Nouvelles fraîches du transportNouvelles fraîches du transport

Nouvelles fraîches du transport

Du litchi à Sète, l’avenir du rail à Rungis, des nouvelles des compagnies maritimes… Tour d’horizon de l’actualité du transport des fruits et légumes et d’autres produits frais.

Sète : le retour des fruits exotiques

C’est un spectacle inédit qui a lieu 17 décembre 2017 : 8 000 tonnes de litchis en provenance de Madagascar sont déchargées sur le port de Sète. Pour comprendre l’origine de cet événement, il faut remonter quelques années en arrière. Au tournant des années 2010, un grand groupe international décide la construction d’un terminal fruitier sur le port de Sète, pour assurer la réception de marchandises en provenance de l’autre rive de la Méditerranée. L’investissement à l’époque dépasse 20 millions d’euros pour un bâtiment de dernier cri : c’est un entrepôt de 23 000 m2, sous température dirigée (+ 1 °C à – 25 °C), pour une capacité annuelle de 500 000 tonnes de fruits et légumes et autres denrées périssables. Mais les aléas de la vie économique sont venus contrecarrer le projet, et le terminal fruitier n’a servi que quelques semaines avant l’arrêt des opérations. Il faudra attendre 2016 pour que le port de Sète lance un processus d’appel d’offres pour exploiter et développer le terminal frigorifique et ainsi assurer le développement des trafics de fruits et légumes. C’est la société dunkerquoise Conhexa (Frigo A 25, Hexatrans, Dunfresh, Dunfrost) qui a remporté cet appel d’offres dans le courant de l’été 2017. Une fois l’entrepôt remis en service, l’aventure pouvait reprendre… ce qui s’est produit avec l’arrivée, en décembre dernier, sur les quais sétois du premier navire Reefer de la compagnie néerlandaise Seatrade en provenance directe de Madagascar après quatorze jours de navigation. Nouvelles fraîches du transport 1 Le Baltic Klipper a déchargé plus de 8 000 tonnes de litchis à destination des marchés européens. Cette opération signait le retour des fruits exotiques à Sète. Un retour attendu, car, malgré la mise en sommeil du terminal, les investissements ont continué. Un portique conteneurs Eurocrane et une grue mobile Liebher, tous deux financés par l’Établissement public régional Port Sud de France, ont été livrés respectivement en 2012 et en 2013. L’ensemble de ces installations a permis le déchargement des litchis avec succès. « Pour redémarrer l’activité, il ne pouvait pas y avoir plus exigeant comme marchandise, souligne Luc Van Holzaet, dirigeant de Conhexa. Cela démontre aux clients qu’à Sète nous pouvons travailler tout type de produits périssables avec efficacité et fiabilité. » Décharger le litchi de Madagascar à Sète plutôt que dans les ports du nord (Zeebrugge, Anvers) fait gagner quatre jours de navigation. « L’ambition de la société Conhexa est de devenir le point d’entrée de référence pour la logistique des produits alimentaires (fruits et légumes, produits surgelés, produits secs…) dans le sud de la France, et ainsi proposer une complémentarité méditerranéenne à ce qui existe déjà dans le nord de l’Europe », conclut Luc Van Holzaet.

Rungis : renforcer le rail

Le rail et Rungis, c’est une longue histoire. « À l’époque, quand la conception du marché a eu lieu, le ferroviaire occupait un rôle prépondérant dans la logistique des produits alimentaires, et notamment des fruits, des légumes et des fleurs. D’où la création à l’intérieur du marché d’une gare ferroviaire », rappelle Guy Chemla, professeur et directeur de l’UFR Géographie et aménagement à l’université Paris Sorbonne**. Aujourd’hui, 200 000 tonnes de fruits et légumes arrivent annuellement à Rungis, soit 10 % de l’apport total en fruits et légumes. Plus de 100 entreprises de Rungis ont l’habitude d’utiliser ce service et récupèrent la moitié de ce volume. L’autre moitié est à destination de sociétés extérieures à Rungis, comme les centrales d’achat de la grande distribution de la région parisienne. C’est partant de ce constat que la gare de Rungis avait un rôle au-delà de l’approvisionnement même du marché que la réflexion s’est engagée autour du développement de ce service. Il s’agit d’accroître les capacités de la gare et de développer le transport alternatif. Plusieurs types de transports pourront cohabiter : le conventionnel (trains frigorifiques), le combiné et l’autoroute ferroviaire. Nouvelles fraîches du transport 3 « Nous sommes au stade de la réflexion, de la discussion », reconnaît-on du côté de la Semmaris. La société envisage de lancer très prochainement une consultation afin de pouvoir démarrer le développement du projet en 2020.
Marseille : un nouveau porte-conteneurs

La Compagnie fruitière à Marseille, au travers de sa filiale et compagnie maritime Africa Express Line UK (AEL), a mis en service depuis septembre 2017 un nouveau navire porte-conteneurs, affrété pour une période de douze mois renouvelables. Ce neuvième navire couvre le nord de l’Europe depuis l’Afrique, avec la desserte de Portsmouth et Anvers. De plus grande capacité et doté d’un moteur plus moderne que les autres navires de la catégorie conventionnel reefer – Lady et C Star – de la flotte d’AEL, il permet d’optimiser la consommation de fuel avec un volume de fruits plus important par voyage, des rotations toujours régulières, mais permettant des économies de carburant en réduisant la vitesse lors de son voyage de retour vers l’Afrique

Dunkerque : un service direct depuis l’Amérique centrale

Streamlines, spécialiste du transport des produits sous température dirigée, annonce un nouveau service hebdomadaire, Blue Stream, en provenance d’Amérique centrale et des États-Unis (côte Est) et à destination des Antilles. Les navires ont une capacité de 1 200 EVP* et sont équipés de 380 prises frigorifiques. La première escale a eu lieu au terminal des Flandres (port de Dunkerque) le 11 janvier dernier. La rotation est la suivante : Willemstad (Curaçao)-Oranjestad (Aruba)-Puerto Limon (Costa Rica)- Puerto Barrios (Guatemala)-Puerto Cortes (Honduras)-Port Canaveral (Floride) -Wilmington (Caroline du Nord)-Tilbury- Rotterdam-Dunkerque-Radicatel – Fort-de-France – Pointe-à-Pitre. Les filières visées à l’import seront les produits sous température dirigée en provenance du Costa Rica, du Honduras et du Guatemala, ainsi que les produits halieutiques du Guatemala. Ce service desservira également les Antilles françaises. Notons par ailleurs que le Grand Port Maritime de Dunkerque a engagé en février 2017, les travaux d’extension du quai de Flandre qui centralise l’essentiel de l’activité conteneurs. Une activité qui connaît une croissance forte et continue. Elle est passée de 200 000 conteneurs EVP en 2010 à 375 000 EVP en 2017.

CMA-CGM%20lance%20Reeflex%2C%20une%20solution%20pour%20le%20transport%20de%20liquides%20par%20conteneurs

CMA-CGM lance Reeflex, une solution pour le transport de liquides par conteneurs

À l’occasion du salon Fruit Logistica, qui s’est tenu à Berlin du 7 au 9 février, CMA CGM, deuxième plus grand transporteur Reefer au monde, a présenté Reeflex, un système qui « optimise sensiblement le transport des liquides grâce à un design et une technologie novateurs garantissant des conditions d’hygiène et de sécurité sanitaire optimales », précise l’armateur. Reeflex permet de transporter des marchandises liquides (jus de fruits, lait, compotes, sirop ou tout type d’huile) dans une seule poche d’une capacité de 12 000 à 24 000 litres. Il est disponible pour des conteneurs Reefer de 40 pieds. CMA CGM poursuit ainsi sa stratégie de développement de technologies haut de gamme. En 2016, la compagnie avait lancé Aquaviva, une solution qui permet le transport des homards vivants.

Les ports de la Méditerranée s’unissent

Près de 30 ports représentant toutes les rives de la Méditerranée se sont réunis les 7 et 8 février pour créer l’association Medports. Le but de cette réunion des associations portuaires et de renforcer la visibilité internationale du bassin méditerranéen. Parmi les premiers travaux au programme de cette association : le rôle de la Méditerranée et de ses ports comme interface entre l’Europe et l’ensemble du continent africain, les opportunités de développement des routes maritimes autour de la nouvelle dynamique chinoise des routes de la soie, et les solutions innovantes de supply chain durable en matière de transport maritime et terrestre massifié. Les représentants des ports ont fait part de leur détermination à mettre en place de nouveaux couloirs logistiques et à susciter de nouvelles routes maritimes au cœur du bassin méditerranéen. « L’affirmation et le développement des ports de la Méditerranée situés au sud de l’Europe, au nord de l’Afrique, sur un espace de passage obligé des flux asiatiques sont incontournables pour construire un réseau euroméditerranéen de transports durable », conclut le communiqué de l’association.

Canada : une ligne vers La Méditerranée

Maersk Line a annoncé le 23 mai le renforcement de son service transatlantique entre l’Europe du Sud et le Canada. Un service hebdomadaire exclusif et entièrement géré par Maersk Line est mis en place et assuré par cinq navires. Il reliera Salerne et La Spezia (Italie), Fos-sur-Mer (France), Algésiras (Espagne), Montréal et Halifax (Canada) et Valence (Espagne). Les services de transbordement dont dispose l’armateur à Algésiras et à Valence permettront également d’ouvrir cette ligne aux produits en provenance ou à destination du Moyen-Orient, de l’Afrique et de l’Asie. La mise en service du Med-Montréal Express, aura lieu le 2 juillet au départ de Salerne et arrivera à Montréal le 19 juillet.

Olivier Masbou

 

Et aussi…

• Le port d’Abidjan (Côte d’Ivoire) a entamé la réalisation d’un port à sec de 100 hectares afin de décongestionner la zone portuaire.
• 194 000 conteneurs EVP auraient été construits en 2017, contre 155 000 en 2016, indique la lettre spécialisée Reefertrends, citée par le magazine Fruitrop (janvier-février 2018). 110 000 EVP doivent par ailleurs être démantelés, ce qui donne une croissance relativement faible (+ 3,2 %) du parc mondial de conteneurs.
• On évoque le développement du transport routier de certaines origines ouest-africaines vers l’Europe via le Maroc. Un phénomène qui paraissait anecdotique, mais qui, selon certaines sources, tendrait à se développer.