, à prix accessibles aux professionnels (restaurateurs indépendants, chaînes de restauration, restauration collective et industrielle), avec des conditionnements adaptés à leurs besoins et une marque dédiée, Jardin d’Orante. L’école française de gastronomie, Ferrandi, s’est d’ailleurs associée au groupe pour mettre en place une activité pédagogique autour de ce fruit emblématique de notre patrimoine culinaire. En parallèle, l’association Les Cuisiniers de France a décidé de soutenir la relance du cornichon français en lui ouvrant de son réseau de chefs. En 2016, ils étaient deux agriculteurs engagés dans la démarche. On en trouve désormais 12, tandis que 80 % des cornichons consommés en France proviennent d’Inde et les 20 % restant d’Europe de l’Est.
Elles sont nombreuses, les success-story françaises, à connaître un destin aussi florissant que les cornichons d’Hugo Reitzel. Outre l’agroalimentaire, la lunetterie et le textile connaissent également une bonne dynamique, emmenée par des griffes comme Le Slip français. L’origine bleu blanc rouge apparaît aujourd’hui comme une valeur sûre, malgré un manque de lisibilité parfois trop répandu dans l’industrie agroalimentaire. Selon une étude menée par l’Observatoire E. Leclerc des nouvelles consommations (auprès de 1 000 Français du 17 au 24 octobre 2019), l’origine géographique est importante pour 79 % des sondés. Elle devient ainsi une information plus rassurante que les labels ou le bio, selon les auteurs de l’étude.

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Mickaël Rolland

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L’origine de toutes les viandes bientôt obligatoire en RHD

L’étiquetage de l’origine des viandes, quelle que soit l’espèce, devrait être rendu obligatoire dans les semaines qui viennent. Les ministres Didier Guillaume et Agnès Pannier-Runacher l’ont annoncé en octobre dernier et ont lancé une concertation sur un projet de décret visant à « renforcer l’information disponible pour les consommateurs ». L’origine des viandes est d’ores et déjà portée à la connaissance des consommateurs dans les grandes surfaces et les boucheries de détail. Mais pour l’heure, seule l’origine de la viande bovine est obligatoire dans la restauration hors foyer. Le projet étendrait cette obligation aux plats contenant un ou plusieurs morceaux de viandes porcines, ovines et de volailles ou de la viande hachée « dans les établissements proposant des repas à consommer sur place ou dans les établissements proposant des repas à consommer sur place et à emporter ou à livrer ». Le décret a été notifié à la Commission européenne. Il sera ensuite soumis au Conseil d’État avant une entrée en vigueur prévue en avril.
B. C.