La tribune de Stéphane Layani, président du marché de Rungis

Le marché se réinvente régulièrement. C’était le cas il y a cinquante ans lors du déménagement des halles, où nous avions inventé un nouveau modèle. Ce fut le cas aussi dans les années 1990 lorsque Rungis a évolué pour se positionner sur un créneau premium. Aujourd’hui, nous poursuivons cette remise en question avec l’amendement Macron et le plan Rungis 2025. Nous avons déjà fait du chemin sur cette feuille de route, avec 90 000 m supplémentaires en particulier et une augmentation de la capacité foncière de 132 000 m, mais il en reste à parcourir, avec notamment le pavillon du porc qui sera livré cette année et inauguré l’année prochaine. Il faut aussi continuer à développer la marketplace qui fonctionne déjà et qui se dessine comme une innovation importante. Nous ne pouvons tourner le dos à l’évolution digitale de la société. Comment nous jugerions-nous si nous restions inactifs face à ces défis ?

La tribune de Stéphane Layani, président du marché de Rungis

Notre marché est solide. Nous connaissons des taux de croissance exceptionnels. Nous évoluons actuellement dans une phase de modernisation du contenant, à travers le nouveau pavillon du porc par exemple, et du contenu, en amenant aux acheteurs une offre concrète en matière d’approvisionnement bio ou local. Ces évolutions sont nécessaires en raison de l’incursion du digital dans nos manières de travailler et d’un agrandissement de l’échelle de nos échanges à l’international. Nous sommes également beaucoup plus présents dans le dialogue entre les consommateurs et les producteurs. La communication ne doit pas être négligée. Il y a quelques années, personne ne parlait de Rungis. J’ai contribué en tant que président à amener de la lumière sur ce lieu.
Aujourd’hui, il faut prendre en compte les nouvelles technologies pour se développer. Nous sommes aussi davantage à l’écoute du consommateur en essayant d’apporter des produits correspondant à la réalité de ses besoins. C’est la raison pour laquelle Rungis se dessine aujourd’hui comme un véritable carnet de tendances de l’agroalimentaire français. C’est aussi un village global avec un marché physique conséquent, capable d’adaptabilité et de sourcer les produits. Il ne faut pas négliger le marché logistique qui nous permet de nous adapter aux enjeux du xxie siècle, et notamment la logistique du dernier kilomètre. Nous allons continuer à aménager le territoire, avec peut-être des flagships dans la ville où les opérateurs de Rungis pourront bénéficier de points de vente en centre-ville.

Ces évolutions permanentes n’ont qu’un objectif : garantir le bonheur dans nos assiettes, ce qui est le leitmotiv de ce 50e anniversaire. Ce marché dynamique n’existerait pas sans la Semmaris. Elle joue un rôle important, souvent peu considéré. Elle a construit Rungis. Elle le maintient en état, en assure la modernisation, le marketing, et le fait fonctionner. Rungis ne peut exister sans ses opérateurs, mais il a aussi besoin d’un cadre accueillant, bienveillant et pérenne.

Rungis, ce n’est pas une addition, mais un tissu d’entreprises indépendantes. Cette cohésion générale nous permettra d’aborder dans les meilleures conditions les prochains enjeux. Et ils sont nombreux. Dans un monde globalisé, nous assisterons à une course aux produits. Contrairement à ce que l’on pense, nous risquons davantage d’être confrontés à des pénuries qu’à des excédents. Nous évoluons dans un marché particulier du business to business qui recouvre une dimension de business to consumer. Nous devons nous intéresser à ce consommateur qui change de mode de vie, cherche des solutions prêtes à manger. Les circuits de distribution sont en train de se transformer et le commerce de proximité va aussi se remettre en question.

Pour maintenir notre marché dans les cinquante prochaines années et continuer d’amener de la valeur ajoutée, il faudra s’adapter aux évolutions du monde moderne. Si l’on veut consolider les marchés demain, il faudra se concerter avec les professionnels pour définir les futures orientations stratégiques. C’est pourquoi 2019 sera l’année de la concertation et du dialogue.