Le végétal s’enracine dans l’alimentation des Français 15Le végétal s’enracine dans l’alimentation des Français 15

L’alimentation végétale

Le végétal s’enracine dans l’alimentation des Français. Les études le montrent, l’offre des magasins et les consommateurs le prouvent

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Les études le montrent, l’offre des magasins et les consommateurs le prouvent… l’alimentation végétale connaît un succès grandissant.
Le végétal a la cote, la tendance n’est plus à discuter. D’après l’étude Ifop, réalisée pour l’Observatoire des cuisines populaires début avril 2017, 95 % des Français déclarent consommer des produits végétaux, 41 % avoir augmenté récemment leur consommation tandis que 50 % envisagent de le faire prochainement.
« Cette quête de nature et de naturel, analyse Éric Birlouez, sociologue de l’alimentation, est devenue une tendance structurante de l’alimentation contemporaine. » L’assiette des Français se végétalise, mais les végétariens restent toutefois marginaux. On dénombrerait aujourd’hui 2 % de « vrais » végétariens et moins de 0,5 % de végétaliens. Le gros des troupes, qu’on estime à 30 % des Français, est donc formé par les flexitariens, ces personnes ayant décidé de diminuer leur consommation de viande et de pratiquer le végétarisme par intermittence, pour des raisons d’environnement, de santé, de respect du bien-être animal, mais aussi d’économie. Parmi ces « végétariens souples » se trouvent majoritairement des jeunes, et la question demeure de savoir si l’âge les ramènera vers un régime alimentaire classique, ou s’il s’agit d’un effet de génération durable. Pour cela, il faudrait que l’offre de substitution soit à la fois suffisamment variée, accessible aux petits budgets et savoureuse. Une part de plus en plus importante de la filière agroalimentaire s’y emploie.

Des magasins dédiés au végétal apparaissent

Le végétal s’enracine dans l’alimentation des Français 16Aujourd’hui, les personnes qui souhaitent consommer moins de viande ont accès à un vaste choix de produits dits veggie. L’offre a bondi de 82 % en 2016 dans les magasins de distribution alimentaire et représente un chiffre d’affaires de 30 millions d’euros. De nombreuses marques, celles des distributeurs, comme Carrefour, Intermarché, Picard, Monoprix, d’autres connues de tous, comme Herta, Fleury-Michon… et d’autres encore parfaitement inconnues qui profitent de l’aubaine, surfent sur la vague flexitarienne avec une offre de steaks, nuggets, escalopes, émincés de viande, hot dog, char-cuterie, fromages, desserts… entièrement élaborés à partir de protéines végétales. Des magasins dédiés aux produits végétaux ont fait leur apparition et proposent un assortiment complet où rien ne manque pour les repas au quotidien : fruits et légumes bien sûr, mais aussi omelettes (sans œuf), fromage (vromage), yaourt de chanvre ou de soja, mayonnaise (sans œufs), saucisson, viande, chorizo, saucisses, boissons, vin…

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Même le géant mondial du hamburger Mc Donald’s s’y met avec son nouveau Grand Veggie, lancé en début octobre, et réalisé à partir de carottes, salsifis, tomates, pesto… et de l’emmental, seule petite entorse vis-à-vis des protéines animales. La mythique maison Ladurée a également franchi le pas cet été avec sa nouvelle offre salée Picnic, qui décline sandwichs, salades, soupes, jus de fruits… adaptés pour les flexitariens. Dans les rues de la capitale, de nouvelles ensei-gnes ont ouvert leurs portes, La Boucherie végétarienne, l’Abattoir végétal… lesquelles jouent sur l’ambiguïté des mots pour susciter la promesse de reproduire la viande, et le plaisir qui va avec.

Le végétal s’enracine dans l’alimentation des Français 19Une confusion allègrement entretenue qui commence à agacer, d’autant qu’il existe un texte européen, le règlement Inco 1169/2011 qui interdit de « tromper le consommateur sur les caractéristiques essen-tielles des produits alimentaires et de veiller au respect des dénominations », comme lait, fromage, yaourt… Interbev et Inaporc, respectivement interprofessions de la viande bovine et de la viande de porc, ont demandé davantage de protection concernant les dénominations de leurs filiè-res, afin de cesser d’entretenir la confusion. Les discussions sont en cours. Toujours est-il que la communauté flexitarienne ne cesse de s’étendre et la Toile voit apparaître de nombreux blogs, comme Un jour végétarien, La Flexitarienne, Lundi sans viande… où chacun peut trouver et échanger trucs, astuces et recettes pour cuisiner végétal et savoureux. Enfin, le petit monde du végétal a désormais un rendez-vous avec le salon Veggie World, qui a tenu sa 4e édition à Paris mi-octobre. De confidentiel à ses débuts, cet événement a ressemblé cette année 140 exposants pour plus de 7 000 visiteurs. Pas encore un raz-de-marée, mais loin d’être négligeable.
Caroline Maréchal

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Les protéines végétales reviennent en force

Le végétal s’enracine dans l’alimentation des Français 17Le récent engouement pour le végétal en alimentation signe le retour en grâce des protéines végétales, lesquelles ont été portées par l’année internationale des légumineuses en 2016. Selon le dernier Baromètre 2016 du GEPV (Groupe d’étude et de promotion des protéines végétales), réalisé tous les deux ans, 83 % des Français pensent que les protéines végétales sont indispensables à leur alimentation. Sept Français sur dix les connaissent de mieux en mieux, et notamment les lentilles, citées par 69 % des personnes interrogées en 2016, contre 49 % en 2014. 94 % pensent qu’elles sont bonnes pour la santé, et 83 % affirment qu’elles sont respectueuses de l’environnement. Le baromètre a identifié 39 % de personnes souhaitant réduire leur consommation de viande et 27 % envisageant de consommer des protéines végétales plus régulièrement. Fin juillet, dans une lettre ouverte au président de la République visant à « préparer l’avenir », le GEPV rappelle que « les protéines végétales sont une solution d’avenir, économique et durable » et que le nombre de produits alimentaires contenant des protéines végétales en France « a augmenté de 36 % entre 2011 et 2013 et de 18 % entre 2013 et 2015 ». Le marché mondial des protéines végétales, en pleine croissance et porté par la tendance de l’alimentation végétale, pourrait « atteindre 10 milliards d’euros d’ici à 2018, soit une progression de 40 % entre 2013 et 2018 ».

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Le végétal en 2030, les professionnels y croient

Le cabinet Alimavenir, dirigé par Céline Laisney, a publié en partenariat avec Futuribles, l’étude « Vigie Alimentation 2016-2017 », qui dresse le constat des différentes tendances et de leurs évolutions et perspectives à l’horizon 2030. L’enquête a été lancée auprès d’une cinquantaine d’acteurs clés : experts (Inra, AgroParis Tech, Supagro…), acteurs de la production (Terrena, April, Sofiprotéol, Agrial…), de l’agroalimentaire (Danone, Herta, Bel, Savencia, Fleury-Michon, Ferrera…) et de la distribution (Metro, Pomona, Stef, Carrefour, Auchan…), lesquels devaient passer en revue chaque tendance et y attribuer une note entre 0 et 10, selon leur évolution probable. La tendance végétarisme-flexitarisme a reçu la note de 7,4/10, (soit une évolution en 2030 estimée crédible et installée durablement) avec les commentaires suivants : « C’est une tendance lourde qui date de longtemps, d’autant plus importante qu’elle concerne de plus en plus les jeunes. » Elle devrait « entraîner le développement de sources de protéines alternatives à la viande ». Plusieurs experts interrogés se sont accordés sur le fait que « c’est plutôt le flexitarisme qui prendra le pas sur le végétarisme » avec « des consommateurs qui continueront à manger de la viande, mais moins, et plus qualitative, favorisant les origines, les races et les modes d’élevage ». Une part moins significative des experts questionnés estime quant à elle qu’il s’agit « d’illusion marketing » et « d’effet de mode qui ne durera pas ».