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Faire soi-même pour manger mieux

Choisir ses ingrédients, se mettre aux fourneaux, mitonner ses petits plats, les partager… en matière alimentaire, le « faire soi-même » fait de nombreux nouveaux adeptes. L’offre et le marketing suivent.

Faire soi-même pour manger mieux 4Depuis la crise de 2008 sont apparues chez les consommateurs de nouvelles habitudes de consommation, en ce qui concerne notamment l’alimentation et l’organisation des repas. Le fait-maison, qui a depuis gagné d’autres secteurs (produits d’hygiène et cosmétiques), dispose d’une belle popularité pour la réalisation des repas de famille à partir de produits bruts ou semi-transformés. Pour répondre à cette demande, des émissions de télévision, tutoriels, sites de recettes, cours de cuisine se sont fortement développés. Selon une étude publiée par le Credoc en 2016, les motivations de ces nouveaux consommateurs sont multiples : il s’agit d’abord de mieux gérer son budget et de faire des économies en cuisinant des produits de saison, de se réaliser personnellement avec une activité valorisante et permettant de révéler ses talents. Il est également question de reprendre le contrôle sur son alimentation et de choisir ce que l’on met dans son assiette. Enfin, de créer du lien social autour d’une activité de partage. D’après l’Observatoire du Faire, publié en 2017 par l’Obsoco, 93 % de la population française serait engagée, d’une façon ou d’une autre, dans une activité de faire soi-même, 56 % cuisineraient plus ou moins régulièrement des petits plats et des pâtisseries.

Le retour de la gamelle

Faire soi-même pour manger mieux 6Ce nouvel attrait pour les fourneaux a des conséquences inattendues, comme le retour en grâce de la fameuse gamelle, le midi au travail. De ringarde et réservée aux plus modestes, celle-ci devient tendance. La mode des repas faits maison engendre de nouvelles pratiques, comme les repas pris chez l’habitant à l’étranger par exemple, qui allient convivialité et découverte de nouvelles cultures. Il y a également le partage de repas faits maison entre voisins, qui s’inscrit parfaitement dans la tendance d’économie collaborative. On constate le développement de repas de quartier, de services de traiteurs entre particuliers… Les entreprises qui ont flairé les nouvelles opportunités investissent ce secteur en proposant de faciliter la tâche à ces aspirants cuisiniers : de la livraison de paniers recettes (voir encadré Illico Fresco), où tout est préparé et expliqué pour réussir ses recettes, aux kits de préparation les plus variés (gâteaux, tartes, soupes, pâtes, moutarde à l’ancienne, bière, beurre, steak végétal…), aux produits semi-élaborés qui facilitent le fait maison en termes de gain de temps (mélanges de légumes frais pour wok, salades déjà lavées, légumes à pot-au-feu épluchés…). Sur les packagings des produits bruts (fruits, légumes, légumes secs, pâtes, riz, viandes…) apparaissent des recettes et des conseils de préparation, ainsi que des liens vers des sites internet proposant des idées de mise en œuvre partagées par d’autres internautes. Des applications proposent désormais de gérer les listes de courses, de trouver les recettes correspondantes. Le marché s’adapte, jusqu’aux nouveaux robots culinaires qui comportent des recettes préenregistrées. Le consommateur n’a plus qu’à se laisser guider.

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De faire à produire soi-même

Cette volonté de faire soi-même peut aller jusqu’à essayer de produire fruits, légumes, herbes aromatiques, œufs, miel… Des potagers urbains sont apparus aux pieds des arbres parisiens, sur les balcons, sur les rebords de fenêtres des cuisines. Le succès de la Boîte à champignons, créée en 2012 et un temps installée sur le marché de Rungis, est un parfait exemple de cet appétit pour la production maison : il s’agit de kits où des pleurotes sont ensemencés dans du marc de café usagé, récupéré auprès des cafés et restaurants d’Île-de-France. Le consommateur achète sa boîte, arrose et attend sa première récolte de champignons. Le concept fonctionne très bien, d’autant qu’il est porteur de valeurs écologiques. « Notre idée, c’est de transformer les déchets de la ville en aliments de qualité. C’est ce qu’on appelle l’upcycling, c’est-à-dire améliorer le niveau de qualité grâce à des produits recyclés, explique Claire Hallé, responsable marketing et communication. Pour Monoprix, nous avons installé spécialement une cave à Saint-Augustin, en plein Paris, dans les sous-sols où nous faisons pousser des pleurotes qui sont ensuite commercialisés par l’enseigne. » Mais l’essentiel du business de l’entreprise reste centré sur les kits de culture, qui représentent 40 % du chiffre d’affaires. « Sur les boîtes à champignons, nous effectuons un vrai travail marketing pour proposer différentes couleurs de champignons, des roses, des jaunes, des gris. Nous avons les boîtes prêtes à cultiver, que nous déclinons en fonction des temps forts de l’année pour en faire un produit cadeau : Saint-Valentin, Noël, Pâques, fête des Pères… Nous avons également la boîte Do it Yourself, lancée en 2016. C’est une boîte à faire soi-même : il faut récupérer son propre marc de café, du carton et faire ensuite son mélange pour faire pousser ses champignons. Et ça, ça marche vraiment fort. Elle est commercialisée chez Nature et Découvertes. »
La Boîte à champignons voit plus loin et se penche déjà sur d’autres concepts, comme la production de légumes en ville. « Notre ambition est de continuer à développer des concepts d’économie circulaire, reprend Claire Hallé, et de produire de la nourriture de qualité à partir de déchets : installer des composteurs dans des copropriétés, des cantines, afin de récupérer du compost pour faire du maraîchage, de la permaculture… sur des petites surfaces urbaines. Nous proposons des bacs permacoles autonomes d’un mètre cube, de type palox, capables de produire quelque 30 kilogrammes de fruits et légumes par an, entièrement équipés avec lombrics, pompes d’arrosage solaires… Parfaits pour les entreprises. Pour les particuliers, il n’y a pas encore de vraies solutions, mais c’est sûr que ça va venir, car c’est une tendance forte. »

Caroline Maréchal

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Illico Fresco, des paniers recettes tout prêts

Créé en décembre 2016, Illico Fresco est un service de livraison de paniers recettes et produits frais. Il appartient au groupe Webedia, important éditeur de sites internet comme 750g.com. Le modèle fonctionne par abonnement flexible, que l’on peut suspendre et reprendre à tout moment, l’idée étant de donner de la valeur ajoutée aux courses au quotidien. « Aujourd’hui, il est très facile de se faire livrer ses courses, mais la question centrale “Qu’est-ce que je vais faire à manger ce soir ?” demeure, analyse Lise Veauvy, directrice générale d’Illico Fresco. L’idée part de là, soulager nos clients de certaines contraintes, qui sont la création culinaire et l’organisation des courses, tout en leur laissant le plaisir de préparer eux-mêmes leur repas. Pour le consommateur d’aujourd’hui, bien manger veut dire cuisiner. Notre démarche est également d’éduquer sur les bons produits, d’apprendre à bien cuisiner, et montrer qu’au quotidien ce n’est pas si difficile que ça. » La stratégie de ce service est de couvrir aussi bien la personne seule que la famille, même s’ils n’ont pas la même demande. « Le solo vient chercher une solution qui lui permet de ne pas faire de gâchis, d’avoir les justes quantités, et qui lui apprend à cuisiner tout en lui faisant découvrir des bons produits de qualité. La famille, elle, est davantage en recherche d’organisation et de gain de temps », commente Lise Veauvy. Illico Fresco a lancé un partenariat avec Weight Watchers le 24 janvier dernier. « L’offre démarre très bien. En deux semaines, nous avons déjà recruté environ 500 foyers abonnés à ce nouveau programme. » Concernant ses approvisionnements, Illico Fresco a procédé à une sélection drastique de fournisseurs. Une partie des produits vient de Rungis, comme tous les fruits et légumes, fournis par les établissements Baleux. « Nous proposons 90 recettes par mois, adaptées aux types de clients : solo, famille, Weight Watchers ou pas… Chaque panier contient quatre ou cinq recettes différentes, et tous les ingrédients pour les réaliser : poisson, viande, légumes, fruits, herbes aromatiques… ».
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Gus, le potager maison

La société Gus a mis au point le premier bac de culture hors sol ultraponique, pour cultiver chez soi des fruits et des légumes, herbes aromatiques ou fleurs : des ultrasons transforment l’eau et ses nutriments en brouillard très fin, une technique qui permet de nourrir directement les racines et accélère le processus de germination et de pousse des plantations, qui ont ainsi un rendement optimisé, de l’ordre de + 30 % par rapport à une culture traditionnelle. Une famille qui possède le bac de culture Gus peut espérer obtenir trois ou quatre récoltes par an.