Le miel tricolore reprend des couleursLe miel tricolore reprend des couleurs

Le miel tricolore reprend des couleurs

Les Français consomment deux fois plus de miel qu’il n’en est produit dans l’Hexagone. Mais depuis quelques années, la production nationale se développe.

Pas facile de trouver du miel français dans les rayons. Plus d’un pot de miel sur deux est importé. Ainsi, la consommation nationale est d’environ 45 000 tonnes, pour une production d’un peu plus de 20 000 tonnes (21 600 tonnes en 2019). 4 400 tonnes ont été exportées cette année-là. Il faut donc avoir recours à l’importation pour couvrir les besoins. 32 800 tonnes de miel et de gelée royale ont été importées en 2019. L’Ukraine et l’Espagne sont nos principaux fournisseurs (20 % des volumes pour chacun). Suivent l’Allemagne (9 %), l’Argentine (8 %), la Hongrie (7 %) et la Chine (6 %).
Ces statistiques sont à relativiser, car la réglementation sur l’origine des miels ne facilite pas la transparence. Récemment, il était quasiment impossible de connaître la provenance d’un miel importé. La plupart des pots mentionnaient simplement « origine UE/non UE ». Cette dénomination permettait de mettre un voile pudique sur le mélange des origines, un même pot pouvant contenir par exemple du miel chinois, ukrainien et espagnol. Un vrai melting-pot (de miel).
Après plusieurs tentatives avortées, la France a finalement réussi à faire modifier la réglementation. « Pour le miel composé d’un mélange de miels en provenance de plus d’un État membre de l’Union européenne ou d’un pays tiers, tous les pays d’origine de la récolte sont indiqués par ordre pondéral décroissant sur l’étiquette. » précise le nouveau texte. Désormais, l’étiquette doit mentionner par exemple « Ukraine 70 %, Chine 20 %, Allemagne 10 % ». Cette nouvelle réglementation facilite l’information du consommateur. Et elle renforce le miel de France, 100 % produit et récolté dans son pays d’origine pour lequel l’étiquetage ne change pas : « Origine France » ou « Récolté en France ». Ainsi, il sera plus facile de repérer un miel tricolore. Et c’est tant mieux car la production se développe (cf. encadré). Partout les initiatives fleurissent. On peut citer évidemment Bleu Blanc Ruche, portée par Arnaud Montebourg. Dans le Jura, pour accompagner ce développement, La Compagnie du miel, une coopérative qui réunit 129 apiculteurs adhérents, investit près de 6 M€ pour augmenter ses capacités de production. Les grands groupes se mettent aussi à accompagner les producteurs désirant se lancer dans l’apiculture. Ainsi, en Vendée, la coopérative Cavac vient de créer la marque « Nectar des Champs », un miel local et agri-éthique. 14 adhérents, pour 600 ruches, se sont lancés dans ce projet. Souvent accusés de contribuer à la disparition des abeilles, notamment par l’épandage d’insecticides, les agriculteurs collaborent de plus en plus avec les apiculteurs, professionnels ou amateurs. C’est le cas notamment en production de fruits. Ainsi la démarche Vergers Écoresponsables, commune aux producteurs de pommes, de poires, de pêches nectarines et d’abricots, préconise la présence de ruches dans les vergers pour abriter les abeilles pollinisatrices. L’association est partenaire du Réseau biodiversité pour les abeilles (RBA). Cette année, elle a financé l’installation de 90 ha de couverts mellifères.
Pour atténuer l’impact de l’agriculture sur les abeilles notamment, le Gouvernement prépare un plan pollinisateur. RBA veut être acteur de ce plan. Il propose de consacrer 90 000 ha actuellement labourés (sur 18 millions) à l’alimentation des pollinisateurs. La profession agricole suit avec intérêt ce plan. Un de ces objectifs doit permettre de consolider « le dialogue et permettre aux agriculteurs et aux apiculteurs d’accroître le travail en bonne intelligence », écrivent Christiane Lambert, présidente de la FNSEA, et Éric Lelong, président de l’interprofession apicole Interapi, dans une tribune publiée dans la presse (Le Monde 15 avril).
La prise de conscience de l’intérêt des insectes pollinisateurs, dont les abeilles, est désormais partagée par le plus grand nombre. Les collectivités se prennent au jeu et installent des ruches dans les espaces publics (il y en a même sur le Marché de Rungis). Si les consommateurs transforment l’essai et décident de privilégier le miel tricolore (les achats s’élèvent en moyenne à 1,7 kg par acheteur et par an), l’avenir s’annoncera radieux pour toutes les Mayas tricolores. Et Bourvil pourra revenir chanter « Bzzz Bzzz, Bzzz, les abeilles ».

Olivier Masbou

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Hausse du nombre d’apiculteurs

Le nombre d’apiculteurs est en hausse en France. Depuis 2014, date de la mise en place de l’Observatoire de la production de miel et de gelée royale par FranceAgriMer (FAM), il est passé de 40 944 à 62 445. Cet observatoire recense les professionnels déclarant leurs ruches auprès du ministère de l’Agriculture. L’augmentation est « liée à la fois à la croissance réelle du nombre d’apiculteurs, officialisant ainsi leur activité apicole, mais aussi à l’accroissement du nombre d’apiculteurs déclarant leurs ruches, en particulier les apiculteurs ayant moins de 50 ruches, catégorie pour laquelle on dénombre 5 105 apiculteurs déclarés de plus par rapport à 2018. Quant aux apiculteurs possédant plus de 400 ruches, on observe une progression de 657 apiculteurs déclarés ». Au total, en 2019, 57 523 apiculteurs déclaraient avoir moins de 50 ruches, 2 349 entre 50 à 149, 1 853 de 150 à 399, et 720 ont plus de 400 ruches. La production de miel est principalement concentrée dans la moitié sud du pays. La principale région productrice est l’Occitanie avec 3 803 tonnes de miel produites (17,5 % de la production nationale). Elle est suivie par la région Nouvelle-Aquitaine (3 110 tonnes), la région Auvergne-Rhône- Alpes (2 761 tonnes), la région Grand Est (2 618 tonnes), la région Provence-Alpes-Côte d’Azur (2 067 tonnes). Malgré des mortalités souvent très importantes, le nombre
de ruches est stable (1,3 million), les apiculteurs reconstituant chaque année une grande partie de leurs colonies d’abeilles pour pérenniser leurs ruchers.

O. M.

Une journée mondiale des abeilles

Il existe 20 000 espèces d’abeilles dans le monde et près de 1 000 rien qu’en France. Pour attirer l’attention du public sur ces pollinisateurs, les menaces auxquelles ils sont confrontés ainsi que leur importante contribution à notre alimentation et à l’équilibre de nos écosystèmes, les Nations unies ont décidé de créer une Journée mondiale des abeilles.
Elle a lieu le 20 mai de chaque année. À cette occasion, la start-up Pollinature organise de nombreux événements en faveur des abeilles sauvages. Elle propose notamment la BeeHomme une maisonnette en bois et en canne qui permet d’accueillir à son domicile une petite population d’abeilles maçonnes qui permet à chacun de contribuer à la préservation et au développement des abeilles.

O. M.