Une pêche de plus en plus durable

La France est, en volume, le quatrième pays européen de poissons capturés, derrière le Royaume-Uni, le Danemark et l’Espagne. Les efforts de l’armement français en faveur d’une pêche plus respectueuse de l’environnement et préservant la ressource commencent à porter leurs fruits.

L’Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer (Ifremer) est, notamment, chargé du suivi des populations de poissons dans les zones de pêche française. Il vient de publier son « Bilan 2020 de l’état des populations de poissons pêchées en France ». « L’état de ces populations s’améliore, écrit l’Institut. Mais il reste beaucoup à faire pour concilier exploitation des ressources et protection des écosystèmes. » Ainsi, en 2020, 60 % des 400 000 t de poissons débarqués sur les côtes de France métropolitaine proviennent de populations exploitées durablement. Quand on sait que ce chiffre était seulement de 15 % il y a 20 ans, on mesure le chemin parcouru et les progrès accomplis par les professionnels du secteur. Ces progrès sont d’autant plus remarquables que l’Ifremer évalue désormais 160 espèces, contre 80 en 2000. Dans le détail, 47 % des débarquements proviennent de poissons en bon état. « Pour ces populations, la pression de pêche et la biomasse sont estimées être compatibles avec l’objectif de rendement maximal durable. » Parmi ces espèces « en bon état », on peut citer la coquille saint-jacques dans la Manche ; le merlu dans le golfe de Gascogne, en mer Celtique et en mer du Nord ; la baudroie dans le golfe de Gascogne et en mer Celtique ; ou encore la sardine dans le golfe de Gascogne. La proportion des populations en bon état varie en fonction des façades maritimes entre 35 et 65 %, à l’exception de la Méditerranée pour laquelle cette proportion « est très faible » explique l’Ifremer. 13 % du volume débarqué proviennent de populations « reconstituables ou en reconstitution ». Point noir de ce bilan, 17 % des volumes débarqués proviennent de la surpêche, c’est-à-dire que la pression de pêche risque de conduire à une baisse des populations si elle ne diminue pas. Enfin, 2 %* proviennent de populations effondrées. Dans ce cas, « la quantité de reproducteurs est insuffisante pour le renouvellement de ces populations, sans pour autant que cela conduise à l’extinction de l’espèce. Le risque est plutôt l’arrêt de l’activité́ de pêche du fait d’une rentabilité́ non assurée ou de mesures de gestion très restrictives ». Sont notamment dans cette situation la sole en mer du Nord, le merlan en mer du Nord et en Manche-Est, le cabillaud en mer Celtique et en mer du Nord et le merlu en Méditerranée. Si ces résultats sont globalement bons, ils restent malgré tout insuffisants. Ils sont en deçà des objectifs de la Politique commune de la pêche (PCP) qui préconise «  le retour au bon état écologique de l’ensemble des populations halieutiques ». Bref, il ne faut pas crier victoire trop vite. « Dans le domaine halieutique, les évolutions se mesurent sur le long terme. Il faut du temps pour qu’une population se rétablisse après une réduction de la pression de pêche, surtout pour les espèces à vie longue », conclut Alain Biseau, biologiste des pêches à l’Ifremer.

* Le solde, 17 %, concerne des populations non classifiées ou non évaluées.

 

EN CHIFFRES

L’état des populations de poissons pêchés en France s’améliore. Mais il reste beaucoup à faire pour concilier exploitation des ressources et protection des écosystèmes.

400 000  tonnes de poissons sont débarqués chaque année en France métropolitaine.

60 % des poissons débarqués sont issus de la pêche durable.

160  espèces de poissons sont évaluées par l’Ifremer, contre 80 en 2000.

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