La planète des fruits et légumes converge vers RungisLa planète des fruits et légumes converge vers Rungis

La planète des fruits et légumes converge vers Rungis

Bananes, mangues, avocats, ananas, litchis, mais aussi tomates, oignons, les fruits et légumes de tous les continents se retrouvent à Rungis. Ils viennent compléter et élargir l’offre française et européenne.

L’Union européenne n’a jamais importé autant de fruits et de légumes frais. En 2018, les importations des 28 pays de l’Union en provenance de pays tiers ont franchi le niveau record de 16,2 millions de tonnes, en hausse de 5 % par rapport à 2017 et de 15 % par rapport à la moyenne 2014-2017. Les fruits et légumes frais pèsent désormais 18 % de l’approvisionnement total de l’UE. Cela a représenté un chiffre d’affaires total de 16,8 milliards d’euros. Pour la France, les volumes importés se situent bon an, mal an autour des 2 millions de tonnes, soit 18 % des volumes de fruits et de légumes consommés (chiffre identique à la moyenne européenne). La banane est le premier fruit importé. Viennent ensuite les agrumes, les ananas, les avocats, etc. Les principaux légumes sont les oignons, haricots verts, tomates, etc. Évidemment, le Marché de Rungis joue un rôle de première importance dans ces échanges. De nombreuses entreprises de rang mondial sont présentes à Rungis. Le marché accueille aussi des entreprises d’importation de fruits et légumes de dimensions plus nationales. Au total, en 2018, on comptait 69 courtiers et entreprises d’import-export sur le marché. Le chiffre d’affaires de l’activité import est estimé à 450 millions d’euros. Beaucoup de grossistes en fruits et légumes revendiquent également une activité d’importation. Certaines sociétés sont présentes sur le Marché par une seule activité, comme la mûrisserie, complément indispensable à l’importation. Cette filière de l’importation nécessite de nombreuses compétences dans les domaines de la logistique, du contrôle qualité, de l’agréage. Elle nécessite aussi d’avoir recours à des transitaires en douanes, à des laboratoires d’analyses, etc. Peu de consommateurs imaginent le nombre de métiers, le nombre d’interventions humaines, la précision technique et technologique qui se trouve derrière un kilo de bananes, de mangues ou d’avocats. Tous ces métiers, toutes ses activités, se retrouvent à Rungis, soit en interne au sein des sociétés, soit externalisés, grâce à des prestataires. De nombreuses sociétés d’import peuvent également avoir une activité de production dans les pays tiers, ou développent des partenariats avec les producteurs. Les produits viennent de tous les continents. Ils arrivent en Europe par bateau ou par avion, avant de rejoindre Rungis. Avec, à chaque étape, un souci constant des importateurs : la qualité des fruits et des légumes. En effet, en tant que premiers metteurs en marché, ils sont responsables de la qualité sanitaire des produits. C’est pour cela qu’ils ont mis en place, avec leurs collègues grossistes et exportateurs, la convention Fel’Partenariat. Cette convention permet notamment, grâce à des procédures validées par la DGCCRF, de vérifier et de garantir la conformité des fruits et des légumes aux normes sanitaires. La quatrième convention Fel’Partenariat a été signée entre les fédérations partenaires
et la DGCCRF, représentée par Virginie Beaumenier, directrice générale, le 11 décembre 2018, à Rungis (cf. Rungis Actualités n° 746 de décembre-janvier). La plupart des importateurs installés à Rungis sont engagés dans cette démarche de progrès.
Olivier Masbou

CSIF, une fédération nationale basée à Rungis

La planète des fruits et légumes converge vers Rungis 2

La plupart des importateurs de fruits et de légumes frais sont membres de la Chambre syndicale des importateurs de fruits (CSIF), dont le siège est à Rungis. La CSIF est la lointaine descendante du Syndicat général d’importation et de répartition des fruits et légumes créé en 1952 aux Halles de Paris dont la mission principale était de faciliter la distribution en France des marchandises d’importation qui provenaient alors essentiellement d’Algérie, du Maroc et de Tunisie. Aujourd’hui, la CSIF réunit les importateurs de fruits et légumes et de bananes, les transitaires, les logisticiens. Elle accompagne les entreprises par ses services d’information et de conseil sur les aspects techniques, réglementaires et économiques.

3 QUESTIONS À…

Philippe Pons, président de la CSIF

La planète des fruits et légumes converge vers Rungis 1

Quelle est l’évolution du commerce mondial des fruits et légumes ? Quelles sont les conséquences de ces évolutions sur le marché français ?

«La nature même du commerce international est de faire face à de multiples risques, tout d’abord le risque financier lié aux producteurs étrangers, la logistique et la réglementation spécifique relative à la conformité des produits. Ces enjeux vont croissant, alors que nous avons de moins en moins de visibilité sur l’évolution de notre environnement économique. Il faut donc avoir les reins solides et savoir être en phase avec la demande des consommateurs, comme cela a été le cas ces dernières années avec deux produits phares, l’ananas et la mangue.»

La tendance de l’achat local se développe de plus en plus. Quelle place reste-t-il pour les fruits et légumes frais venus d’ailleurs ?

«Il convient de rappeler que 35 % des fruits et légumes frais consommés en France métropolitaine ne peuvent pas y être produits. Nous proposons une offre de complément, comme la gamme des produits exotiques ou de contre-saison. Notre objectif est de valoriser les produits, non de les faire venir de loin pour des opérations coût/volume. Il n’y a donc pas d’opposition par rapport à l’origine France. Tout ce qui est fait pour développer la filière fruits et légumes va dans le bon sens. Toutefois, nous sommes vigilants face aux communications qui auraient pour effet de dénigrer nos produits et nos origines et devons régulièrement rétablir quelques vérités sur notre secteur. De plus, les flux commerciaux sont aujourd’hui intimement liés. Des organisations de producteurs français ont ainsi développé une offre de contre-saison pour proposer leur gamme toute l’année et exportent également leurs produits. Chacun doit préserver sa politique commerciale, dans le respect de la liberté du commerce.»

Quels sont les chantiers prioritaires de la CSIF ?

«Les importateurs ont été pionniers en matière de sécurité alimentaire en France et nous entendons le rester. Avec les grossistes et expéditeurs français, nous développons aujourd’hui la démarche d’autocontrôle Fel’Partenariat et travaillons pour en améliorer la reconnaissance par nos clients. La CSIF est également partenaire de travaux de recherche sur le développement durable, sur le volet environnemental, mais aussi social et économique : là aussi, il s’agit d’anticiper des évolutions réglementaires et de valoriser les initiatives de nos adhérents. Enfin, outre le service au quotidien aux entreprises, qui est notre mission de base, nous voulons faire mieux connaître et reconnaître notre métier au sein de la filière des fruits et légumes frais.»