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Le commerce de gros engagé dans la RSE

Depuis la loi Pacte (loi relative à la croissance et à la transformation des entreprises), entrée en application en 2019, la responsabilité sociétale et environnementale (RSE) a été renforcée.

Depuis la loi Pacte (loi relative à la croissance et à la transformation des entreprises), entrée en application en 2019, la responsabilité sociétale et environnementale (RSE) a été renforcée. Le commerce de gros alimentaire est pleinement, et depuis longtemps, engagé dans cette démarche.

Dossier réalisé par Bruno Carlhian et Olivier Masbou

Le nouveau texte modifie la définition juridique de l’entreprise pour lui permettre d’intégrer la prise en compte des enjeux sociaux et environnementaux de son activité. La loi permet aussi, aux entreprises qui le souhaitent, « de prolonger leur démarche RSE » avec notamment les objectifs de développement durable (ODD). Pour ce faire, la loi Pacte introduit un nouveau modèle d’entreprise : la société à mission. « Pour prétendre à cette qualité, l’entreprise doit associer sa raison d’être à un ou plusieurs objectifs environnementaux et sociétaux qu’elle se donne pour mission de poursuivre dans le cadre de son activité », précise le texte. Ainsi, les entreprises sont encouragées dans le développement de la prise en compte, dans leurs stratégies, des enjeux sociaux et environnementaux.

Le commerce de gros en général et le commerce de gros alimentaire en particulier sont engagés depuis longtemps dans ces démarches. Même si cela ne se sait pas toujours. En effet, les entreprises de ce secteur sont à 95 % des TPE-PME et, la plupart du temps, ne disposent pas d’un département RSE rappelle la Confédération française du commerce de gros et international (CGI). « Seule la volonté́ du chef d’entreprise et l’adhésion de ses équipes permettent la mise en place d’actions concrètes », écrit Philippe Barbier*, président de la CGI. Le commerce de gros peut ainsi agir sur plusieurs leviers : la lutte contre le gaspillage alimentaire, l’efficacité énergétique du transport routier, l’emploi des jeunes et l’insertion des handicapés…

Sur ce dernier point, les exemples sont nombreux. Présent à Rungis, « le groupe Pomona affiche par exemple un taux d’emploi direct de 5,83 % en ETP (proche de l’obligation légale de 6 %), très largement au-dessus de la moyenne nationale de 3,4 % »*. Autre acteur important de Rungis, la SIIM a signé un partenariat avec les Épiceries solidaires. Elle accueille des stagiaires passés par le chantier d’insertion, plus de 20 en sept ans. Le nouveau bâtiment de la SIIM a également été conçu en intégrant les préoccupations environnementales (recyclage de matériaux, performance énergétique…) ou sociales (bien-être au travail) (lire aussi le reportage sur ce sujet dans Rungis actualités n° 766, octobre 2020).

Pour certains opérateurs, la mise en place d’une démarche RSE passe aussi par la production. La Compagnie fruitière a développé une politique RSE « dynamique et volontaire », fondée sur quatre piliers : la santé, le logement, l’éducation et la limitation de son empreinte environnementale. Les entreprises sont encouragées et soutenues dans ces démarches par leurs organisations professionnelles. Ainsi, l’Association interprofessionnelle de la banane (AIB) a décidé, pour la première fois, de communiquer sur la RSE chez ses adhérents. L’AIB insiste notamment sur les nouveaux modes de production agro-écologiques utilisés dans les zones de production. « De nombreuses innovations ont vu le jour, visant à limiter au maximum le recours aux produits phytosanitaires, dans un objectif constant de préservation de l’environnement », écrit l’AIB. C’est le cas par exemple, du Plan Banane durable aux Antilles, du projet Banane agro-écologique pour l’Afrique (B2A) dans plusieurs pays africains, ou du programme du label « SCS – Agriculture durable » au Costa Rica et au Guatemala. Sur le plan social, les membres de l’AIB travaillent dans le cadre de certifications en production (GLOBALG.A.P., Fairtrade, Rainforest, SCS Sustainably Grown, entre autres) qui garantissent à la fois de bonnes pratiques agricoles, une gestion efficace des ressources et le respect de normes sociales. Quant à l’empreinte carbone liée au transport, 99 % des bananes rejoignent l’Europe en bateau.

 

Rungis a mené son premier bilan carbone

Plus généralement, les questions de fret jouent un rôle majeur dans les démarches RSE. Dans le cadre de sa nouvelle stratégie RSE, le Marché de Rungis s’est fixé l’ambition de diminuer ses émissions de gaz à effet de serre de 30 % à l’horizon 2030. Les résultats du premier « bilan carbone » du Marché montrent qu’en dehors de la production agricole, l’enjeu porte essentiellement, pour le Marché et ses entreprises, sur le fret. Si la production agricole constitue en effet, et de loin, le premier poste d’émissions du bilan carbone du Marché de Rungis (87 %), l’activité de fret arrive en deuxième position avec 9 % des émissions. Cette part monte à 11 % si on y ajoute l’activité des groupes froids. Dans le détail, il apparaît que le fret « amont » (des lieux de production vers le Marché de Rungis) correspond à 70 % des émissions de GES liées au fret, contre 30 % pour le fret aval (du Marché de Rungis vers ses clients). Il est à noter que le transport aérien, pourtant peu utilisé dans les échanges en amont comme en aval, génère à lui seul 26 % des émissions du fret. En troisième poste, le froid semble être un enjeu pour l’avenir, même si les émissions qui y sont liées représentent 2 % seulement des émissions, et 1 % seulement pour les groupes froids de Rungis, le reste étant porté par les groupes froids roulants. Ce bilan a permis d’identifier quelques leviers d’action pour les opérateurs du Marché : la diminution de la part modale de la voiture et l’électrification des flottes ; la maîtrise des consommations et des fuites des groupes froids avec des actions d’efficacité énergétique ; la limitation du recours à l’aérien ; le raccourcissement des chaînes logistiques ou encore la gestion et la revalorisation des déchets par des projets moins émetteurs en gaz à effet de serre. De son côté, le Marché lui-même dispose d’importants leviers d’action, dont certains ont été enclenchés, parfois de longue date. Concernant le fret, il s’agit du développement du projet ferroviaire, du déploiement d’infrastructures de recharge (électrique, biognv et hydrogène vert) ou encore de l’installation de sociétés spécialisées en logistiques urbaines bas carbone… Mais l’autorité du Marché dispose également de moyens d’action sur d’autres terrains. En matière d’énergie, le Marché a engagé les chantiers de rénovation des bâtiments du MIN et l’installation d’énergie renouvelable photovoltaïque sur les toitures des bâtiments pour atteindre rapidement 17 000 m² de toiture… Pour les déchets, un plan de réduction est envisagé via des mesures incitatives auprès des entreprises, et la revalorisation via la méthanisation. Enfin, les entreprises seront sensibilisées dans les mois qui viennent sur les enjeux « carbone » de la production agricole à travers un CO2 Score et la labellisation des entreprises les plus vertueuses.

 

Les initiatives se multiplient du côté des entreprises

Le commerce de gros engagé dans la RSEAutre point fort des démarches RSE pour les entreprises du commerce de gros alimentaire, la lutte contre le gaspillage alimentaire. « L’ensemble de la profession est mobilisé de longue date sur la problématique du gaspillage alimentaire qui est, tout à la fois, un enjeu d’efficacité économique et de responsabilité sociétale, rappelait Philippe Barbier, à l’occasion de la Journée mondiale de l’alimentation. Premiers partenaires de la restauration hors domicile (RHD), présents partout en France, les grossistes exercent également un métier de service, qui les conduits naturellement à conseiller les clients afin de prévenir et de lutter contre le gaspillage alimentaire. La réglementation, mais plus amplement l’intérêt croissant des consommateurs pour le “ manger responsable ”, a amené la profession à développer de nombreuses solutions et à sensibiliser les clients à cet enjeu. » Les exemples sont multiples : Transgourmet, signataire du Pacte national de lutte contre le gaspillage alimentaire, a développé l’outil antigaspillage e-Quilibre, une solution internet dédiée à la composition de menus équilibrés et destinée à la restauration collective et qui permet de commander des portions adaptées aux effectifs et au budget, afin de limiter les restes. Les Établissements Patouillet, spécialisés dans la distribution automatique ont développé une filière de valorisation spécifique pour le marc de café. Il est transformé en compost, combustible, écocarburant ou encore employé pour la culture de champignons. Il y a aussi les dons de produits pratiqués par la plupart des entreprises par le biais d’associations comme les Banques alimentaires ou Solaal.

On pourrait multiplier les initiatives, évoquer la diminution des déchets (très importante sur les marchés de gros notamment), le recours aux énergies renouvelables (comme l’installation de panneaux photovoltaïques), etc. Les chantiers RSE dans le commerce de gros alimentaire ne manquent pas. Chantiers auxquels il faudra en ajouter un, essentiel : être en mesure de valoriser l’ensemble de ces démarches.

 

* News n° 35, octobre 2018.

 

Au Forum de Giverny, cinq propositions pour « produire et distribuer durablement »

Le commerce de gros engagé dans la RSE 2Le Marché de Rungis était cette année partenaire du Forum de Giverny, premier rendez-vous annuel de la RSE, qui s’est déroulé le 3 septembre dernier. Lors de cette journée rassemblant des acteurs de haut niveau du monde économique engagés pour l’accélération de la transformation écologique et sociale en France et en Europe, le président du Marché de Rungis a contribué aux travaux du groupe de travail « Produire et se nourrir durablement » coprésidé par Anne-Marie Idrac (France Logistique) et Jean-François Loiseau (Intercéréales) qui proposeront des mesures concrètes lors de l’événement. « À l’heure où l’agriculture, l’alimentation et la logistique doivent relever de nombreux défis environnementaux et sociétaux, c’est l’association étroite et le travail collectif de ces filières structurelles qui détermineront l’avenir de notre système alimentaire, a notamment estimé Stéphane Layani. La chaîne agricole et alimentaire française est une chance pour la France : c’est un bien commun à préserver et valoriser. »

Les propositions du groupe de travail, intégrées aux 30 exprimées par le Forum « pour une RSE systémique » appellent à « valoriser et mieux rémunérer les agriculteurs et leurs filières, acteurs incontournables de l’atténuation du changement climatique » ; « accélérer la transition écologique des secteurs du transport de marchandises, et de la logistique » ; « instituer un cadre objectif,
basé sur la science et reconnu en matière de mesure d’impact du secteur agricole et alimentaire pour évaluer et valoriser les transitions en cours » ; « améliorer l’attractivité des filières agricoles, alimentaires et logistiques, pour assurer le renouvellement des générations, des savoirs et savoir-faire » et enfin « s’appuyer sur les nouvelles technologies (blockchain, intelligence artificielle, etc.) au service de l’information des parties prenantes et de l’optimisation opérationnelle des filières ».

 

Un référentiel RSE Rungis à l’étude

Le Marché de Rungis a entamé une réflexion sur la création d’un « référentiel RSE Rungis » pour les entreprises du MIN et d’une charte d’engagement pour les nouveaux opérateurs en vue de les accompagner vers une prise en compte plus importante de la RSE. Ce référentiel serait composé de critères de durabilité qui pourraient être vérifiés et suivis de manière simple et pratique par un organisme indépendant dans le cadre de l’audit de suivi de la performance des opérateurs inscrits à cette démarche RSE Rungis. Ces critères pourraient porter sur l’émission de GES, la gestion des ressources, la biodiversité, le bien-être animal, la rémunération des acteurs de la filière, etc. Toutes les enquêtes récentes, notamment depuis l’apparition de la pandémie de la Covid-19, montrent que les consommateurs finaux des produits de Rungis manifestent un intérêt croissant pour des produits alimentaires plus durables. Les initiatives de notation sociétale des produits se sont ainsi multipliées ces dernières années, comme la création de l’Eco-score®, proposé conjointement par plusieurs acteurs du numérique qui vise à encourager des pratiques agricoles plus vertueuses et une alimentation qui préserve l’environnement. Ce mouvement a accéléré l’engagement des entreprises du b to b dans des démarches de labellisation ou de mise en conformité avec des référentiels RSE, comme l’ISO 26 000, Engagé RSE, B Corp, etc. En outre, des filières se sont engagées dans la certification des pratiques métier, comme la Ferme laitière bas-carbone, Global Gap ou encore la nouvelle sélection « Gastronomie durable » du Guide Michelin 2020.