Les grossistes, acteurs de la proximitéLes grossistes, acteurs de la proximité

Les grossistes, acteurs de la proximité

Les états généraux de l’alimentation ont fixé pour objectif de porter à 50 % la part des produits durables (bio, sous signe de qualité, produits de proximité) dans la restauration collective. Les grossistes entendent bien être les acteurs incontournables de ce chantier.

En 2017, bien avant le lancement des états généraux de l’alimentation (EGA), les grossistes des filières alimentaires avaient engagé un travail sur la proximité. Quatre fédérations, la FNCPLA, la FNICGV, Syndigel et l’UNCGFL* avaient commandé, avec la CGI*, une étude sur la « commercialisation de produits locaux en restauration hors domicile et le rôle des grossistes dans la valorisation de l’offre agricole ». Ce travail, réalisé en amont des EGA, tombe à pic alors que la loi issue des états généraux va entrer en discussion au Parlement. Le projet de loi accorde en effet une importance réelle à la restauration collective. « La restauration collective publique devra prendre sa part dans la promotion d’une alimentation de meilleure qualité et plus durable », précise l’exposé des motifs. C’est l’article 11 de la loi qui impose aux collectivités d’incorporer « une part significative » de produits issus de l’agriculture biologique, de signe de qualité ou d’une agriculture de proximité à l’échéance du 1er janvier 2022. Un décret en Conseil d’État devrait fixer cette part à 50 % dont au moins 20 % de produits issus de l’agriculture biologique. « La restauration collective, qui fournit aujourd’hui un septième des repas pris en France, a un rôle majeur à jouer dans la réduction des inégalités, avec notamment une capacité à donner accès à une offre alimentaire de bonne qualité nutritionnelle », a déclaré Stéphane Travert, ministre de l’Agriculture en présentant le projet de loi. « Il y a un levier fantastique pour créer les nouvelles filières, c’est la restauration collective qui peut permettre de changer d’échelle », a ajouté Nicolas Hulot, ministre de la Transition écologique et solidaire. Les grossistes, principal fournisseur de la restauration hors domicile, sont donc prêts à relever ce défi. La restauration collective sert 3,6 milliards de repas par an pour un chiffre d’affaires de 20 milliards d’euros dont 7,5 milliards d’achats alimentaires.

Une question de bon sens

Les grossistes, acteurs de la proximité 1Les grossistes assurent 80 % de cet approvisionnement. Les 20 % restants sont apportés notamment par certaines grosses entreprises (par exemple, les conserveries de légumes) qui livrent en direct l’armée, les gros centres hospitaliers et les cuisines industrielles. L’enjeu est donc « d’inscrire l’offre des grossistes, fournisseurs référents de la restauration collective comme la solution pour répondre aux attentes des convives et aux orientations données par les collectivités locales et plus globalement par les pouvoirs publics », indique l’étude. Les grossistes revendiquent le rôle d’acteurs de l’approvisionnement local et durable grâce à leur tissu de partenaires locaux et à une logistique écologique et performante assurant souvent, par exemple, un ramassage en ceinture maraîchère. Les grossistes entendent bien faire « connaître et reconnaître leur savoir-faire dans l’approvisionnement de proximité ». Mais, pour y parvenir, il faut d’abord dresser un état des lieux. Est-ce que « l’offre durable » est bien là ? Si le marché est demandeur de produits durables « dans la limite de prix acceptable », il faut donc connaître cette offre et connaître le « surcoût » moyen de ces produits, et ensuite disposer des budgets nécessaires pour couvrir ces surcoûts. Les auteurs de l’enquête ont chiffré ce surcoût : il serait de 42 % pour les produits bio, de 21 % pour les AOP ou les IGP, de 11 % pour les circuits courts et de 16 % pour le local. Développer cette offre des produits durables aura donc une incidence budgétaire. Il faudra augmenter les budgets alloués par les collectivités à l’alimentation : une augmentation de 1 % du coût des denrées alimentaires entraînerait une dépense supplémentaire de 160 millions d’euros au niveau national ! Autre point nécessaire : définir exactement ce qu’est un produit local. Il n’y a pas de définition « officielle » d’un aliment local, constataient les auteurs de l’étude en 2017. C’est plutôt une « notion relative qui dépend de la réalité du bassin de production et/ou de consommation, et de la véracité que lui confère le consommateur ». La CGI et les quatre fédérations recommandaient donc d’interpréter la notion de local « avec bon sens, selon une logique concentrique dont la limite maximale est de 200 km entre le lieu de production et le lieu de consommation, ou la limite territoriale des nouvelles régions ». Pas sûr que la solution retenue par le projet de loi, qui prend « en compte le coût du cycle de vie du produit », réponde à ce « bon sens » ! Les grossistes demandent par ailleurs que la notion de « circuit court » soit adaptée à la restauration collective. « Il faut considérer le consommateur “restaurant” et non le convive, sans quoi le volume des produits commercialisés serait quasiment inexistant ! » constatent-ils. Enfin, les fédérations de grossistes demandaient de « privilégier la dynamique de progrès à la logique de seuils ». « Fixer des objectifs chiffrés (20 % 40 %, 60 %) de produits durables en restauration collective apparaît contre-productif », écrivaient-elles. Sur ce point, elles n’ont, pour le moment, pas été entendues !

Olivier Masbou

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* Fédération nationale du commerce des produits laitiers et avicoles, Fédération nationale de l’industrie et du commerce en gros des viandes, Fédération européenne du commerce et de la distribution des produits sous température dirigée glaces, surgelés et réfrigérés, Union nationale du commerce de gros en fruits et légumes, Confédération française du commerce de gros et international.