Livraison du dernier kilomètre : des innovations tous azimutsLivraison du dernier kilomètre : des innovations tous azimuts

Livraison du dernier kilomètre : des innovations tous azimuts

La lutte contre la pollution et les contraintes de circulation imposées par les villes provoquent un véritable feu d’artifice d’innovations chez les constructeurs de véhicules pour la livraison du dernier kilomètre. Que ce soit sur route ou dans les airs…

Il fut un temps où les choses étaient simples… Pour livrer un colis ou une palette en centre-ville, il suffisait de prendre le chargement, de le mettre dans le camion ou l’utilitaire et de se rendre sur le point de livraison. Pas de contrainte, pas de restriction, vite fait bien fait. C’est désormais du passé. Avec le trafic allant croissant et les encombrements vint le temps des restrictions horaires. Plus de livraisons en centre-ville passé 10 heures du matin. C’était une première contrainte, assez simple à gérer. Sont arrivées ensuite les vraies contraintes, autrement dit les restrictions de circulation voire les zones interdites. Là, les choses devinrent plus compliquées, et ce n’était qu’un début. Paris en est un parfait exemple. À force de constats et d’études scientifiques alarmants, de maladies avérées et de maux chroniques, de temps perdu au volant et d’alertes en tous genres, la mairie a sorti l’artillerie lourde. Livraison du dernier kilomètre : des innovations tous azimuts 2 La volonté est clairement de bouter hors de ses murs les véhicules les plus polluants, tous les véhicules, essence comme diesel. Ces décisions échelonnées nous mènent vers la vraie grande échéance, celle de 2020. À cette date, la mairie de Paris va interdire l’accès à la ville à la totalité des véhicules diesel, qu’il s’agisse de bus, de camions, de véhicules utilitaires ou de voitures individuelles.
La fameuse livraison du dernier kilomètre, et la logistique que cela sous-entend, se transforme et s’adapte. À Paris certes, mais aussi dans toutes les grandes villes de France et d’Europe. Mais ce n’est pas le seul problème. Si les règles d’accès aux centres urbains évoluent, la façon de commercer aussi. Et pas qu’un peu ! L’e-commerce a connu une progression de 35 % en dix ans, ce qui pourrait bien se répéter d’ici à 2020. Corollaire de ce développement, les livraisons évoluent elles aussi et l’on se rend compte au bilan que la demande de transport de demain sera de plus en plus une demande de proximité et même urbaine, puisque près de 80 % de la population française vit en zone urbaine.

L’électrique avant tout

La logistique urbaine est la manière d’acheminer dans les meilleures conditions les flux de marchandises qui entrent, sortent et circulent dans la ville. Les véhicules industriels et utilitaires sont donc le maillon essentiel de cette chaîne. Les constructeurs de véhicules en tout genre ont compris et même anticipé les différents messages et proposent déjà une foultitude de solutions, adaptées aux actuelles et futures contraintes. Dans ce contexte, les véhicules électriques tiennent le haut du pavé. Avec de multiples innovations, de nouveaux modèles et des utilisateurs comblés, ces véhicules utilitaires électriques s’installent durablement dans le paysage automobile. Livraison du dernier kilomètre : des innovations tous azimuts 1 D’autant que l’offre devient de plus en plus riche et couvre tous les usages, allant des fourgonnettes aux fourgons et utilitaires de ville en passant par les petits camions et tous les véhicules carrossés. Il y a les vétérans, notamment portés par Renault. Le Kangoo ZE bien sûr, mais aussi le Twizy ou la Zoé. Il y a également Nissan, et son e-NV 200, décliné, comme les Renault, en de nombreuses versions. Ce qui est nouveau, c’est l’apparition des grands fourgons des principaux constructeurs. Le Renault Master (dont vous pouvez découvrir le premier essai par ailleurs, dans notre rubrique « Véhicules utilitaires ») vient d’arriver sur le marché avant les Mercedes Sprinter ou Volkswagen Crafter qui seront bientôt proposés à la vente et rejoindront sur le marché l’Iveco Daily électrique ou de l’Electron de Gruau. Il y a les utilitaires de ville, ces petits engins à deux, à trois ou à quatre roues, capables de passer partout. Les innovations et l’imagination sont au pouvoir. Ligier vient de passer un accord avec Coldway pour ses petits véhicules utilitaires électriques frigorifiques avec des groupes sans moteur ni compresseur, totalement silencieux et donc parfaitement adaptés aux livraisons urbaines. Goupil ou Piaggio sont d’autres acteurs de ce segment très spécifique. Il y a enfin les camions de petits tonnages, qui commencent à passer à l’électrique, à l’instar du Fuso e-Canter qui sera commercialisé en fin d’année en France.

Hydrogène, GNV…

Comme le transport de demain sera multimodal, l’électricité n’est pas seule. Il y a également l’hydrogène, le carburant qui continue à faire parler de lui, comme le démontre le Kangoo ZE frigorifique que viennent de lancer Lamberet et Symbio et qui entend se faire une place sur le marché du dernier kilomètre sous température dirigée. Livraison du dernier kilomètre : des innovations tous azimuts 4 Belle anticipation : en 2050, l’hydrogène pourrait alimenter 18 % du parc de véhicules et ainsi contribuer à réduire les émissions de CO2 de 55 millions de tonnes. Il y a enfin le GNV et le bio GNV, autrement dit le gaz naturel pour véhicules, et sa déclinaison bio issue de la méthanisation. Les Italiens y croient dur comme fer, et Fiat Professional et Iveco dominent ce segment de la tête et des épaules. De la Fiat Panda au Ducato en passant par le Fiorino et le Doblo, la gamme véhicules professionnels fonctionnant au gaz de Fiat est de loin la plus étoffée du marché. Iveco, autre marque du groupe, joue la complémentarité avec les utilitaires Iveco Daily et la gamme des poids lourds de la marque. Livraison du dernier kilomètre : des innovations tous azimuts 3 Pierre Lahutte, président d’Iveco, est totalement convaincu de la pertinence du gaz : « Le gaz est la solution la plus mature, la plus polyvalente et la plus abordable pour remplacer le diesel, que ce soit en ville ou sur autoroute. » L’Ademe voit là aussi un horizon plutôt lumineux pour le GNV. À l’horizon 2050, elle estime qu’un tiers des véhicules roulera au gaz. Les solutions ne manquent donc pas. En fait, chaque métier, chaque professionnel peut aujourd’hui trouver un véhicule propre adapté à ses besoins et à toutes les contraintes. Quasiment tout existe et est immédiatement accessible. Si l’on pousse un peu plus loin, à quelques années devant nous, l’innovation est déjà en route et les solutions de livraison de demain vont parfois très loin.

La voie des airs

Déjà mise en avant par Amazon notamment, la livraison par drones vient de trouver des applications concrètes dans le monde des utilitaires avec Mercedes. L’expérience, une première mondiale, a eu lieu récemment à Zürich, en Suisse, et a impliqué des drones et deux utilitaires Mercedes. Un total de 100 vols, et donc cinquante livraisons, ont été effectués sans incident au-dessus de la ville. Livraison du dernier kilomètre : des innovations tous azimuts 5 Le test mobilisait deux drones Matternet M2 et deux fourgons Mercedes Vito dotés de plates-formes d’atterrissage usant d’une technologie garantissant des atterrissages précis et sécurisés. Ils étaient stationnés dans quatre zones délimitées peu ou pas habitées, afin de limiter au minimum les nuisances sonores. L’expérience fut un plein succès. Cette solution, baptisée Van & Drones par Mercedes, sera étendue au cours de cette année à d’autres domaines d’application et testée avec des atterrissages sur des fourgons roulant. Le tout nouveau Mercedes Sprinter, et sa version électrique attendue pour la fin de l’année, sera lui aussi équipé d’une piste d’atterrissage sur le toit.
La livraison par drones, solution réaliste ou pas, l’avenir le dira. Mais gare à ne pas trop encombrer nos cieux urbains !

Richard Pizzol