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Le boom du e-commerce bouscule le commerce de détail

Toutes les études promettent la poursuite de l’essor des ventes en ligne de produits de grande consommation. Mais les consommateurs français semblent encore hésiter sur la formule gagnante dans le domaine alimentaire. Les jeux sont ouverts.

Les études sur l’avenir du e-commerce se suivent et se ressemblent. Toutes pronostiquent la progression inéluctable des actes d’achat passés par internet dans les années qui viennent. La dernière en date, le rapport prospectif sur l’e-commerce de l’institut Nielsen diffusé début novembre, prévoit que « les ventes en ligne de produits de grande consommation au niveau mondial dépasseront les ventes en magasin d’ici à cinq ans ».
D’après l’institut d’analyse de la consommation, les ventes en ligne de produits de grande consommation – historiquement à la traîne par rapport aux autres secteurs, comme l’électronique ou les voyages – vont connaître une accélération, grâce notamment à un environnement plus favorable. « Les distributeurs et les fabricants apportent des solutions pour pallier les différents freins au développement du e-commerce (infrastructures, logistique d’approvisionnement et de transport jusqu’au “dernier kilomètre”, fraudes des cartes bancaires…), si bien que l’e-commerce des produits de grande consommation va bénéficier d’une croissance exponentielle », estiment les experts. Tandis que la croissance mondiale des ventes de produits de grande consommation se situe actuellement autour de 4 % par an, l’ensemble du e-commerce devrait progresser de 20 % soit 2,1 milliards de dollars supplémentaires d’ici à 2020.

L’avenir du drive au cœur des enjeux

Quelle place occupera l’alimentaire dans ces évolutions ? C’est le grand point d’interrogation, selon Nielsen, qui estime que la capacité de se développer sur les courses alimentaires sera le cœur de la bataille entre enseignes dans un futur proche. Pour l’heure, les ventes alimentaires en ligne sont portées sont portées en France par le drive. Selon Nielsen, les catégories alimentaires ont même dépas-sé pour la première fois, au premier semestre 2017, les produits de grande consommation non alimentaires en termes de contribution aux ventes totales d’e-commerce. « Le click and collect a joué en France le rôle de moteur de la croissance des ventes en ligne de produits alimentaires, en apportant une réponse à la problématique du dernier kilomètre et de la vérification des produits par le consommateur, tout en freinant la pénétration des pure-players d’e-commerce », explique Vincent Cornu, directeur des services à la distribution chez Nielsen France. La partie est pourtant loin d’être gagnée pour le drive, juge l’expert. Cette formule « tarde à attirer de nouveaux consommateurs en dehors de la clientèle d’aujourd’hui, très familiale », estime-t-il. Une question à laquelle les premières initiatives de « drive piéton » en centre-ville entendent apporter une réponse. Ces nouveaux formats urbains pourraient intégrer de nouveaux services au point de retrait « comme des casiers, ou la possibilité de commander et/ou de retirer des plats préparés par exemple ».

Le centre-ville contre-attaque

Ces évolutions constituent potentiellement une menace pour les commerçants de détail, notamment de centre-ville, dont l’atout premier est celui de la proximité. Aussi les initiatives se multiplient-elles actuellement pour permettre aux « petits commerces » de conjuguer eux-mêmes les avantages du commerce numérique et de la distribution physique. Dernier exemple en date, la création de la plate-forme RetraitenMagasin.com qui regroupe l’ensemble des boutiques de prêt-à-porter d’une ville par collections et cela sur une seule et même interface. « L’internaute a accès à l’ensemble des articles proposés par les boutiques référencées sur le site et pas simplement aux produits commercialisés

Développement du nombre de points de retrait drive click and collect en France

2017 The Nielsen Company

par l’enseigne X ou Y », argumente son concepteur Mathieu Zozor. Une fois son choix réalisé, l’acheteur a la possibilité de se rendre dans le commerce concerné en moins d’une heure pour payer et retirer son achat.
Dans l’alimentaire aussi, l’idée de concilier les forces du commerce physique avec les moyens du numérique fait son chemin. Sous l’impulsion de son président, François Palombi, la Confédération des commerçants de France, qui représente plus de 100 000 entreprises du commerce de détail alimentaire et non alimentaire sur l’ensemble du territoire, tente de populariser le modèle des coopératives de développement économique, inspirées d’une expérience qui a fait ses preuves au Québec. « Leur principe est de rassembler tous les acteurs économiques et politiques d’un périmètre (artisans, commerçants, professions libérales, associations de consommateurs, représentants des collectivités territoriales et consulaires) et de leur permettre d’agir en synergie, explique François Palombi. Elles sont susceptibles de créer des mécanismes financiers, de mutualiser des services et des achats, d’amorcer un soutien pour des commerçants qui voudraient s’installer dans des locaux vacants, de favoriser la création de boutiques éphémères pour tester de nouveaux concepts, etc. » Ces coopératives d’un nouveau genre, en test dans une douzaine de villes en France, ont fait du numérique le cœur de leur développement. « Nous avons instauré le principe que toute coopérative intégrera une plate-forme numérique qui offrira des services mutualisés, précise François Palombi. Je crois que les commerçants doivent saisir cette chance de pouvoir se digitaliser ».
Les mutations technologiques et leurs conséquences sur l’avenir du commerce ne laissent en tout cas pas les collectivités locales indifférentes. Le 7 novembre dernier, la chambre de commerce et d’industrie de Paris a réuni l’ensemble des acteurs concernés par l’avenir du commerce (État, région Île-de-France, métropole du Grand Paris, Amif, Ville de Paris, fédérations et associations représentatives du commerce, financeurs…) pour bâtir un plan d’action en faveur de l’avenir du commerce. Le groupe de travail s’est donné comme objectif d’aboutir au premier trimestre 2018 à des propositions dans différents domaines, notamment celui des « nouvelles pratiques », afin que le commerce de centre-ville adapte sa relation au consommateur en particulier par la digitalisation.
Bruno Carlhian

Chiffre : 25,4 milliards $
C’est le chiffre d’affaires réalisé par le géant chinois de la vente en ligne Alibaba en une seule journée, le 11 novembre dernier. Ce jour-là se déroule la Fête des célibataires, une journée de soldes monstres créée par Alibaba et ponctuée d’innombrables shows et animations. À l’instar d’Amazon, le groupe a décidé d’investir massivement dans le commerce physique afin de diversifier ses activités.

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Restaurant : révolution en vue à la caisse

C’est une évolution réglementaire qui risque de fortement accélérer la digitalisation des entreprises de restauration. À compter du 1er janvier, l’utilisation d’une nouvelle génération d’équipements et de solutions d’encaissement, plus sécurisés mais aussi plus performants, devient obligatoire. Inscrite dans la loi de finance 2016, la nouvelle réglementation sur les caisses, ou terminaux points de vente (TPV), généralise l’usage de logiciels de caisse sécurisés. Ceux-ci doivent garantir l’inaltérabilité, la sécurisation, la conservation et l’archivage des données en vue d’un éventuel contrôle de l’administration fiscale. En clair, le logiciel de caisse sécurisé doit empêcher la dissimulation d’opérations après leur enregistrement. Une évolution de la fonction d’encaissement qui devrait permettre de populariser l’usage de nouvelles fonctionnalités des outils digitaux désormais généralisé dans les restaurants.