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La Cité de la gastronomie attendra

La crise sanitaire est venue contrecarrer l’édification de la Cité de la gastronomie

Paris-Rungis. Alors que ce projet, évalué à au moins 60 M€ pour le seul équipement central, devait voir le jour en 2022, le Comité syndical qui a lancé l’appel d’offres estime aujourd’hui qu’il faudra patienter au-delà de 2024. Triste nouvelle pour les gourmands.

Pour pouvoir déambuler dans les allées de la Cité de la gastronomie, il va falloir prendre son mal en patience. Au début janvier, le Comité syndical de la Cité de la gastronomie Paris-Rungis a «choisi de ne pas donner suite à la procédure de consultation» concernant «l’attribution d’un contrat de concession pour la réalisation et l’exploitation de la Cité de la gastronomie et de la relancer en apportant un appui financier supplémentaire au projet». Alors que la Cité devait initialement sortir de terre en 2022, la crise sanitaire est venue contrarier son édification. Le groupe Vinci, qui avait été retenu par le Comité syndical après l’appel à projets, n’a par ailleurs pas souhaité prendre de risques financiers inconsidérés et a ainsi demandé aux collectivités d’abonder au pot. Auparavant, le comité, présidé par Stéphanie Daumin, ne souhaitait pas recourir à des deniers publics pour financer le projet. «Nous cherchons à financer la construction de l’équipement central grâce aux différents versants du programme immobilier. L’objectif est de réduire la part financée par les collectivités publiques», détaille Stéphanie Daumin. Et d’ajouter : «Nous avions donc conçu un cahier des charges qui limitait à la fois le risque et l’apport pour les collectivités publiques.» Le projet est de taille et le coût de la Cité est chiffré à 60 M€. À l’origine de la Cité de la gastronomie, on retrouve l’inscription à l’Unesco du repas gastronomique des Français, en 2010. À la demande de l’Unesco et pour mieux valoriser l’identité culinaire de notre pays, le chantier de créer une Cité de la gastronomie a vite été lancé. À la suite de l’appel à projets déployé à l’époque, plusieurs collectivités avaient manifesté leur souhait d’abriter le complexe : Paris-Rungis, Lyon, Beaune, Dijon, Tours ou encore Versailles. Devant l’émergence d’une multitude de projets, le gouvernement Hollande avait finalement décidé de laisser l’opportunité à différentes cités d’éclore sur le territoire ; reflétant ainsi la diversité des terroirs, de la cuisine et des produits. La Cité de la gastronomie Paris-Rungis aura d’ailleurs à cœur de mettre à l’honneur la dimension festive et conviviale de la gastronomie.

 

Une vitrine pour le grand public

La Cité a été pensée comme une véritable vitrine de la gastronomie française, sur un terrain à cheval sur la commune de Rungis et celle de Chevilly-Larue offrant une vue sur le Marché de Rungis. «Le Marché de Rungis a été un élément déterminant pour le choix du site, commente Stéphanie Daumin. Nous avons retenu un terrain qui était à l’accroche du Marché de Rungis et qui pouvait donc en constituer une vitrine pour le grand public.» La Cité ambitionne, bien entendu, d’attirer des touristes internationaux en plus du public français. Pour y parvenir, elle sera parfaitement intégrée au Grand Paris et sera connectée à l’A86, à la N7 et sera également accessible via la ligne 14. Elle s’articulera autour d’espaces culturels et événementiels, des ateliers de cuisine dédiés au grand public (avec notamment un auditorium et des espaces modulables), dans un quartier de 7 ha.

Les gourmets pourront aussi découvrir un parcours gustatif avec différents points de restauration ainsi qu’un restaurant d’application au dernier étage de la Cité. Le quartier, quant à lui, comprend un programme immobilier qui prévoit, entre autres, la construction de la Halle des trésors gastronomiques ; un espace de vente qui sera notamment voué aux grossistes du Marché de Rungis. Le Comité syndical de la Cité de la gastronomie prévoit ainsi l’organisation de banquets et d’ateliers culinaires dédiés aux arts de la table. «La Cité de la gastronomie Paris-Rungis célébrera l’art du goût et la pratique sociale du repas en favorisant les liens entre les générations. Le savoir-faire ensemble, le plaisir de la table et le partage sont le fil conducteur de la programmation culturelle et événementielle de la Cité», promet-il ainsi.

La Cité de la gastronomie attendra

Nouvel appel d’offres

Le géant du BTP Vinci semble toujours intéressé par la Cité, dans la mesure où «le projet a été mis en pause à la demande» de ce dernier. «La crise sanitaire a refroidi les investisseurs car, outre la construction de la Cité, il y a aussi un volet exploitation», explique Stéphanie Daumin, pointant du doigt un avenir incertain. Cette dernière est aujourd’hui disposée à engager dans le projet de l’argent public. Rappelons que la Cité de la gastronomie Paris-Rungis est portée par le département du Val-de-Marne, l’EPT Grand Orly – Seine Bièvre, la Métropole du Grand Paris, la région Île-de-France et les villes de Chevilly-Larue, Orly, Paris, Rungis et Thiais. Le Comité syndical a donc pour ambition de stabiliser les engagements des différentes entités publiques qui sont prêtes à contribuer à la Cité de la gastronomie. «À l’unanimité, le Comité syndical a donc décidé de lancer un nouveau cahier des charges qui débouchera sur un nouvel appel d’offres», confie-t-elle. Ce nouveau cahier des charges grave dans le marbre la contribution financière des collectivités locales, même si la part de celle-ci n’a pas encore été définie. Il ouvre par ailleurs la porte à de nouveaux opérateurs ; Vinci devra donc de nouveau entrer dans la compétition.

«La crise sanitaire nous conduit à nous interroger, notamment sur certains éléments du projet. Par exemple, le développement de la visioconférence devrait donner naissance à de nouvelles habitudes. L’intérêt croissant pour les circuits pourrait aussi nous faire évoluer sur certains aspects de la Cité. Il s’agit d’imaginer l’alimentation durable de demain tout en respectant les terroirs et la dimension conviviale d’un repas partagé», conclut Stéphanie Daumin. Il va toutefois falloir s’armer de patience. La présidente du Comité syndical, qui a déjà annoncé que la Cité de la gastronomie Paris-Rungis ne verrait pas le jour en 2022, précise aujourd’hui que l’on ne pourra pas non plus la visiter en 2024.

Mickaël Rolland