Les promesses de la  « Rungis Académie »Les promesses de la  « Rungis Académie »

Les promesses de la « Rungis Académie »

Le projet de campus dédié aux métiers de bouche prend peu à peu forme. Un projet qui arrive à pic. Dans la foulée de l’adoption de la loi Pénicaud, les entrées en apprentissage ont atteint un record, avec 310 000 jeunes entrés dans le dispositif de juin 2018 à fin mars 2019.

La Rungis Académie ne pouvait rêver meilleure rampe de lancement. Lors de la traditionnelle remise du muguet au président de la République le 1er mai dernier, le président du MIN de Rungis, Stéphane Layani, a présenté au chef de l’État le projet de « Silicon Valley de la formation professionnelle », qui est en train de voir le jour en bordure du marché de gros. « Vous
vous inscrivez pleinement dans notre volonté de recréer des vocations et de montrer que l’apprentissage est une filière d’excellence, a salué en réponse Emmanuel Macron, en référence à l’adoption, l’année dernière, de la loi Pénicaud, qui favorise le développement de l’apprentissage. Dans vos métiers, il y a de l’avenir, puisque plus de 80 % des jeunes qui s’inscrivent dans ces cursus trouvent un emploi. »
Depuis sa création en février 2018, l’association de gestion Rungis Académie a parcouru beaucoup de chemin. Son ambition de fédérer l’offre de formation existante sur le Marché de Rungis, de l’élargir à d’autres formations aux métiers de l’alimentaire et d’y agglomérer des services nouveaux, comme l’hébergement étudiant, est en effet en passe d’aboutir, pour le plus grand bénéfice de « l’écosystème » du marché de gros francilien.
À la fin juin 2019, la liste des organismes de formation souhaitant participer à ce pôle de formation aux métiers de bouche est prestigieuse. On y retrouve, outre des acteurs historiques de la formation et de la réinsertion par l’emploi du Marché (Ifocop et le CFA du Marché), les Compagnons du Devoir, le CFA Médéric, la Fédération des fromagers de France, Saveurs Commerce, l’Institut Paul Bocuse, le ministère de l’Agriculture (via la DRIAAF) et le groupe Louvre Hôtels. « D’autres organisations nous ont fait part de leur intérêt pour le projet, depuis le coup de projecteur qui a été donné à notre initiative le 1er mai dernier », précise Bérengère Banquey, directrice de cabinet du président du Marché de Rungis Stéphane Layani et cheville ouvrière du projet du côté de la Semmaris.

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La mobilisation la plus large est requise pour un programme d’une telle ampleur. Le projet immobilier prévoit en effet la réhabilitation ou la construction de trois bâtiments, d’une surface totale de 9 000 m2, pour un montant total de près de 20 MÄ (11 MÄ pour les bâtiments de formation, 9 MÄ pour le pôle d’hébergement). Le montage financier, en cours d’élaboration, regrouperait, pour la partie formation, la Semmaris, qui assurera « le clos et le couvert », les organismes de formation partenaires, les branches professionnelles et la région Île-de-France, qui a maintenu une subvention de 2 MÄ au titre de l’apprentissage.

Un premier bâtiment opérationnel

L’un des bâtiments du futur campus, situé à proximité de la tour administrative du Marché, en périphérie du MIN, est d’ores et déjà opérationnel. L’Ifocop, partenaire historique du bâtiment, a pris ses quartiers au cours du printemps dans un bâtiment de 3 000 m2 entièrement rénové, adapté et accueillant, autour duquel s’articulera le futur projet immobilier (lire par ailleurs l’interview p. 20). Il doit être officiellement inauguré à la rentrée, en présence de la présidente de région et de la ministre du Travail.
Le deuxième bâtiment, en cours de rénovation, sera dévolu à plusieurs organismes de formation, avec des parties communes mutualisées. Il est prévu d’y installer des salles de cours, des ateliers de préparation, une cuisine, un amphithéâtre ou encore des espaces de vie commune. Les organismes de formation candidats pour intégrer ces locaux participent régulièrement à des réunions de travail en compagnie d’un architecte, en vue de définir les besoins et attentes de chacun. « C’est un travail collaboratif très riche qui avance à bonne allure et nous permet de mieux nous connaître », témoigne un participant. Si les parties prenantes doivent encore acter définitivement leur implication, l’activité devrait démarrer sous ce deuxième bâtiment dans le courant de l’année 2021.
L’une des originalités de la Rungis Académie est d’avoir prévu une offre d’hébergement répondant aux besoins des apprenants, en particulier des plus jeunes. Conjointement porté par la Semmaris et CDC Habitat, ce projet de résidence, situé à quelques encablures des salles de cours, devrait permettre d’héberger d’ici 2021 entre 200 et 300 personnes chaque année, pour des durées variables, et de constituer un atout indéniable pour un centre de formation.
« C’est un projet qui intéresse et suscite beaucoup d’enthousiasme, tant de la part des organismes de formation que des collectivités, relève Marc Jarousseau, délégué régional de la région Île-de-France et Hauts-de-France des Compagnons du Devoir. Nous intégrer à la Rungis Académie constitue une perspective très valorisante pour nous en termes d’image et de rayonnement, tant la notoriété du marché de Rungis est grande au niveau régional, national et même international. Nous espérons vivement que le projet arrive à son terme. »
Les Compagnons du Devoir, institution séculaire dont le projet est fondé sur le métier, la communauté et le voyage (10 000 jeunes formés par an), ont très vite vu un intérêt stratégique à s’associer à la Rungis Académie. « En Île-de-France, nous sommes implantés à Paris, où est situé le siège régional des Compagnons, mais aussi à Pantin (93) et à Champs-sur-Marne (94) au sein du Cluster Descartes. Nous sentions le besoin, depuis quelques années, de nous développer dans le sud de Paris. La situation de Rungis correspond donc parfaitement à notre attente. »
Mais le projet de Rungis Académie ne répond pas seulement à une volonté de redéploiement géographique. « Les Compagnons du Devoir connaissent une hausse continuelle des demandes de formation aux métiers du goût depuis trois ou quatre ans, précise Marc Jarousseau. Environ 20 % des 1 200 jeunes que nous accompagnons en permanence en Île-de-France se préparent aux métiers du goût dans lesquels nous sommes présents : boulangers, pâtissiers, charcutiers-traiteurs, fromagers affineurs et vignerons. Ils s’y préparent à tous les diplômes, du CAP au DEUST, en partenariat avec le CNAM à Paris. Dans ces filières, il y a à la fois des candidats et les débouchés qui correspondent en face. C’est donc naturellement que les élus des Compagnons, au niveau national, ont souhaité constituer un pôle dans les métiers du goût à la hauteur de nos ambitions régionales. »

L’hébergement, facteur clé

Jusque-là, en matière de locaux, les Compagnons du Devoir ont opté en Île-de-France pour la solution du partenariat, différentes institutions, chambres de métiers et syndicats leur louant notamment les locaux d’enseignement et les laboratoires. « Nous devons cependant toujours tenir compte de l’hébergement, puisque la formation s’inscrit chez nous dans une vie communautaire et qu’il nous faut accueillir les jeunes effectuant leur apprentissage loin de leur lieu de formation. »

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Quand ils ont commencé à s’intéresser à la Rungis Académie, les Compagnons du Devoir ont ainsi tout de suite été séduits par l’idée de la construction à proximité des lieux d’enseignement d’une résidence étudiante. « Elle nous permettrait d’accueillir nos apprenants du centre de formation sur place, mais aussi des jeunes et moins jeunes en activité, de passage en Île-de-France, y compris d’autres métiers, poursuit Marc Jarousseau. C’est un atout considérable pour un centre de formation de disposer d’un lieu d’hébergement, mais aussi d’un lieu de convivialité et de restauration dans un lieu adapté », estime-t-il. Principaux utilisateurs de la résidence, les Compagnons pourraient s’en voir conférer la gestion pour l’ensemble des acteurs de la Rungis Académie. Le projet est également considéré comme une formidable opportunité par l’École hôtelière de Paris-CFA Méderic. « Nous croyons beaucoup au lien qui peut s’établir entre les métiers de la gastronomie et le Marché de Rungis », estime Richard Alexandre, son directeur. L’établissement, qui forme 700 apprentis aux métiers de la cuisine, du service, de la pâtisserie, mais aussi du management, s’est porté acquéreur du CFA Poissonnerie pour étendre ses activités. « Notre ambition, c’est de nous développer dans d’autres métiers, poissonnerie, primeurs, fromagers et de créer des passerelles entre les formations, pour aboutir à des apprentissages mixtes et à des doubles validations. Les cuisiniers pourraient apprendre le filetage, l’écaillage, et les poissonniers, la cuisine. C’est une évolution intéressante », poursuit Richard Alexandre.
« La vocation de ce CFA est d’être partie prenante du vaste projet Rungis Académie, afin de répondre aux besoins des 1 200 entreprises du Marché pour une main-d’œuvre adéquatement formée et qualifiée », s’est réjoui Stéphane Layani à propos de la reprise du CFA de Rungis par Médéric. De fait, les entreprises disposeront à proximité d’un vivier potentiel d’apprentis et de stagiaires disposant de différents niveaux de qualification, de l’apprentissage au contrat de professionnalisation, en passant par l’alternance, et ce dans une large palette de métiers.
Bruno Carlhian

 

Du neuf à la rentrée : Les Certificats d’aptitude à la conduite en sécurité (Caces) évoluent

À compter du 1er janvier 2020, les nouveaux certificats d’aptitude à la conduite en sécurité (Caces) entreront en vigueur, informe l’AFTRAL, premier organisme de formation en transport logistique. La CNAM a fait évoluer le dispositif Caces de manière à tenir compte de l’évolution du matériel et du retour d’expérience acquis depuis sa création (harmonisation des pratiques, du niveau des épreuves, etc.). Six recommandations ont été rénovées, concernant les engins de chantiers, les grues mobiles, les plates-formes élévatrices mobiles de personnel, les grues à tour, les chariots de manutention automoteurs à conducteur porté et les grues de chargement. Par ailleurs, deux recommandations ont été créées pour deux familles d’engins supplémentaires, dont l’utilisation est à l’origine de nombreux accidents : les ponts roulants, les portiques et les chariots de manutention automoteurs gerbeurs à conducteur accompagnant. Le salarié doit, au terme de cette formation dispensée en interne ou organisée dans un organisme de formation spécialisé, disposer des connaissances théoriques et du savoir-faire pratique nécessaires à sa conduite en sécurité.

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Une campagne pour faire connaître le CAP Crémier-fromager

La Fédération des fromagers de France a lancé, au printemps dernier, une campagne de promotion du CAP Crémier-fromager à destination des jeunes en orientation, de leurs parents et des personnes en reconversion. La campagne s’articule autour d’un site internet dédié (www.cap-cremier-fromager.fr), d’une communication ciblée sur les réseaux sociaux (Facebook, Google, etc.) et du soutien d’une agence de relations publiques, qui a pour mission de mettre en valeur la formation et les établissements qui la proposent. La campagne est financée par la branche du commerce de détail des fruits et légumes, épicerie et produits laitiers.

L’École professionnelle de la boucherie (EPB) élargit son offre

L’EPB propose en septembre prochain à ses apprentis un CAP Employé de vente spécialisé en produits alimentaires en un ou deux ans, un diplôme reconnu par l’État. Le CAP en un an est accessible après un diplôme de niveau V (correspondant au CAP) ou IV (correspondant au niveau bac) ; le CAP en deux ans est ouvert dès la sortie de la troisième, permettant ainsi aux apprentis, s’ils le souhaitent, d’entrer rapidement sur le marché du travail. La formation est ouverte à 50 élèves. « Au-delà du travail technique de la viande, la fonction vente est de plus en plus prégnante. Le boucher doit pouvoir développer des compétences commerciales et de conseil afin de mieux répondre aux nouvelles exigences de la clientèle », commente Thomas Weisz, directeur général de l’École professionnelle de la boucherie. L’école espère notamment attirer davantage de femmes, à la fois sensibles aux métiers de la vente et souvent conjointes collaboratrices, sans véritable statut. L’EPB forme chaque année plus de 350 apprentis à travers plusieurs programmes,tels que le CAP Boucher, le Brevet professionnel boucher et, désormais, le CAP Employé de vente spécialisé, sur toute l’Île-de-France. Trois mois après la sortie de l’école, 96 % des élèves sont en entreprise.

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De nouvelles classes pour les CAP Primeurs

Les premières classes du nouveau CAP Primeur ont ouvert en septembre 2018. 7 centres de formation ont accueilli une cinquantaine d’élèves. Porté par la profession depuis de nombreuses années, soutenu par l’interprofession des fruits et légumes frais, le projet de création d’un CAP Primeur avait été relancé en 2015. Un dossier avait été déposé en 2016, puis validé en 2017 par le ministère de l’Éducation nationale. Il a ensuite fallu presque un an pour construire le référentiel (le programme, NDLR). « Le CAP Primeur est un aboutissement pour Saveurs Commerce, qui porte ce projet aux côtés de l’ensemble des acteurs de la filière des fruits et légumes depuis 2012 afin que le métier de primeur et le savoir-faire derrière les rayons soient enfin reconnus par un diplôme de l’Éducation nationale », écrit la Fédération des primeurs. En effet, être primeur nécessite de multiples compétences, de la connaissance des fruits et légumes aux techniques de vente, en passant par la sélection, l’affinage, la théâtralisation des étals, mais aussi l’innovation constante pour répondre aux tendances de consommation.
Alors que les premières promotions ne sont pas encore sorties (la formation est de deux ans), le CAP continue son développement. Dans toute la France, de nouveaux centres de formation ont décidé d’ouvrir des classes de CAP Primeur. 23 centres proposeront cette formation à la rentrée 2019. O. M.

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3 questions à…Jean-Marc Hamon, président exécutif de l’Ifocop

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« Avec la Rungis Académie, on change de paradigme »

Le président exécutif retrace l’évolution récente de l’organisme de formation aux métiers du tertiaire né avec le MIN. Il souligne la nécessité pour les enseignements de suivre au plus près l’évolution des métiers.

Rungis Actualités : Quelle est la particularité de l’Ifocop et des formations qu’elle dispense ?
L’ifocop est un organisme de formation professionnelle pour adultes créé il y a cinquante ans par le ministère des PME au moment du déménagement des Halles de Paris vers Rungis. L’objectif de l’époque était explicite : il s’agissait pour l’État d’accompagner les grossistes dans leur délocalisation et d’adapter la formation des employés. Depuis, l’Ifocop a essaimé un peu partout en Île-de-France (avec huit centres) et ailleurs (Hauts-de-France, Occitanie, Bourgogne-Franche-Comté) en cultivant un axe principal : la formation aux métiers du tertiaire. C’est notre particularité dans le secteur des métiers de bouche, où les organismes de formation, généralement liés aux branches professionnelles, sont très spécialisés. Or, à Rungis, les métiers support sont stratégiques. Chez les grossistes et logisticiens, les postes en comptabilité, logistique, ressources humaines, achats ou commercial représentent 30 % à 70 % des équipes.

Depuis le printemps, l’Ifocop a concentré ses activités dans l’un de ses deux bâtiments, qui a été entièrement rénové. Pouvez-vous nous expliquer dans quelles circonstances et dans quel but ?
En 2018, l’Ifocop a pris son indépendance vis-à-vis du ministère des PME, auquel nous ne sommes plus rattachés. En conséquence, l’ancien ministre François Doubin (récemment décédé, NDLR) en a quitté la présidence, que j’ai reprise il y a un an. Cette transition vers le privé, à laquelle nous nous étions préparés, nous a amenés à développer nos ressources propres et à réfléchir à l’utilisation de nos moyens. Au même moment, la concession des deux bâtiments que nous occupions depuis un demi-siècle à proximité du MIN arrivait à son terme. J’ai expliqué au président du Marché Stéphane Layani que je n’aurais plus besoin de 6 000 m2, mais de 3 000. De nos échanges a émergé l’idée de requalifier l’un des deux bâtiments, celui au sein duquel nous sommes en train de nous installer, et de placer l’autre sous une enseigne mutualisée, à laquelle Rungis attacherait son image. Depuis, notre immeuble a été entièrement rénové. Il abrite le siège au 2e étage et le centre de formation sur deux étages, où des cours sont d’ores et déjà dispensés. Avec cet outil, nous avons changé de paradigme ! Quant au second bâtiment, il a donné lieu à la création, début 2018, de l’association Rungis Académie, dont nous sommes cofondateurs. Elle regroupe tous les organismes intéressés par un projet de hub de formation autour des métiers de bouche. De nombreux partenaires s’intéressent aujourd’hui au projet, qui avance à grand pas. Constituer un centre de ressources de cette ampleur à côté du Marché répond en effet aux besoins immédiats du MIN, mais aussi à celui du secteur des métiers de bouche et de l’hôtellerie en général.

Votre offre de formation va-t-elle évoluer à partir de 2019-2020 ?
Nous avons reconfiguré l’ensemble de nos formations, en étoffant considérablement la dimension digitale : responsable achat, logistique, qualité, mais aussi community management et webmarketing, assistant(e) RH 2.0, data analyst, développeur big data, etc. Ces formations peuvent directement trouver ancrage sur le MIN, avec lequel nous souhaitons resserrer davantage nos liens. Nos 22 diplômes sont des titres certifiés, qui donnent droit au compte personnel de formation (CPF).
Propos recueillis par B. C.

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