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Les défis de l’emballage « vert »

Dossier réalisé par Bruno Carlhian

De nouveaux caps ont été franchis ces derniers mois vers un « verdissement » des conditionnements utilisés dans la filière alimentaire.

Les initiatives publiques et privées se multiplient, visant à la baisse de l’usage de matières non ou peu recyclables dans les emballages, de matières « biosourcées » ou encore le développement du tri et de la valorisation des déchets recyclables. Dernier épisode en date de cette course vers un emballage plus vertueux : le plan de relance annoncé par le Gouvernement à la fin août. Le volet consacré au développement de l’économie circulaire, doté d’une enveloppe de 570 M€, compte plusieurs mesures visant à accompagner les entreprises dans leur sortie des plastiques à usage unique, conformément aux obligations de la loi « antigaspillage », adoptée en février dernier.
Les différents projets vont certainement accélérer la mutation du monde de l’emballage plastique dans les années à venir et favoriser la transformation des pratiques. Mais ils auront du mal à répondre au calendrier très serré fixé par la loi. Son article 77 prévoit en effet l’interdiction de présentation à la vente de fruits et légumes de moins de 1,5 kg avec un emballage composé de plastique. Il indique également que « coller une étiquette directement sur les fruits et légumes sera interdit sauf si ces étiquettes sont compostables et constituées en tout ou partie de matières biosourcées. »

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Le plan de relance à la rescousse de la transition

Plusieurs programmes d’ampleur vont être mis en chantier pour répondre à l’objectif de la réduction des emballages non recyclables, explique-t-on chez Citeo, issu de la fusion en 2017 d’Eco-Emballages et d’Ecofolio. Une aide financière pilotée par l’ADEME de 61 M€ va permettre de développer les infrastructures logistiques et les outils de lavage que les entreprises du secteur du réemploi mettent en place. 140 M€ vont être investis dans le financement d’études et de tests de faisabilité dans les usines des plasturgistes pour qu’ils intègrent plus de matières plastiques recyclées dans la production de nouveaux produits et emballages. Le plan de relance prévoit également d’investir 84 M€ dans la modernisation des centres de tri, notamment en les équipant de trieurs optiques capables de séparer les emballages par matière, taille, forme, afin de les préparer au recyclage.

Un décret très attendu

Un décret doit prochainement préciser les catégories de fruits et légumes qui seront exemptées car « présentant un risque de détérioration lors de leur vente en vrac », selon les termes de l’article 77. Certains produits – on pense bien sûr aux petits fruits rouges par exemple – ont une durée de vie très limitée en vrac. La question fait depuis le début de l’année l’objet d’intenses discussions au sein de la filière fruits et légumes mais aussi avec le Conseil national de l’alimentation (CNA), instance consultative indépendante placée auprès des ministres chargés de l’environnement, de la santé, de la consommation et de l’agriculture.
Les défis de l’emballage « vert » 5Saisi par ses quatre ministères de rattachement, le conseil a rendu en juillet un avis « intermédiaire ». Le texte, issu d’un consensus entre organisations professionnelles, représentants de la société civile, institutionnels et personnalités qualifiées, pose le principe d’une « évolution progressive de la liste d’exemptions se réduisant dans le temps, permettant l’identification et la mise en œuvre de solutions alternatives entre deux évolutions ». Ce principe « permettrait de tenir compte des cas où la suppression des emballages plastiques apparaît plus difficilement réalisable à court ou moyen terme pour des raisons économiques, sanitaires et organisationnelles, ou, dans l’état actuel, d’impasses technologiques, pouvant conduire à un risque de détérioration et de gaspillage alimentaire ».
Dans son avis, le CNA annonçait la construction d’un tableau « d’aide à la décision » destiné à établir la liste des exemptions temporaires et évolutives des fruits et légumes concernés. Le groupe de concertation « Emballages alimentaires » du CNA devait se réunir le 23 septembre pour en finaliser le contenu, produit par produit. Les pouvoirs publics devraient s’appuyer sur ces éléments pour finalement prendre leur décision.
Les professionnels, et notamment leur interprofession Interfel, travaillent d’arrache-pied sur les alternatives aux plastiques dans les filières qui peuvent aujourd’hui difficilement s’en passer. « Le bois ou le carton peuvent constituer des solutions intéressantes pour emballer individuellement certains produits, mais ne sont pas adaptées à d’autres catégories pour des raisons sanitaires », explique Olivier Ayçaguer, en charge du GT « Logistique et emballages » à Interfel. Ces conditionnements sont en outre souvent plus onéreux et ne permettent pas de voir le produit, critère essentiel de choix des fruits et légumes par les consommateurs.
Les défis de l’emballage « vert » 6Dans un banc d’essai des nouveaux matériaux écologiques proposés à la filière, le Centre technique de la filière fruits et légumes (CTIFL) soulignait dans une récente enquête (Infos CTIFL, n° 356) le facteur souvent limitant du prix. « Pour les films d’emballage pour flowpack par exemple, par rapport au polypropylène utilisé actuellement, le PLA est environ trois fois plus cher et le film en cellulose de bois six fois plus cher. » Une situation qui pourrait cependant se rééquilibrer avec l’augmentation de la demande, relèvent les experts. Le centre technique réalise régulièrement des travaux de recherche sur certains de ces matériaux, films biosourcés et compostables industriellement ou domestiquement, en tant que solution d’emballage pour les fruits et légumes. Des premiers essais ont été menés sur la fraise et publiés (Merendet, 2018). En 2019, de nouveaux travaux de recherche ont cette fois porté sur la tenue du produit conditionné dans 12 matériaux de barquettes différentes et quatre films flowpack écologiques, et sur l’impact de ces matériaux sur le goût des fraises. D’autres travaux encore ont étudié la perception des consommateurs par rapport à cette nouvelle offre et leur connaissance des logos employés par la filière pour reconnaître la nature des matériaux.
Autre pierre d’achoppement de la loi Économie circulaire, l’interdiction programmée des stickers en plastique n’est pas moins délicate à appréhender par la filière fruits et légumes. Les opérateurs planchent actuellement sur un sticker dit « OK compost home », permettant le compostage domestique, mais il occasionnerait une forte hausse de son coût. Quant aux stickers à la gravure laser, il s’agit de procédés qui méritent encore de la mise au point.

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L’épidémie a remis le plastique en selle

Les craintes liées à la transmission du virus par la manipulation des produits et l’explosion de la livraison et du drive ont spectaculairement relancé le préemballage et le suremballage – en plastique – des produits frais et préparés. Une tendance qui se retrouve également dans la chute de la consommation de produits en vrac, qui bénéficiait pourtant d’une passe très favorable. Selon l’institut Nielsen, si 40 % des foyers français se déclaraient acheteurs de vrac en début d’année, 22 % seulement des foyers ont continué à en acheter pendant le confinement… un score remonté à 28 % quelques semaines plus tard. Les enseignes de distribution engagées dans des programmes de réduction des emballages ont parfois eu du mal à faire coller leur communication, avec les pratiques du moment !

Le bois et le carton dominants

Si la loi sur l’économie circulaire a focalisé l’attention sur l’usage du plastique dans les fruits et légumes, cette filière est pourtant une faible contributrice à leur usage dans l’industrie et le commerce, y compris alimentaires. Selon une estimation réalisée par le CTIFL en début d’année, les emballages UVCI dans la filière pèsent environ 19 000 t annuelles, soit 1 % des emballages plastiques consommés et 1,4 % des emballages alimentaires.
Le commerce des fruits et légumes est majoritairement effectué en emballages bois et cartons et la vente au détail réalisée en vrac. Deux types de conditionnement qui présentent des bilans très favorables en matière de valorisation et de recyclage. Le Syndicat national des industries de l’emballage léger en bois (Siel) met ainsi en avant « la captation du carbone » par l’entretien des forêts de peupliers et la « valorisation énergétique des connexes et produits bois » qui permet d’économiser des énergies fossiles.
Les défis de l’emballage « vert » 4Dans ce domaine, le Marché de Rungis est au cœur d’un système particulièrement performant. En effet, 33 000 t de déchets majoritairement issus d’emballage sont collectés sur le Marché (bois, carton, plastiques, mais aussi bio déchets, etc.) auprès des pavillons ou au centre de tri pour ce qui concerne les retours d’emballage. Ils sont ensuite triés, puis envoyés dans des usines de recyclage pour être transformés. Quant aux déchets non recyclables, ils sont brûlés dans une usine d’incinération au sein du MIN, et la chaleur obtenue permet de chauffer le Marché l’hiver venu. Conçu en 1995, le centre de tri a été entièrement rénové à la rentrée 2019. « Du fait du développement des consignes de tri et de l’ouverture de nouvelles déchetteries industrielles, le flux de déchets au Point E s’est considérablement réduit entre la conception du centre à la fin des années 1990 et la fin des années 2000 », explique Éric Reffuveille, chef du service Environnement de la Semmaris. « Le site, dimensionné pour accueillir 60 000 t de déchets sur 2,5 ha, en traite aujourd’hui moins de 15 000. Il était donc temps de redimensionner le site, et d’en profiter pour améliorer l’accueil et les performances. » Depuis un an, les apports volontaires d’emballages recyclables pour les détaillants sont réalisés sur une nouvelle zone dédiée de 6 000 m2, localisée sur le Point Emballages actuel. Réservé uniquement aux petits apporteurs (35 t par an), le site a été agencé de façon à faciliter la rapidité des dépôts.
Les apporteurs, désormais accueillis par une équipe renforcée, déposent leurs emballages sur des convoyeurs qui débouchent dans des bennes de 30 m3 ou 15 m3. Le nouveau centre de tri, plus propre et plus efficace en matière de valorisation, sera bientôt doté d’une couverture partielle, permettant ainsi aux usagers de se mettre à l’abri.

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Embelium, un emballage cultivé 100 % végétal et compostable fabriqué en France

Créée par Rémi Laurant, Embelium est une société qui propose des emballages cultivés 100 % naturels et compostables. Il s’agit d’un matériau végétal cultivé dans le sud-ouest de la France. Il est composé de fibres d’origine agricole locales comme le chanvre et la rafle de maïs, et de mycélium, qui agit comme liant naturel. Embelium est ainsi 100 % végétal, sans additif, et compostable. Il se décompose en douze semaines. « La réduction de l’empreinte environnementale apparaît de façon claire en offrant aux marques un support de communication axé sur l’écoresponsabilité », explique Rémi Laurant. Embelium isole et protège des chocs. Il offre de nombreuses applications dans le domaine du packaging en général, mais surtout de la cosmétique, des vins et spiritueux, et de la logistique du dernier kilomètre. On peut aussi imaginer des boîtes isothermes, des pots de fleurs, et des pots étanches destinés à la culture et à la décoration.