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Antoine d’Agostino

Témoignage d'une figure du Marché

Antoine d’Agostino, patron de la Cave de Rungis. Il a débuté à 12 ans aux halles alors qu’il aidait sur les marchés franciliens.

J’ai fréquenté les halles à partir de mes 12 ans, en 1948, alors que je vendais des primeurs sur les marchés. Deux ans plus tard, j’ai commencé à manutentionner les fruits et légumes dans les halles. En dehors de mon travail, je ramassais les colis vides et les emballages de régimes de bananes pour aller les revendre chez Hessemans, à Bercy. Comme j’étais passionné de bicyclette, il m’a fallu faire de la récupération durant trois ans pour m’offrir le vélo de course dont je rêvais.

Après l’armée, en Algérie, j’ai lancé mon commerce de fruits et légumes sur les marchés et je continuais de fréquenter quotidiennement les halles. L’ambiance était extraordinaire. Je me souviens y avoir croisé Brigitte Bardot ou Jean Marais qui, au petit matin, venaient s’encanailler. Ils ne passaient pas inaperçus ! Nous étions tous très solidaires. Pour faire circuler les chariots, nous nous injurions souvent, et puis un quart d’heure plus tard nous nous retrouvions autour du bar et tout était oublié.

Je me souviens du déménagement en mars 1969, entre le samedi et le dimanche. C’était énorme. L’armée gardait tous les carrefours qui croisaient la route de Rungis. Je ressentais bien sûr une certaine nostalgie. Mais nous avons été transportés de l’époque d’Émile Zola vers le xxie siècle. Les conditions de travail et notamment la manutention étaient devenues beaucoup plus faciles. Aux halles, il fallait se frayer un chemin à pied avec les chariots, traverser les pavillons, décharger, recharger. C’était dix fois plus pénible qu’à Rungis. Et finalement, l’ambiance n’a pas vraiment changé. Je retrouve ici une convivialité agréable. En 1988, j’ai entamé une nouvelle carrière en créant la Cave de Rungis. J’ai allié ma passion pour le vin et celle des marchés. Cela m’a permis de lever un peu le pied en restant actif. À 83 ans, je suis tous les matins sur le carreau pour le plaisir de rencontrer les gens.