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Une démarche collective pour informer le consommateur

Depuis quelques années, les démarches pour promouvoir une agriculture durable, plus responsable, respectueuse de l’environnement...

Depuis quelques années, les démarches pour promouvoir une agriculture durable, plus responsable, respectueuse de l’environnement, avec des critères sociaux élevés, se multiplient.

Que ce soit dans les filières viandes, céréales, vignes, fruits et légumes, produits laitiers, ou encore pêches, les initiatives sont nombreuses et rassemblent désormais des milliers de producteurs. Elles tentent ainsi de répondre à l’objectif sur l’alimentation durable de la FAO qui en donne une définition officielle : « L’alimentation durable est définie par les Nations unies comme nutritionnellement adéquate, environnementalement meilleure et culturellement acceptable. » Ces démarches prennent également tout leur sens dans le cadre des récentes évolutions législatives, et notamment la loi Egalim ou la loi sur la RSE. Encore faut-il être en mesure de faire passer les informations auprès du consommateur. Pour de nombreux agriculteurs, la solution se traduit par une marque collective. Une des plus anciennes de ces démarches est certainement la Filière CRC (Culture raisonnée contrôlée). Elle est née en 1989 sous l’impulsion d’agriculteurs français souhaitant produire autrement des céréales de haute qualité « bonnes pour les hommes et pour la nature ». CRC garantit des céréales 100 % françaises et cultivées selon de bonnes pratiques favorables à la biodiversité. Depuis 1999, Filière CRC est officiellement reconnue par le ministère de l’Agriculture par le biais d’une Certification de conformité produit. Elle regroupe 123 adhérents (34 organismes stockeurs, 54 meuniers, 27 industriels, huit distributeurs) qui représentent plus de 3 300 agriculteurs et 4200 boulangeries. Elle concerne la production de blé tendre, blé dur, seigle, sarrasin et grand épeautre. Rien qu’en blé, en 2019, 550 000 tonnes de blés CRC ont été récoltées, soit 10 % des blés français écrasés par la meunerie nationale. CRC s’est par ailleurs associée à quatre autres associations équivalentes dans d’autres filières agricoles. Il s’agit de l’association Bleu-Blanc-Cœur qui existe depuis 2000 et qui concerne les filières d’élevage (lire p. 20).

L’Association Demain la Terre, quant à elle, créée en 2004, rassemble à ce jour 22 entreprises de production et transformation de fruits et légumes. Ensemble, elles produisent plus de 180 000 tonnes de fruits et légumes  « certifiés » Demain la Terre, véritable référence RSE pour ce secteur. Le label Vignerons engagés est le label RSE de la filière vin. Il s’appuie sur un cahier des charges fondé  sur la norme ISO 26000, et une vision globale bâtie sur quatre piliers fondamentaux : agir pour l’environnement, garantir une qualité de la vigne au verre, soutenir le territoire et le patrimoine local, offrir le juste prix pour le consommateur et le producteur.

Enfin, la 5e filière concerne les produits de la mer. Il s’agit du programme Mr.Goodfish, lancé en France en 2010. Il sensibilise le public à l’importance de la consommation durable des produits de la mer. Le programme vise à rendre le consommateur acteur pour la préservation de la ressource marine en publiant, chaque saison, une liste de produits de la mer conseillés par des spécialistes en la matière. Le but de cette démarche est de protéger les stocks de produits de la mer fragilisés en consommant d’autres stocks disponibles en abondance. Ensemble, les cinq démarches représentent plus de 10 000 agriculteurs. « Ce qui nous a rassemblés, rappelle Marc de Nale, directeur général de Demain la Terre, et un des porte-parole du collectif, c’est le besoin de donner une définition claire de la 3e voie. Nous disons tous la même chose, chacun dans nos filières. Nos démarches reposent sur les trois piliers du développement durable : l’environnement, le social et l’économique. C’est une démarche de progrès. Nous sommes dans une logique d’agriculture vertueuse, respectueuse des hommes et de l’environnement, et de la santé. Elle doit permettre de faire émerger un modèle agricole plus large que ce que l’on connaît aujourd’hui ». Le collectif n’a que trois ans, et il est engagé dans un travail de fond afin de mieux valoriser ces démarches qui ensemble « représentent entre 15 et 20 % de l’agriculture française », soutient Marc de Nale. Les efforts commencent à payer. « Nous commençons par avoir une oreille attentive de la part des pouvoirs publics », remarque-t-il. Il se réfère notamment à l’étude de France Stratégie. Cet organisme a audité une trentaine de labels RSE, tous secteurs économiques confondus, dont Demain la Terre et Vignerons engagés. Cela pourrait à terme donner un cadre à ces démarches d’économie durable. « Et si ce cadre est transversal, et dépasse les thèmes de l’agriculture et de l’alimentaire c’est encore mieux », ajoute Marc de Nale. Car il faut rassurer le consommateur. Selon un étude de l’Ademe, 64 % des Français ont l’impression d’avoir de plus en plus de mal à s’informer correctement sur les produits, et un quart d’entre eux seulement considèrent que les entreprises leur donnent assez d’informations sur les conditions de fabrication des produits. De fait, « on constate toutefois ces dernières années une prolifération d’initiatives de toutes sortes en matière de RSE », écrit France Stratégie.

Parmi ses recommandations, France Stratégie affirme la nécessité d’élaborer des cahiers des charges RSE sectoriels, robustes et crédibles. Car c’est bien d’un cadre global qu’il manque désormais pour structurer toutes ces initiatives. Le Collectif Troisième voie travaille dans ce sens. Autre label privé historique, AgriConfiance signe la démarche des coopératives agricoles. Son cahier des charges prend en compte l’ensemble de la chaîne de production. Pratiques agricoles, collecte, transformation, conditionnement, stockage, expédition : chaque étape répond à des exigences. Plus de 20 000 exploitations agricoles, représentant sept filières, et réparties dans plus de 50 coopératives sont labellisées AgriConfiance. L’association qui gère le label a récemment organisé une table ronde sur ce thème des labels privés. « Les labels privés commencent à agréger de nombreuses allégations pour attirer et fidéliser le consommateur, constate Jean-Pierre Loisel, de l’Institut national de la consommation (INC). Non seulement certains produits sont IGP, mais ils jouent aussi sur la carte du bio, du local, de la santé à l’image de “Bleu-Blanc-Cœur”. En ce sens, ils répondent aux attentes du consommateur qui veut d’abord être nourri en sécurité et sécurisé sur le contenu de son assiette ». Dans l’univers foisonnant des marques des entreprises ou des marques distributeurs, des signes officiels de qualité dont le Label rouge, les appellations, et le bio, des informations « sanitaires » (sans OGM, sans pesticide, sans gluten), les labels privés doivent se démarquer, trouver leur place pour ne pas rester spectateurs.

O. M.

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La bonne dynamique de Demain la Terre

Une démarche collective pour informer le consommateur 1Créée en 2004, l’association de producteurs de fruits et légumes frais et transformés rassemblés autour d’un projet de développement durable connaît une dynamique favorable. La Charte Demain la Terre, finalisée fin 2010, après trois années de recherche, test et développement, fédére un nombre croissant d’entreprises de toutes tailles décidées à apporter les preuves crédibles de leur engagement dans le développement durable, axé sur trois priorités : la santé, la qualité et le respect des Hommes et de l’environnement. En 2020, de nouvelles entreprises ont été certifiées (Lou, Perle du Nord, Ebaupin, Picvert, Iberica), mais aussi de nouveaux produits : champignons, endives, artichauts, coulis de fruits. L’association a même obtenu une première certification à l’international avec l’Union maraîchère de Genève pour le marché domestique suisse.

Forte de 23 entreprises adhérentes pour plus de 400 producteurs engagés, la démarche représente désormais un chiffre d’affaires cumulé d’environ 700 M€ pour plus de 7 500 ha de surface de production engagés. Les volumes labellisés sont en croissance constante. En 2020, plus de 200 000 tonnes de fruits et légumes ont intégré la certification soit une croissance de + 21 %, représentant 2 % de la production française de F&L (pomme de terre incluse). La démarche gagne également en notoriété grâce à la signature de nouveaux partenariats, comme l’année dernière avec les grossistes de Vivalya ou avec la chaîne de restauration Compass. L’association a mené ces derniers mois des animations et mises en avant avec Saveurs Commerce (primeurs), Frais d’Ici via Vivalya, Metro ou encore Leclerc.

L’association ne compte pas en rester là. Au programme des prochains mois figure un partenariat cadre INRAe/CIRAD pour étudier les liens entre méthodes de production, caractéristiques nutritionnelles et lien santé, une étude de faisabilité visant à mettre en avant Demain La Terre auprès des grossistes et de leurs clients ou encore de renforcer les liens avec les circuits de distribution. Au programme enfin : l’extension de la démarche à de nouveaux produits comme les soupes, les agrumes, ou l’apiculture.

Rappelons que les axes majeurs de Demain La Terre en matière d’engagements portent sur le moindre recours aux solutions chimiques et la disparition de toute trace de résidu de produit phytosanitaire dans les fruits et légumes, l’écoconception des produits, la réduction de leur impact environnemental global, la prévention des pollutions de l’environnement (eau, sol, biodiversité), la protection de la biodiversité et des pollinisateurs, etc.

 

Bleu-Blanc-Cœur prend ses marques à Rungis

L’association qui promeut la démarche d’agriculture et d’alimentation durable a noué un partenariat avec le grossiste de Rungis Médelys.

Une démarche collective pour informer le consommateur 4Le « show-room » de Maison Médelys, grossiste en produits gastronomiques de Rungis, avait fait salle comble jeudi 21 octobre. De nombreux adhérents de Bleu-Blanc-Cœur, l’association qui promeut une agriculture et une alimentation durable, notamment par l’introduction de cultures d’intérêts nutritionnels (herbes, légumineuses, oléagineux…) dans l’alimentation des animaux, avaient fait le déplacement pour assister à l’inauguration d’un espace permanent de promotion et d’animation de leurs produits dans les locaux de cet interlocuteur bien connu des restaurateurs.

« L’idée nous est venue pendant le confinement de 2020, explique Nathalie Kerhoas, l’animatrice de Bleu-Blanc-Cœur. De grands chefs comme Thierry Marx ou Frédéric Simonin nous ont sollicités parce qu’ils souhaitaient travailler des produits fermiers de la gamme. On s’est alors rendu compte de la complication de se faire livrer correctement à Paris depuis 14 points d’expédition avec la moitié des colis qui n’arrivent pas au bon destinataire ! » Les promoteurs de la marque se mettent alors en quête d’une solution commerciale et logistique pour améliorer la desserte de la restauration, un secteur où Bleu-Blanc-Cœur est nettement moins visible qu’en GMS.

La rencontre avec le président du Marché de Rungis Stéphane Layani, puis avec Florence Hardy, la fondatrice de Maison Médelys, achève de convaincre Pierre Weil, le président de Bleu-Blanc-Cœur et son équipe d’une implantation sur le premier marché de gros de produits frais au monde. « Nous avions envisagé dans un premier temps l’idée de nous implanter directement sur le marché, mais nous nous sommes vite rendu compte que nous avions surtout besoin d’un espace de promotion et d’information pour aller à la rencontre des chefs, explique Nathalie Kerhoas. Une bonne partie de l’offre de Bleu-Blanc-Cœur est en effet déjà représentée ici, que ce soit chez Bigard pour le boeuf, chez Porcgros ou Jauno pour le porc, chez Avigros pour la volaille ou les œufs, chez SAFF-Bruel pour les fromages, etc. Il était important d’avoir un lieu pour faire la relation entre acheteurs et vendeurs. »

 

Un «corner» à disposition

Concrètement, Maison Médelys (qui a référencé depuis des produits d’épicerie Bleu-Blanc-Cœur) met à disposition un « corner » dans son établissement, où les adhérents éleveurs, producteurs, artisans, industriels, etc. de Bleau-Blanc-Cœur pourront aller à la rencontre de la clientèle du Marché et organiser rencontres et démonstrations. « C’est un partenariat naturel pour moi, car nous partageons avec Bleu-Blanc-Cœur la même implication dans la responsabilité environnementale et sociétale et en faveur du manger sain, explique Florence Hardy. « De manière générale, notre entreprise a vocation à accompagner les restaurateurs sur les nouvelles tendances, comme celle du végétal, et à faire le lien entre les agriculteurs et les chefs ».Pour la collecte et la distribution des produits frais, c’est un autre opérateur, Domafrais, qui prendra le relais. Le distributeur, situé à Orly, a bâti un catalogue spécial regroupant l’offre d’adhérents de Bleu-Blanc-Cœur dans les principales catégories :  produits laitiers, volailles, porc et charcuterie, bœuf, meunerie, etc. On y retrouve, par exemple, les yaourts de la Ferme de Viltain, les volailles de Galliance (44) ou les œufs d’Ovoteam. Pour améliorer la distribution des produits fermiers, à diffusion plus confidentielle, Bleu-Blanc-Cœur s’est rapproché de Groupe Up (Chèque-Déjeuner) pour mettre en relation les producteurs locaux directement avec les restaurateurs.

Estimant que Bleu-Blanc-Cœur était sans doute « la marque la plus intéressante dans les années à venir en matière d’alimentation durable », le président du Marché de Rungis Stéphane Layani s’est félicité de la présence de l’association à Rungis. « L’implication dans la marque Bleu-Blanc-Cœur doit être un motif de fierté pour les nombreux opérateurs de Rungis qui commercialise ces produits, a-t-il estimé. Rungis doit rester en pointe sur la tendance de fond qu’est la recherche de naturalité et de proximité. C’est une tendance sur laquelle on ne reviendra pas. »

B. C.

Une marque à la notoriété croissante

Une démarche collective pour informer le consommateur 8Bleu-Blanc-Cœur, association créée en 2000 à l’initiative d’un éleveur laitier, Jean-Pierre Pasquet, et d’un ingénieur agronome, Pierre Weill, a pour ambition d’améliorer la qualité nutritionnelle et environnementale de l’alimentation.

La démarche repose sur une évolution des pratiques agricoles, qui inclut notamment la promotion de cultures locales d’intérêts nutritionnels (herbes, légumineuses, oléagineux…) ainsi que l’introduction dans les rations des animaux de légumineuses cultivées sur le territoire (féverole, pois, lupin…).

Il en ressort non seulement une amélioration du bien-être des animaux, mais aussi de la qualité nutritionnelle des produits issus de l’élevage, avec des aliments naturellement riches en Oméga 3, des acides gras essentiels aux propriétés anti-inflammatoires. Forte d’environ 900 adhérents engagés à tous les échelons de la filière, l’association Bleu-Blanc-Cœur élabore les cahiers de charges de production et les obligations de moyen et de résultats et veille à la communication autour du logo figurant sur les produits référencés.

Une démarche collective pour informer le consommateur 3Le spectre des produits concernés est aujourd’hui très large. En effet, plus de 2 400 produits portent aujourd’hui le logo (produits laitiers, viandes, charcuteries, œufs, pain…) et sont disponibles dans tous les réseaux de distribution, du producteur fermier en vente directe à la grande surface, en passant par les artisans et la restauration hors foyer.
Les redevances des adhérents de l’association font apparaître un chiffre d’affaires global de 2,5 Md€ en 2020. Celui-ci représente les ventes cumulées des adhérents sans tenir compte des ventes au détail par les distributeurs qui ne sont pas concernés par la redevance. Selon une étude de notoriété, menée en novembre 2019 par l’institut TMO, Bleu-Blanc-Cœur arrive en 3e position des démarches les plus reconnues des Français avec 46 % de notoriété, derrière le Label Rouge (94 %) et l’Agriculture biologique (91 %) et Bleu-Blanc-Cœur (46 %).

En trois ans, la marque a gagné 21 points de notoriété !

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