La « foodtech » française s’organiseLa « foodtech » française s’organise

La « foodtech » française s’organise

Les entreprises innovantes du secteur alimentaire sont de plus en plus nombreuses et lèvent des sommes de plus en plus élevées. Mais la concurrence est rude au niveau international. Petit tour d’horizon des domaines les plus prometteurs.

L’émergence des start-up de l’agroalimentaire en France avait fait jusqu’ici l’objet de peu d’analyse systématique. C’est désormais chose faite grâce au DigitalFoodLab, un cabinet d’experts créé par les fondateurs de la start-up Wecook. Le 7 décembre dernier, ceux-ci ont présenté à Paris la première étude sur la « foodtech » française, réalisée avec le soutien de l’agence de communication Sopexa, spécialisée dans l’alimentaire, et de Vitagora, le pôle de compétitivité agroalimentaire des régions Bourgogne-Franche- Comté et Île-de-France.
Pour les différents partenaires de ce panorama, la foodtech constitue un enjeu stratégique pour la France.

Matthieu Vincent - Cofondateur de DigitalFoodLab

C’est un domaine où les start-up françaises devraient être leaders. Tous les ingrédients sont réunis : géants de l’agroalimentaire, produits de qualité, savoir-faire culinaire reconnu, investisseurs et entrepreneurs.

Jean-René Buisson, le P-DG de Sopexa et ancien président de l’Ania, estime de son côté que l’innovation « est aujourd’hui et plus que jamais au cœur de la problématique alimentaire. Comment mieux manger ? Moins gaspiller ? Mieux produire ? Comment satisfaire un consommateur toujours plus exigeant ? C’est à ces questions que doit répondre la foodtech en créant de nouveaux modèles », selon lui.

472

start-up FoodTech en France

+583%

du nombre de levées de fonds depuis 2013

500000€

d'investissement médian pour la FoodTech

L’étude de DigitalFoodLab, menée de 2013 à la fin du premier semestre de 2017, fait ressortir l’explosion récente du nombre de start-up dans le domaine de l’innovation alimentaire, depuis la production agroalimentaire jusqu’aux services aux consommateurs. En milieu d’année, les auteurs de l’étude en ont comptabilisé 472, dont 400 ont été créées depuis 2013. Les investissements dans les start-up de la foodtech se sont également envolés. Le nombre d’opérations annuelles de levées de fonds est passé de 12 à 82, et les volumes investis de 22 millions à 139 millions d’euros avec un investissement médian de 500 000 euros, soit 317 millions d’euros depuis 2013. « Le nombre de levées de plus d’un million d’euros est passé de 4 en 2013 à 26 en 2016, une tendance qui se confirme avec plus de 17 levées de plus d’un million rien qu’au premier semestre de 2017 », relèvent les auteurs.

La France en retard ?

La foodtech française est-elle pour autant à la pointe de l’innovation en France et à l’international ? Loin de là, relèvent pour le déplorer les experts de DigitalFoodLab. Les montants levés dans la foodtech française représenteraient seulement 11 % du total des investissements de la « Frenchtech » mesurés par l’étude SNCF « développement sur les levées de fonds en France », pas franchement à la hauteur du premier secteur industriel français. De la même manière, la France ne pèse que 1,13 % des investissements de la foodtech mondiale sur la période 2014-2016, selon Datamonitor, alors qu’elle pointe au 6e rang des exportateurs mondiaux de produits agricoles et agroalimentaires. À titre de comparaison, la start-up allemande de livraison de repas Delivery Hero (Foodora) a levé à elle seule 421 millions de dollars en 2017, l’équivalent de ce qui a été investi en France en foodtech en quatre ans !

Des raisons d’être optimiste

Les auteurs de l’étude relèvent cependant quelques raisons d’être optimistes pour l’avenir. Ils notent une envolée des investissements pour des start-up à leur tout début « qui témoigne de confiance dans l’avenir », mais aussi des levées de fonds de plus en plus élevées. « On peut donc s’attendre en 2018 à de très importantes levées de fonds dans la foodtech permettant à certaines entreprises de s’internationaliser ». Les secteurs les plus porteurs, selon eux, sont, à court terme, « la livraison de plus en plus personnalisée », « de plus en plus de produits innovants et locaux » et « le développement de la data pour les restaurateurs et les industriels ». À moyen terme, les experts tablent sur le développement de la « blockchain », un registre de transactions décentralisé et public, de « la nutrition personnalisée », des « aliments du futur » et, à un horizon plus lointain, sur « le rapprochement de la production et du consommateur », sur « plus de transparence le long de la supply chain » et enfin sur « la personnalisation des produits alimentaires pour tous ».

Bruno Carlhian

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Les start-up de Rungis&Co invitées à s’exprimer

Précurseur en matière d’écosystème de la foodtech, la pépinière Rungis&Co déploie ses services en faveur de la vingtaine de jeunes pousses qui y sont implantées. Les start-up de Rungis&Co, qui ont eu la visite le 22 novembre de la commission des affaires économiques de l’Assemblée nationale, sont invitées à médiatiser leurs projets auprès de la presse. CP Conseil, une agence de relations presse spécialisée dans l’accompagnement médiatique des TPE-PME depuis vingt ans, participera le 18 janvier prochain à un atelier destiné à former les jeunes entreprises à développer leur visibilité médiatique.

 

Pour en savoir plus sur l’incubateur-pépinière de Rungis : Découvrir Rungis&Co

 

 

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Les secteurs les plus porteurs : commerce et livraison, restauration et « agriculture du futur »

Trois domaines, sur les six secteurs recensés par DigitalFoodLab, concentrent l’essentiel des moyens dégagés par la foodtech française. Il s’agit, par ordre décroissant d’investissements depuis 2013, du commerce et de la livraison (127 M€), de l’agriculture du futur (68 M€) et de la restauration ou foodservice (45 M€). La nutrition du futur (foodscience) arrive ensuite, devant les médias et le coaching. Le secteur du commerce et de la livraison (40 % des investissements) « concentre des levées de fonds parmi les plus conséquentes », relève l’étude. On retrouve dans cette catégorie les kits de repas (Foodette, La Grande Dinette), la livraison de proximité (Epicery, C’est frais), le snacking avec les box individuelles ou collectives (Koupé, Gula), les box découverte (La Thé Box, Le Petit Ballon), la livraison de restaurants (Deliveroo, Foodora), la livraison de plats élaborés dans les cuisines des start-up (Frichti, Nestor), les outils d’accompagnement de la supply chain (Alkemics, Connecting Food), les outils recréant le lien entre les marques et le consommateur (Vazee, Shopmium) et les marketplaces (Peligourmet, La Ruche qui dit oui). L’exemple emblématique de cette catégorie est Frichti, « le traiteur de tous les jours », qui a levé 43 M€, dont 30 M€ en 2017. Le domaine du foodservice arrive ensuite, avec 27 % des levées et des montants. Cette catégorie regroupe les start-up qui entendent réinventer la restauration : plates-formes de réservation (BIM, Too Good To Go), services pour faciliter et améliorer la gestion du restaurant (Zenchef, Tiller, FoodMeUp, Wynd), « locations » de chef (La Belle Assiette, Monbanquet), nouveaux restaurants (Vizeat, Avekapeti), plates-formes d’extras (Brigad, Extracadabra). Dans ce domaine, la start-up Wynd, solution pour gérer les commandes des restaurants, a levé 38,8 M€. Derrière l’agriculture du futur, la nutrition du futur (foodscience) a émergé récemment. Il s’agit de start-up positionnées sur des produits de rupture, comme les insectes ou les algues (Jimini’s, Algama par exemple), de produits innovants et boissons innovantes (Matahi, Yumi), de substituts de repas ou inventant l’électroménager de demain (10-vins, Kuantom).