Économie d'énergieÉconomie d'énergie

Économie d’énergie

Une chaîne logistique plus sobre

Des gains sont réalisables à tous les niveaux de la chaîne logistique, grâce à l’amélioration des matériels, mais aussi par l’évolution des pratiques. Petite revue de détail.

Des progrès considérables, mais souvent méconnus, ont été obtenus ces dernières années en matière d’économie d’énergie, tout au long de la chaîne logistique. Véhicules moins gourmands, énergies alternatives aux carburants d’origine fossile, écoconduite, bonnes pratiques dans le transport frigo, plates-formes plus économes et productrices d’énergie… Les leviers sont nombreux pour à la fois réduire  l’impact environnemental et les factures énergétiques. En matière de transport longue distance, les transporteurs parviennent encore à réduire leur consommation, à la fois grâce au rajeunissement des flottes, mais aussi par une meilleure formation des chauffeurs. Le spécialiste du transport frigorifique Delanchy a ainsi affiché en 2018 des consommations moyennes de 27,9 l /100 km (avec une vitesse commerciale sur autoroute moyenne de 82 km/h) soit une baisse de près de 0,9 l en quatre ans. Une évolution que Yannig Renault, directeur technique de Delanchy, attribue en particulier aux « très bons résultats » obtenus en matière d’écoconduite.

Si le règne du gazole ne paraît pas encore près de s’éteindre sur le transport longue distance, ce dernier fait un peu plus de place chaque année aux énergies alternatives. C’est bien sûr le cas du gaz naturel (GNC et GNL). Le même Delanchy dispose ainsi de 35 camions gaz, dont 12 porteurs et quatre tracteurs sur ses différentes agences parisiennes. « Une cinquantaine seront sur la route d’ici à la mi-2020,  dont sept supplémentaires en région  parisienne », précise le groupe originaire de Bretagne.

Le récent salon Solutrans a mis en exergue une recrudescence d’innovations en matière d’énergies alternatives. Retenons (mais nous y reviendrons, bien sûr), la présentation par Kerstner de l’e-CoolJet 106, premier groupe frigorifique électrique 100 % intégré ou encore celle de Road, la première semi-remorque frigorifique au monde fonctionnant à l’hydrogène par Chereau. Une mention spéciale est à apporter au concept Green Truck présenté par Lamberet avec ses partenaires, Thermoking et Scania. Cet ensemble semi-remorque frigorifique acheminé jusqu’à Lyon ne recourt pas au pétrole, que ce soit pour la traction ou la réfrigération. Son tracteur R410 alimenté au méthane ou biométhane liquide (GNL) est ainsi associé à une SR2 Green Liner, la semifrigo la plus légère (à partir de 6 800 kg) et la plus capacitaire de son segment en termes de longueur et hauteur utile. La réfrigération « zéro émission » est assurée par le  nouveau groupe SLXi Hybrid connecté à une génératrice Frigoblock entraînée par  le tracteur. Le salon a également consacré le triomphe de l’électrique en matière d’utilitaires, Renault-Nissan annonçant l’électrification de toute sa gamme, hors pick-up, d’ici 2022. Si les coûts d’achat restent nettement supérieurs à ceux des véhicules diesel, l’électrique offre des économies sur le coût d’utilisation grâce  à une énergie moins chère, mais aussi sur la durée de vie du matériel.

Des progrès dans le frigo grâce à ECLER

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L’apprentissage des bonnes pratiques constitue un enjeu important dans l’usage des engins de transport sous température dirigée. C’est ce à quoi s’attelle le programme ECLER porté par le Cemafroid en partenariat avec Hydroparts France, qui a été sélectionné en mars 2019 par le ministère de la Transition écologique et solidaire. Celui-ci vise en effet « à la formation et à la sensibilisation des conducteurs de transport frigorifique, ainsi qu’au déploiement à grande échelle de l’innovation digitale dans le secteur de la logistique et des unités frigorifiques connectées », indique le Cemafroid. Une première étape a été franchie avec le lancement du marquage des bonnes pratiques sur les 135 000 véhicules de la flotte française du transport frigorifique. Les six actions clés qui y  figurent sont des rappels sur les gestes et réflexes à adopter pour une consommation maîtrisée du groupe frigorifique, mais également pour garantir la sécurité  sanitaire des denrées périssables transportées.

Destinés aussi bien aux conducteurs qu’aux réceptionnistes ou au personnel de quai, les messages rappellent la nécessité de garder la porte fermée le plus longtemps possible, d’utiliser un rideau d’air ou à lamelles, de stationner son véhicule à l’ombre, de couper le groupe frigorifique dès l’ouverture des portes, d’assurer la circulation de l’air dans le chargement et enfin d’enregistrer et contrôler les températures. Des QR codes permettent au professionnel d’accéder en ligne à des informations et des outils de formation complémentaires : vidéos, quiz, présentations, documentations sur une plate-forme de formation à distance, disponible à l’adresse https://dataform.cemafroid.fr/ecler. Le marquage sera réalisé sur les engins neufs par les carrossiers ou les propriétaires et sur les engins en service par les propriétaires, les utilisateurs ou les centres de test.

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Au-delà de cette première action, le  programme vise à la formation de 10 000 conducteurs routiers du transport frigorifique aux écogestes spécifiques à la chaîne du froid et à accélérer la digitalisation de la flotte en équipant les professionnels de solutions digitales pour connecter les données et les retranscrire en temps réel aux exploitants et aux conducteurs, mais aussi de hayons connectés, avec un boîtier innovant collectant et transmettant les données des hayons élévateurs.

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Des plates-formes moins gourmandes

Outre la performance énergétique de leurs flottes, grossistes et transporteurs se préoccupent aussi de celle de leurs plates-formes. Un défi désormais pris en compte dès la conception des bâtiments, comme l’illustre le projet d’emménagement de la SIIM dans la zone des  entrepôts de Rungis, qui devrait être opérationnelle en avril 2020. La société internationale d’importation et de mûrissage de fruits exotiques (bananes, mangues, avocats, etc.) a apporté un soin tout particulier dans la sélection de ses partenaires techniques stratégiques afin de se doter des technologies innovantes, moins  gourmandes en énergie. La plate-forme de 12 000 m2, qui sera équipée de 42 chambres de mûrissage de simple et double niveaux, a été conçue en partenariat avec Cold Energy pour l’ingénierie et la production de froid et BG Doors et VDH « pour leur expertise dans les techniques de maturation et de systèmes de contrôle »,  indique la SIIM. Ce projet sur mesure de ce qui sera la plus grande mûrisserie de France sur un seul site « intègre à la fois une approche ciblée sur la durée de conservation des produits, la consommation d’énergie et l’impact environnemental »,  indique Massimiliano Castagna, directeur commercial de Cold Energy

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Le transporteur Delanchy est particulièrement sensible à l’impact environnemental de ses plates-formes, où il réalise environ 35 % de son activité (réception, préparation, colisage, etc.). Au printemps dernier, le groupe présidé par Brigitte Delanchy a ouvert sa nouvelle agence Frigo Transports 53 à La Gravelle, en Mayenne, qui se veut « exemplaire » en la matière. Bâties à côté de l’ancienne agence, les nouvelles constructions (3 400 m2 pour la plateforme, 900 m2 pour les bureaux) répondent aux normes du label Très Haute Qualité Environnementale (THQE). Les investissements consentis (8 M€ entre la nouvelle construction et la réhabilitation des anciens bâtiments) ont notamment porté sur des groupes froids de nouvelle génération pour la réduction des émissions de gaz à effet de serre, de dispositif de récupération des eaux pluviales, des éclairages LED intérieur et extérieur ou encore un système de chauffage des bureaux par récupération des calories des groupes froids. Cette dernière disposition a rendu le site autonome en termes de chauffage.

L’entreprise a même choisi d’aller plus loin en se lançant dans la production d’électricité verte par la couverture du parking avec des ombrières équipées de panneaux photovoltaïques. Cette production d’énergie décarbonée, mise en place en partenariat avec EDF ENR, permet de couvrir près 20 à 25 % des besoins en énergie du site. Le projet de Delanchy à la Gravelle vise « à favoriser (…) l’expérimentation et la diffusion par l’exemple des bonnes pratiques, depuis la consommation des ressources et leur optimisation, jusqu’à la prévention des pollutions naturelles  et sonores, en passant par le bien-être et les conditions de travail des collaborateurs », indique le rapport RSE de l’entreprise. Le modèle est déjà en cours de duplication sur l’agence de Générac (30).

B.C

Fraikin adapte sa flotte et ses services

Économie d'énergie 5 Fraikin, leader européen de la location longue durée de véhicules industriels  et commerciaux, déploie de nombreux efforts pour adapter flottes et services  aux attentes croissantes de ses clients en matière de réduction  de l’impact environnemental et d’économies d’énergie.

L’agence Fraikin de Rungis, créée en 1967, avant même l’emménagement du marché, gère un parc d’environ un millier de véhicules, de l’utilitaire à l’ensemble de 44 tonnes, dont une grande partie affrétée pour des acteurs, prestataires ou clients du MIN. « Le site se distingue par une très forte proportion de véhicules frigorifiques, près des deux tiers, contre 20 % chez Fraikin au niveau national », commente Yann Lucas, le directeur de l’agence, qui compte une quarantaine de collaborateurs. L’antenne rungissoise, située à l’est du Marché, au-delà du quartier des viandes, dispose d’un atelier d’entretien susceptible d’assurer toutes les réparations nécessaires, curatives ou préventives, sur tout type de véhicule. Il dispose également d’un centre de tests des véhicules frigo habilité par le Cemafroid. « L’efficacité énergétique dépend grandement du bon entretien des véhicules », plaide Yann Lucas, qui précise que la durée de location moyenne des véhicules se  situe entre quarante-huit et soixante-douze mois.

Toujours majoritairement composée de véhicules gasoil, la flotte de l’agence est en voie de diversification. « Nous ressentons l’impulsion imprimée par les donneurs d’ordre ou les collectivités pour réduire les émissions et disposer de véhicules non polluants », précise Emmanuel Ribeiro, directeur de zone Île-de-France Nord. L’agence de Rungis gère d’ores et déjà une vingtaine de véhicules GNV et son parc d’utilitaires (dont Fraikin a été un précurseur, avec la mairie de Paris à la fin des années 2000) est en croissance régulière. Fraikin a ainsi mis cette année à disposition de Chronopost près de 400 véhicules Nissan 100 % électriques, répondant ainsi à la volonté du spécialiste français de la livraison express de livrer la capitale avec une flotte composée uniquement de véhicules sans émission.

La conduite, un facteur décisif

La transition énergétique porte aussi sur les véhicules frigorifiques. En novembre dernier, le loueur a livré à Martin Brower, cinq nouvelles semi-remorques multi-températures innovantes destinées à circuler en agglomérations lyonnaise et aixoise, équipées du tout nouveau groupe frigorifique développé par Carrier Transicold, labellisé PIEK, le Vector HE 19 MT City. L’empreinte carbone est réduite grâce à une consommation de carburant abaissée jusqu’à 30 % et l’adoption d’un compresseur hermétique réduisant de 50 % le risque de fuite de réfrigérant par rapport à un système conventionnel. « Notre capacité d’inno-vation est liée à notre grande proximité avec nos clients », commente Emmanuel Ribeiro, qui promeut notamment l’offre spécifique de conseil développé par le loueur, Fraikin Business Solutions.

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Fraikin met ainsi à la disposition de ses clients une gamme de services leur permettant de contenir, voire de réduire, leur consommation de carburant. « C’est notamment le cas de nos formations d’écoconduite, prodiguées par notre service formation et nos chauffeurs avec des outils de mesure des performances très précis, argumente Emmanuel Ribeiro. Ces programmes fonctionnent très bien et donnent des résultats très rapidement, abonde Yann Lucas. Le comportement des utilisateurs joue en effet un rôle décisif. Avec des pratiques adaptées en matière d’accélération, de changement de vitesse, de freinage, on peut gagner jusqu’à trois ou quatre litres par plein. Sur une année, c’est énorme ». Pour la gestion des flottes, Fraikin a également développé une solution télématique « mySmartFleet by Fraikin ». L’outil permet de faire remonter des données sur les kilomètres parcourus, la consommation, les émissions de CO2, le taux d’utilisation  des véhicules, mais aussi le comportement de conduite et la géolocalisation en temps réel. « Ces données sont interprétées de manière à ce que les clients puissent traduire ces informations dans le management de leurs collaborateurs et de leur flotte, précise Emmanuel Ribeiro. Ils peuvent ainsi influer sur leur consommation de carburant, mais aussi sur bien d’autres facteurs, comme la sinistralité ou encore la gestion des tournées ».