Une papaye fraîcheUne papaye fraîche
Par Frédérique Hermine

Sous le soleil des Tropiques

Avant le soleil estival, fruits exotiques et fleurs tropicales peuvent apporter couleur et chaleur sur les étals et dans les vitrines.

Et si on s’offrait un petit air de vacances et un brin d’exotisme d’avant saison. Pour cela, il suffit de se la jouer tropical, de mettre sur la platine un CD de Kassav, de brancher les spots, de sortir tous les tissus de couleur et de mettre sur les tables ou en vitrine fruits exotiques et fleurs tropicales. Mais qu’est ce qu’un fruit exotique ? Par définition, un fruit qui n’est pas cultivé en France, ou plutôt pas dans l’Hexagone et a priori dans l’Hémisphère sud. Certains sont devenus denrées communes et sont même sortis de la catégorie : bananes, avocats, ananas… Qui se souvient encore que l’orange était il y a plus d’un demi-siècle le fruit exotique de luxe que l’on offrait à Noël ? Le kiwi débarqué de Nouvelle-Zélande s’est banalisé dans les rayons depuis qu’il estcultivé dans le Sud-Ouest. « Il faut aussi faire la différence entre grands exotiques qui arrive par bateau en gros volumes et petits exotiques, niche de luxe avec des produits plus rares pour les épiceries fines et les magasins spécialisés, précise Antoine Fauger gérant d’AMS. Et ne pas non plus confondre exotique et contre-saison qui consiste à importer des fruits ».

 

Petit tour du monde de la mangue

Sous le soleil des Tropiques

Depuis 6-7 ans, la demande des grandes surfaces pour la mangue ne cesse de croître, celle qui arrive par avion. « Par bateau, elle arrive moins bonne et pas mûre avec un pourcentage non négligeable qui ne murissait jamais » reconnaît Antoine Fauger. « Aujourd’hui, elle peut bénéficier d’un affinage en murisserie qui réveille le produit et le marché s’est orienté vers des variétés sans fibre comme la Kent, mais elle reste meilleure par avion… et coûte deux fois plus cher » reconnaît Aurélien Fidon, Dg d’Exofarm. Même si on enregistre encore une période de pointe pour les fêtes de fin d’année, l’engouement des consommateurs ne connaît plus de saison. Pour y répondre, importateurs et grossistes tentent d’avoir un approvisionnement toute l’année par une rotation de fournisseurs et de pays car il n’y a de saisonnalité que par origine. « Aujourd’hui, la mangue est appréciée toute l’année, analyse Vincent Soler, gérant de Capexo.. Pour répondre à la demande accrue surtout depuis trois ans, il faut travailler avec différentes sources. Au printemps, nous achetons en Côte d’Ivoire puis au Sénégal, au Mexique, en Israël avant de se tourner l’hiver vers l’Espagne, le Brésil… et on recommence le cycle l’année suivante ». On peut même s’interroger sur la sortie de catégorie du fruit qui pourrait également rejoindre dans les prochaines années les produits de grande consommation.

1000 fois plus

1000 fois plus

« Il y a 30 ans, on importait 200 à 300 colis par semaine de mangue et kiwis; aujourd’hui, les quantités ont été multipliées par 1000 » Vincent Soler (Capexo)

 

Des goûts et des voyages

Les voyages des globe-trotters ont suscité les envies. Rien de plus agréable que de retrouver ici une saveur goûtée ailleurs, à l’autre bout de la terre. A donc émergé une demande d’autres fruits exotiques comme le citron vert, le litchi, la papaye, les fruits de la passion, la grenade… « On rencontre néanmoins des difficultés à dénicher des fournisseurs toute l’année pour le citron vert, surtout si on veut rester vigilants et ne travailler qu’avec des fournisseurs respectant les normes européennes de limite de pesticides, ce qui n’est pas toujours le cas en Afrique, avoue Vincent Soler. « L’apparition de marques a heureusement fait émerger des produits de qualité garantissant une couleur, une qualité et des fruits à jus, complète Aurélien Fidon. Chez Exofarm, on constate ces dernières années un véritable engouement pour les fruits de la passion, de préférence en provenance du Viet Nam, car le fruit est gros et peu acide, et dans une moindre mesure la grenade pour son aspect nutrition-santé « mais avec un frein notable : elle est compliquée à manger et les consommateurs ne pensent pas à l’utiliser en jus alors qu’il faut 2 mn pour la presser et bénéficier de toutes ses vitamines ». Si les litchi se consomment surtout entre novembre et février, ils tendent à se généraliser, notamment grâce à une filière professionnalisée et désormais fiable à Madagascar. La papaye est un produit en devenir mais encore chère car fragile. Parmi les fruits qui commencent à susciter l’intérêt le mangoustan même si son prix reste assez élevé par la rareté, le pitaya, les physalis… et les produits courants mais à variété premium comme l’ananas Victoria, les mini-bananes, la grenade Wonderful. L’offre de produits transformés et l’évolution des conditionnements boostent également la demande telle les mains de bananes pré-emballées ou les ananas ou mangues pré-découpés. Les fruits bio suivent la même tendance que les variétés conventionnelles mais les prix plus élevés freinent leur développement, reconnaît Diego Garcia, Dg de Jules Brochenin. Et la consommation ralentit fortement l’été car l’offre de fruits français arrivent en concurrence, soutenue par une tendance au consommer made in France ».

 

« Mignonne, allons voir si l’orchidée… »

15 millions d’orchidées par an

Les fleurs exotiques au 4e rang des bottes de fleurs achetées en France loin derrière la rose, le lys et la tulipe. L’orchidée est la plante en pot la plus vendue (15 millions par an).

Côté fleurs, l’orchidée est la reine des plantes exotiques, la plus achetée à la pièce (2,4% des achats selon une étude FranceAgriMer) et bien valorisée. « Les phaleanopsis sont très à la mode car on les trouve dans toutes les couleurs, y compris récemment avec des fleurs teintées en bleu, rose ou vert », explique Jawad Hajjar (Jawad Fleurs). La plus connu reste l’héliconia (oiseau de paradis), fleur emblématique des compositions florales et symbole des Antilles. L’alpinia, l’ostrelidia et désormais le bromelia sont également les coqueluches des vases en mal de soleil. Penja avec un approvisionnement dans 42 pays dispose de fleurs exotiques toute l’année. « L’héliconia très coloré et graphique est souvent présenté seul dans les magazines déco mais on le trouve aussi en bouquet mutlicolores ou même monochromes jaune ou rouge qui devient tendance ces derniers temps » commente Ornella Dutreive. Les fleurs exotiques prennent leurs aises aux beaux jours et pas seulement pour la fête des mères. Elles s’accommodent fort bien des chaleurs estivales qui leur rappellent leur pays natal et de surcroit, évitent clim, chauffage et courants d’air qui siéent si mal à leurs beaux ramages. « Il y a quelques règles élémentaires à respecter comme ne pas mettre un bouquet près d’une entrée ou dun fenêtre, le poser dans l’eau tiède à changer régulièrement et badigeonner ses feuilles au pinceau avec un mélange d’huile et d’eau », préconise-t-on chez Jawad. Mêmes précautions chez Penja : « Les fleurs peuvent être martyrisées par le voyage et on recommande souvent aux fleuristes de déballer la marchandise au fur et à mesure pour que les bouquets restent au chaud dans les cartons, de lustrer les plantes à la bombe et le soir de préemballer les compositions ou de les couvrir avec le plastique de livraison pour limiter les écarts de températures ». Chez les clients finaux, il est surtout conseiller d’éviter les courants d’air, ennemis publics n°1, sous peine de voir noircir les fleurs. Chaque année apparraissent des nouveautés sur les étals. La dernière exclusivité dont n’est pas peu fière l’équipe de Penja, un phalénopsis du Viet-Nam plus grand que les autres orchidées et dont chaque tige porte 7 fleurons symétriques. Pour Jawad, ce sont surtout les grands feuillages tropicaux qui ont la côte, presque plus que les fleurs exotiques, car facilement utilisables en décoration. De quoi s’offrir un dépaysement facile avant la plage.