TRAÇABILITE ET CONNECTIQUE, DE LA FOURCHE A LA FOURCHETTETRAÇABILITE ET CONNECTIQUE, DE LA FOURCHE A LA FOURCHETTE

TRAÇABILITE ET CONNECTIQUE

de la fourche à la fourchette

Big brother n’en espérait pas tant ! Tout savoir sur tout à tout moment est primordial aujourd’hui et le temps réel remplace le temps passé. En attendant le temps anticipé qui se profile.

Face à la multiplication des scandales alimentaires, l’origine des aliments et leur lieu de production prend de plus en plus d’importance, tant pour les consommateurs que pour les producteurs et les entreprises investissent massivement dans ce domaine. D’ici 2020, les ventes de produits dédiés à la traçabilité et l’identification des aliments pourraient dépasser plus de dix milliards d’euros, avec une croissance annuelle moyenne de 9 %, rapporte Food Production Daily.

De lourdes contraintes

Le règlement (CE) n° 178/2002, issu du Paquet Hygiène, définit ce qu’est la traçabilité comme la « capacité de retracer, à travers toutes les étapes de la production, de la transformation et de la distribution, le cheminement d’une denrée alimentaire, d’un aliment pour animaux, d’un animal producteur de denrées alimentaires ou d’une substance destinée à être incorporée ou susceptible d’être incorporée dans une denrée alimentaire ou un aliment pour animaux ». Ce règlement établit également les règles à appliquer en matière de traçabilité. Et elles peuvent se révéler draconiennes, notamment dans le secteur de la viande.

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En traçabilité  amont, l’entreprise  a  l’obligation  d’identifier  tous  ses  fournisseurs  de  matières premières en conservant les bons de livraison (n° de lot, DLC, DDM…) ou les factures.

En traçabilité  aval, l’entreprise   doit   pouvoir   identifier   tous   ses   clients   professionnels  (restaurateurs,  associations,  écoles,  mairies,…)  ainsi  que  les  produits  associés.  Il  faut  donc  conserver un double des bons de livraison ou des factures émises.

En temps réel

C’est la radio-identification (RFID) qui devrait se développer massivement avec un rythme de croissance d’environ 19,4 %. Ce dispositif permet un suivi en temps réel de la localisation des produits, un réel atout pour les fabricants et les distributeurs. Si ces technologies ont déjà conquis les États-Unis, l’Australie ou encore le Japon, les pays émergents investissent eux-aussi de plus en plus ce secteur. Et cette tendance devrait se renforcer à mesure que les producteurs intensifient leur activité et que les multinationales accroissent leur production dans les pays en développement. Les étiquettes radiofréquences (RFID) sont aujourd’hui les plus performantes d’un point de vue technique. Leurs ventes devraient d’ailleurs croître de près de 20 %
par an d’ici 2020, selon l’étude de Allied Market. Elles offrent trois avantages considérables :

-elles permettent une lecture à l’aveugle grâce à la radio fréquence, ce qui est particulièrement pratique pour le bétail vivant ;

-elles sont capables de réaliser des centaines d’identification en même temps, de loin comme de près ;

-enfin, elles procurent des gains de productivité considérables.

Seul bémol : même si les prix ont été divisés par deux, le coût reste très élevé et encore largement supérieur aux codes barres, car la RFID peut nécessiter une révision totale de la logistique et du système d’information de l’entreprise.

Dans le domaine de l’agro-alimentaire, la mise en place est complexe car elle nécessite une harmonisation chez tous les acteurs de la chaîne : producteurs, récoltants, emballeurs, transporteurs, grossistes, détaillants, …

Il faut de plus que les systèmes d’information soient compatibles entre eux. GS1, organisme de standardisation, travaille justement à l’instauration d’une norme (EPCIS) qui permettrait aux entreprises de partager leurs données de traçabilité grâce à des systèmes capables de se parler entre eux et d’interagir. D’où l’apparition des intergiciels.

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L’arrivée des intergiciels

Un intergiciel pour étiquettes électroniques est un logiciel tiers destiné à simplifier l’accès et l’exploitation des informations stockées dans des étiquettes RFID issues de l’industrie électronique. Les étiquettes électroniques sont le plus souvent utilisées pour des besoins de marquage et de traçabilité d’objets (suivi de palettes, de livres, de chaînes de montage de voitures, sous la forme d’étiquettes électroniques de gondole dans les grandes surfaces…) aussi bien que d’êtres vivants (élevage, suivi d’animaux sauvages, ou encore suivi de la chaine du froid). La conception et le développement de nouveaux logiciels pour ces applications et pour bien d’autres (monétique, authentification…) s’avère néanmoins souvent délicat.

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L’intégration, au sein des systèmes d’information, des informations stockées dans la mémoire des étiquettes électroniques, est entravé par des difficultés techniques liées à l’organisation de leur collecte mais aussi de leur filtrage. C’est à cette fin que sont conçus les intergiciels pour étiquettes électroniques. Ils ont pour ambitions de gérer un parc hétérogène de lecteurs, traiter les données issues des lecteurs (formatage, agrégation, filtrage), collecter des données lues à distance et de notifier les événements significatifs survenus dans l’infrastructure (apparition de nouvelles étiquettes, retraits de lecteurs…). Il existe sur le marché aujourd’hui une petite dizaine de sociétés éditant ces intergiciels et différentes normes ; elles sont principalement  anglaises.

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 Le cloud, pour les PME et TPE

Si la RFID reste encore très lourde pour les petites et moyennes entreprises, le développement du cloud (nuage, espace de stockage de données externe à l’entreprise) peut apporter une bonne solution de faible coût.  Car dans certaines entreprises, le suivi des produits et des lots se fait encore grâce à une feuille et un stylo ! Pouvoir remonter la chaîne pour réagir le plus vite possible, opérer les retraits ou prendre les mesures défensives qui s’imposent : voilà ce que la traçabilité autorise, et plus les entreprises mettent en place des solutions leur donnant une bonne visibilité des lots produits, plus l’impact d’un incident sera limité. Car la filière agroalimentaire comporte beaucoup de petites entreprises et un problème sanitaire peut leur être fatal. Mais ce cloud intéresse également les grandes entreprises. Par exemple, la traçabilité des fèves de cacao achetées par Barry Callebaut, se fait par le « cloud » depuis juin dernier. Il s’agit, souligne le communiqué, d’une « solution innovante »
développée par SAP, qui combine un accès sur ordinateur de bureau et un accès mobile, ce qui permet une utilisation dans les lieux les plus reculés. Des informations sur les producteurs, leurs exploitations et leurs communautés peuvent être enregistrées numériquement à chaque niveau de la chaîne d’approvisionnement. Des documents sur l’inscription des producteurs, l’achat, le traitement et le transport du cacao assurent la traçabilité des fèves de cacao depuis l’exploitation jusqu’à l’entrepôt de Barry Callebaut.

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LA NORME EPCIS

LA NORME EPCIS

Le standard EPCIS de GS1 s’impose au niveau international tant chez les fabricants que chez les distributeurs qui voient un moyen d’assurer la traçabilité du produit, de sa date de fabrication jusqu’à celle de péremption, dans l’ensemble des étapes de son acheminement jusqu’au consommateur et ce dans le monde entier. GS1 est une organisation neutre à but non lucratif qui se consacre à l’élaboration et à la mise en œuvre de solutions et de normes mondiales en vue d’améliorer l’efficacité et la visibilité des chaînes logistiques. GS1 est appuyée par plus d’un million de sociétés qui exécutent plus de cinq milliards de transactions par jour en utilisant le système de normes GS1. Cela en fait le système de normes de chaîne logistique le plus largement utilisé à l’échelle mondiale.

 

 Le froid sous haute surveillance

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Pour les transporteurs spécialisés dans le transport de produits frigorifiques, le respect de la chaîne du froid est primordial, toute comme le suivi de la température en cours de transport. Là encore, la technologie apporte une réponse par le biais de solutions et matériels informatiques dédiés à l’enregistrement des températures en remorque et leur télétransmission via les réseaux sans fil. Plusieurs solutions s’offrent aux transporteurs selon leurs besoins et leur niveau d’équipement. Ainsi la plupart des fournisseurs de solutions de gestion de flotte avec informatique embarquée intègrent à leurs offres des services et matériels pour l’enregistrement des températures des marchandises frigorifiées. Bénéficiant déjà d’un ordinateur de bord communicant relié à une plate-forme logicielle de gestion, il est relativement simple pour ces équipementiers d’ajouter à leurs offres des capteurs de température qui communiquent les informations à l’ordinateur de bord pendant les tournées des camions. Masternaut, Omnitracs, Vehco, Novacom, Groeneveld et d’autres proposent ainsi à leurs clients des capteurs et enregistreurs de température couplés à l’informatique embarquée mais surtout une interface logicielle dédiée, capable de collecter et d’archiver les températures remontées au fil des tournées et de déclencher des alarmes en cas de rupture de la chaîne du froid. Cette interface logicielle est généralement intégrée au portail Web de gestion de flotte, pour être plus facilement accessible aux clients qui suivront les températures de leurs marchandises pendant les phases de transport. L’autre solution offerte aux transporteurs repose sur le même principe si ce n’est qu’elle évite la phase informatique embarquée. Des capteurs et enregistreurs de température sont également présents dans la remorque ou directement dans le colis mais disposent de leurs propres modules de communication sans fil. Et peuvent ainsi directement envoyer les données par GPRS vers un portail Internet ou de manière automatique par RFID lorsque le véhicule approche des bornes de portiques par exemple. Oceasoft, JRI, Aero-product, Carrier, Cobalt, Testo, pour ne citer qu’eux,  font partie des acteurs du marché à proposer des sondes communicantes pour l’enregistrement des températures.

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 Et demain ?

Toute l’information sera sourcée, via l’arrivée des imprimantes 3 D, de puces implantées dans les produits dès leur naissance ou sortis de terre, les parcelles inventoriées au centimètre carré près. Comme les chevaux de course, les animaux disposeront d’un arbre généalogique précis et d’un tracé précis de leur croissance et alimentation. Reste un défi à relever : celui de l’ultra miniaturisation, car en 2050, la moitié de la planète devrait se nourrir d’insectes.

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