Sur le vif – Juin 2020 (partie 1)

La réouverture du pavillon des fleurs à la rescousse des producteurs

La réouverture, le 11 mai dernier, du pavillon C1, a été accueillie avec soulagement par une filière horticole française sinistrée par les conséquences des mesures de confinement. L’activité a redémarré tambour battant sous la nef du bâtiment amiral du secteur avec le retour des fleuristes aux achats. Lors de la première semaine de reprise, les arrivages sous le pavillon auraient représenté entre 60 et 80 % du volume de la même semaine en 2019, selon un sondage mené auprès des professionnels.
À l’approche de la fête des Mères (lire encadré), les producteurs de fleurs coupées et de plantes en pot tentaient ces derniers jours de sauver une saison très compromise. Ils pouvaient compter pour cela sur la solidarité des fleuristes et des paysagistes franciliens, très portés sur les produits locaux ces dernières semaines, une faveur à la proximité observable dans de nombreux secteurs d’activité. Sous le pavillon, la reprise se révélait en revanche plus poussive pour les grossistes. « Le chiffre d’affaire d’une entreprise comme la mienne dépend pour près de moitié du secteur de l’événementiel et des mariages, qui est encore complètement à l’arrêt », témoigne Laurent Verrechia, dirigeant de la société A.V.O, spécialiste de la fleur coupée. « Si la clientèle des marchés et celle de province sont revenues, il faudra malheureusement attendre la rentrée pour revoir celle de l’hôtellerie et des locations de salle. On va déjà essayer de bien réussir la fête des Mères, le dernier grand événement de la saison. »
Sur le vif - Juin 2020 (partie 1) 4Les ventes de ces dernières semaines ne permettront cependant pas de compenser les pertes considérables enregistrées par les exploitations horticoles. « Le confinement est arrivé au pire moment, puisque les producteurs réalisent 70 % de leur chiffre d’affaires pendant le printemps », commentait Christiane Lambert, la présidente de la FNSEA, le 22 mai dernier, lors d’une visite de deux sites de production horticole dans le Maine-et-Loire. La perte du secteur, sur le plan national, est estimée à 400 M€. La présidente de la FNSEA a demandé au Gouvernement un plan de soutien, avec une prise en charge des cotisations sociales patronales à hauteur de 100 % pour les exploitations spécialisées. L’horticulture française représente 2 300 entreprises, 1,4 Md € de chiffre d’affaires, et près de 20 000 emplois directs. ■

La fête des Mères, enjeu stratégique
Plus que jamais cette année, la fête des Mères constituera un moment crucial pour le commerce des fleurs. À cette occasion, plus de 2,5 millions de foyers achètent des fleurs ou des plantes, soit 9 % des familles françaises, selon l’enquête annuelle Kantar TNS pour FranceAgriMer et Val’Hor. 62 M€ sont dépensés pour cette occasion. Les fleuristes tiennent particulièrement la corde, avec 45 % des achats effectués chez les artisans pour cette fête. ■

En bref

■ L’entreprise rungissoise Lesmayoux Aubert a annoncé le lancement de ScanTaListe, une page web qui permet d’organiser en quelques clics des achats en drive chez les commerçants de proximité : envoi de la liste de courses, choix du créneau de retrait, paiement en ligne. L’accessoiriste partenaire des artisans se propose de créer et de mettre en ligne, à des tarifs très abordables, une miniboutique personnalisée associée à une page Facebook à partir des choix de créneaux horaires, de modalités de paiement et de livraison ou collecte sur place. Les commandes clients sont transmises par mail et SMS au fil de l’eau au commerçant qui déclenche la préparation aux horaires qui lui convient.

■ L’association française des Maîtres restaurateurs a lancé une application gratuite, suggérant aux consommateurs de localiser aisément les établissements qui proposent une carte à emporter ou en livraison et déguster un repas durable et « locavore » depuis la maison, le bureau ou sur le banc d’un parc. 330 Maîtres restaurateurs sont disponibles sur l’application qui comptabilise plus de 1 000 téléchargements par jour.


La vie a repris sur les marchés de détail

La levée des restrictions gouvernementales pesant sur les marchés couverts et de plein vent le 11 mai dernier a permis la réouverture de la plupart d’entre eux ces dernières semaines. Un soulagement pour les commerçants non sédentaires et pour leurs clients, en particulier ceux de Paris et de petite couronne, dont la plupart en ont été privés pendant près de deux mois.
La Fédération nationale des marchés de France, Saveurs Commerce, la Fédération des fromagers de France et l’Organisation des poissonniers écaillers de France (OPEF) se sont naturellement réjouis de ce retour en grâce, saluant notamment le fait « que les maires retrouvent enfin leurs prérogatives dans la tenue et l’organisation des marchés de leur commune ». Conscientes que la réussite de la réouverture des marchés ne pourra se faire que grâce à une approche constructive entre élus locaux et professionnels, les fédérations ont élaboré un guide méthodologique à leur intention.
Sur le vif - Juin 2020 (partie 1) 2Côté commerçants, c’est bien sûr la satisfaction, notamment chez les poissonniers, dont près d’un tiers vend sur les marchés, couverts ou non. « Après le déconfinement, les marchés de la ville ont rouvert quatre jours sur six », témoigne Caroline Clorennec, qui dirige avec son mari Yan une entreprise de trois employés à Nogent-sur-Marne. « Avant cela, nous avions arrêté d’y participer, car la mairie n’avait obtenu une dérogation que pour le samedi ». Entre-temps, l’entreprise s’est initiée au drive depuis son dépôt, « sur commande seulement ». « Il n’est pas exclu que l’on pérennise ce service à l’avenir, car on s’est rendu compte qu’il était apprécié de la clientèle très locale. »
Pendant cette période délicate, les poissonniers d’Île-de-France, mais aussi de beaucoup plus loin (jusqu’en Alsace !), ont pu compter sur le soutien de Rungis. « Il y a eu deux semaines compliquées », témoigne Adrien Bouton, qui a eu la chance de pouvoir continuer son activité sur six marchés à Orléans et autour. « Certains mandataires ont temporairement fermé et certains prix ont brusquement monté en raison du manque de marchandises. Mais il n’y a jamais eu de rupture dans l’approvisionnement ». ■


Le commerce équitable et le défi du « monde d’après »

Alors que la consommation alimentaire au détail a continué à reculer en volume l’année dernière (- 1,4 % – IRI 2019), le commerce équitable ne s’est jamais aussi bien porté. L’ONG Max Havelaar a, en effet, publié courant mai un bilan particulièrement positif pour les produits du commerce équitable, avec les hausses particulièrement remarquables du cacao (+ 30 %) et de la banane équitables (+ 22 %) et une progression ininterrompue des ventes de café équitable, n° 1 en parts de marché. Au total, les ventes des produits labellisés Fairtrade/Max Havelaar ont représenté en France un chiffre d’affaires total de 902 M€, soit une hausse considérable de 22 % par rapport à 2018. 4 136 produits sont labellisés Fairtrade/Max Havelaar dont 71 % sont bio.
Sur le vif - Juin 2020 (partie 1) 3Les bonnes habitudes des Français à l’égard des produits équitables résisteront-elles au « monde d’après » ? Max Havelaar en est convaincu, citant les résultats d’un sondage réalisé à son intention par Opinionway et publié au début mai. Selon cette enquête, 69 % des Français estiment que la crise nécessite d’aller vers des achats plus responsables, et 80 % disent qu’ils le feront après la crise. Sept Français sur dix adhèrent à l’idée que la crise sanitaire et économique actuelle est « l’illustration qu’il faut changer nos modes de consommation pour des produits plus responsables (locaux, bio, équitables, sans emballage etc.) ». Sont particulièrement convaincus de la nécessité de repenser nos modes de consommation pour les rendre plus responsables les femmes (74 %), les 18-24 ans (73 %), les 50-64 ans (73 %), et les habitants de communes rurales (74 %). ■


La filière viande a tenu le choc

L’épidémie de Covid-19 n’a pas épargné la filière viande. En mai, plusieurs foyers ont été identifiés dans des entreprises d’abattage : Arrivé-Maître coq aux Essarts en Vendée, Tradival près d’Orléans, puis Kermené dans les Côtes d’Armor. Pas de quoi pour autant perturber l’approvisionnement des boucheries et des grandes surfaces en viandes bovines, porcines et volailles, comme cela a pu être le cas aux États-Unis ou encore en Allemagne, où l’épidémie a contraint de nombreuses usines à fermer.
Sur le vif - Juin 2020 (partie 1) 1Tout au long de la filière, le renforcement des mesures d’hygiène a été respecté, soulignent les organisations professionnelles. « Le lavage régulier des mains avec du savon ou des solutions hydroalcooliques, le nettoyage et la désinfection régulière des équipements de travail, l’usage d’essuie-mains à usage unique, de produits détergents pour nettoyer les matériels, etc. font partie de la vie quotidienne des entreprises de viande depuis longtemps », rappelle Yannick Henry, directeur délégué aux affaires sociales et à la formation de Fedev. « Le port du masque lui-même est déjà systématique sur certains postes sensibles. »
Depuis le 11 mai et la levée partielle du confinement, les entreprises de transformation et de commerce de gros ont mis en place des plans de reprise d’activité. Pour les y aider, la CGI a publié un guide de bonnes pratiques de l’activité et de protection des salariés dans les entreprises du commerce de gros de produits alimentaires et boissons. « La reprise “ normale ” de l’activité nécessite la mise en place de nouvelles adaptations au sein de l’entreprise, en concertation avec les représentants du personnel », commente Yannick Henry. Le guide contient, par exemple, des documents pratiques destinés à l’ensemble du personnel sur le port du masque ou « le bon usage » des équipements collectifs ou encore des fiches par métiers. En complément, la Fedev a élaboré avec son réseau de prévention Cap Prev des fiches synthétiques sur l’information des salariés et la mise en place (facultative) d’un ou plusieurs référents Covid-19. ■


Saison noire pour les mariages

La grande majorité des mariages prévus entre le printemps et le début de l’été ont été reportés à l’année prochaine, plongeant les organisateurs de réception et autres traiteurs dans d’immenses difficultés. Selon l’Assocem, l’association des wedding-planners, wedding designers et officiants de cérémonies de France, plus de la moitié des mariages (51 %) avaient déjà été reportés à la fin avril, dont 31 % en 2021 et les incertitudes sur la possibilité d’organisation de rassemblement accéléraient ce phénomène en mai. En France, 235 000 mariages sont célébrés chaque année, sans compter les réceptions organisées par des couples étrangers. ■

Sur le vif - Juin 2020 (partie 1)

EN BREF

■ Les « petites espèces » de viande ont payé un lourd tribut à la crise. C’est le cas du secteur français de la pintade, leader européen avec 85 % de la production européenne, et très dépendante de la restauration. En magasins, la baisse des ventes pour Pâques est estimée à environ - 50 % par rapport à l’an passé. La filière a mis en place un plan de communication pour faire connaître les nombreux atouts gustatifs et nutritionnels de la pintade, indique l’interprofession (CIP).

■ L’école professionnelle de la boucherie du boulevard Soult assure depuis mars la formation de ses apprentis à distance et ne prévoit de reprendre les cours en présentiel qu’à partir de septembre 2020. Pour assurer le recrutement des apprentis, l’école organise des journées portes ouvertes les 10-11 et 24-25 juin. À noter que toutes les formations IFOCOP programmées jusqu’au 24 juillet 2020 démarreront 100 % à distance.

■ Les achats d’œufs ont très fortement progressé dans le commerce de détail pendant le premier mois de confinement des Français, selon l’interprofession du secteur (CNPO). La hausse a atteint + 44 % du 16 mars au 12 avril derniers, par rapport à la même période de 2019, avec un pic de + 72 % dans les circuits dits « de proximité ».