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Le train : l’allié des marchés de gros

Alors qu’une lutte s’est engagée pour maintenir la ligne de train entre le Midi de la France et le Marché de Rungis, une nouvelle liaison ferroviaire entre l’Espagne et les Pays-Bas vient de voir le jour. En attendant, le train de Rungis est amené à se moderniser. Plusieurs solutions ont été évoquées par le ministère des Transports.

Le train : l’allié des marchés de grosLes professionnels de Rungis l’ont vu assurer ses premières liaisons en 1986. Chaque jour, c’est le même rituel : le « train des primeurs » s’élance de Perpignan pour fournir le plus gros marché de produits frais du monde. 82 wagons réfrigérés gagnent ainsi le MIN, acheminant en moyenne 350 tonnes de fruits et légumes et autres denrées au quotidien. Il s’agit de la dernière ligne de fret de fruits et légumes en France. En mai, on apprenait que Rey et Roca, les deux sociétés exploitant les quais de cette dernière, avaient bien failli voir le contrat qui les lie à Fret SNCF, filiale de la SNCF, ne pas se renouveler. Le train réfrigéré qui relie la gare Saint-Charles à la banlieue parisienne permet pourtant d’assurer le transit de 138 000 tonnes de fruits et légumes tous les ans, l’équivalent d’une vingtaine de camions chaque jour. Mais la ligne aurait pu être abandonnée le 30 juin, date initiale de la fin du contrat entre Fret SNCF et Rey et Roca. La vétusté des wagons et les coûts occasionnés pour les remplacer sont pointés du doigt (20 millions d’euros seraient nécessaires pour assurer l’avenir du train). Devant ce tollé, de nombreux acteurs sont montés au créneau, dont Stéphane Layani, PDG de la Semmaris, pour trouver une solution appropriée. La société gestionnaire du marché de Rungis a ainsi proposé 300 000 euros aux exploitants de la ligne pour assurer le maintien temporaire de l’activité. Le 17 mai, il a également porté la voix de Rungis auprès de la ministre des Transports, Élisabeth Borne. À l’issue d’une réunion qui rassemblait plusieurs acteurs, le train de Rungis a obtenu un sursis.

Solution provisoire

« Il n’y aura pas d’interruption de cette liaison ferroviaire fin juin, comme c’était initialement envisagé, a fait savoir le ministère, en ajoutant que le train continuera de circuler au moins jusqu’à la fin de la saison haute en cours. » À terme, Élisabeth Borne assure vouloir trouver « une solution ferroviaire pérenne permettant de poursuivre dans la durée le transport des fruits et légumes par le rail ». Ainsi, un groupe de travail devrait se réunir chaque mois jusqu’à la fin de l’année, afin d’élaborer d’autres solutions qui « pourraient être mises en service d’ici à la fin de l’année », dévoile le ministère, citant entre autres la mise en place d’une liaison de transport combiné : des conteneurs transiteraient sur des trains. Le recours au ferroutage, soit la création d’une autoroute ferroviaire permettant de placer les camions sur des trains entre Barcelone, Perpignan et Rungis, a par ailleurs été évoqué. « Je remercie Madame Élisabeth Borne, la ministre chargée des Transports, d’avoir réuni au ministère les principaux acteurs concernés et d’avoir permis, par la concertation, de trouver une solution pour maintenir cette ligne jusqu’à la fin de l’année 2019. Cette solution, certes provisoire, permettra d’éviter l’arrêt brutal de la liaison au 30 juin (…) afin de maintenir, voire de développer, le transport des fruits et légumes par le train jusqu’au Marché international de Rungis », a déclaré Stéphane Layani après ce rendez-vous crucial.

La naissance de CoolRail

Le train : l’allié des marchés de gros 1Sous la marque CoolRail, le groupe Euro Pool System a lancé le 6 mai sa propre navette ferroviaire (rail et route) entre Valence (Espagne) et Rotterdam (Pays-Bas), via Barcelone. Il s’agit d’une toute nouvelle ligne ferroviaire en température contrôlée. Désormais, ce train convoie 42 conteneurs de fruits et légumes espagnols et assure une desserte entre Valence et Rotterdam trois fois par semaine, pour un total de 48 semaines par an. Les entreprises espagnoles Primaflor (salades et légumes feuillus), Bollo (agrumes), Pozo Sur (fruits, légumes, IVe gamme), Agroiris (légumes ratatouille, melons), FruVeg (fruits, légumes) et Tobsine (agrumes) font déjà appel à cette nouvelle offre ferroviaire. « Après des préparatifs approfondis et le premier essai pilote, nous faisons un pas de géant en vue de considérablement réduire l’empreinte carbone associée au transport des produits frais », estime GerjoScheringa, PDG du groupe Euro Pool. Ce dernier est l’un des principaux acteurs européens des services de logistique pour les emballages consignés en produits frais. Euro Pool Group est composé de deux divisions (Euro Pool System et La Palette Rouge) ; CoolRail devrait permettre l’économie de 22 millions de kilomètres de transport routier, soit plus de 12 000 mouvements de camions par an. Cette ligne Valence-Rotterdam n’est peut-être qu’un début : CoolRail pourrait aussi bientôt s’implanter en Allemagne, en Scandinavie et au Royaume-Uni. Aujourd’hui, l’Union européenne dispose d’un réseau de quelque 216 000 km de lignes de chemin de fer. Ce réseau pourrait constituer une alternative durable au transport routier, en particulier sur des longues distances, où le transport ferroviaire de marchandises est plus compétitif. Les trains transitant sur de longue distance traversent généralement au moins une frontière. « En Europe, le coût total d’un trajet international en train varie selon les pays en fonction du niveau de concurrence, de la durée du trajet et des économies d’échelle obtenues. Les importants frais fixes supplémentaires liés aux premier et dernier kilomètres (chargement et déchargement sur les quais, etc.) sont proportionnellement mieux répartis sur les longues distances », dévoile un rapport de la Cour des comptes européenne. De ce fait, le rail figure parmi les modes de transport les plus économiques pour les produits frais.

M. R.