Un champ de colza ensoleilléUn champ de colza ensoleillé
Par Claire Debreuil

La COP21

dans nos assiettes

A la lumière de la COP 21, de nombreuses initiatives en faveur de la lutte contre l’effet de serre et le réchauffement climatique ont été prises par les professionnels de l’agro-alimentaire et sont déjà en place. Revue de détails.

Anti gaspi

« De vingt à trente kilos de nourriture sont jetés par chacun de nous en France chaque année, 140 kg par habitant pour l’ensemble de la chaîne alimentaire, soit entre 12 et 20 milliards d’euros gaspillés au total : la réalité du gaspillage alimentaire est impressionnante », précise Didier Chenet, président du Syndicat National des Hôteliers, Restaurateurs, Cafetiers et Traiteurs. Un gaspillage inacceptable quand on sait que plus de deux cinquante organisations et associations européennes servent des millions de repas aux plus démunis. A l’heure où nous mettons sous presse, la proposition de loi de lutte contre le gaspillage alimentaire adoptée par l’Assemblée nationale instaure une hiérarchie des actions à mettre en place par chaque acteur de la chaîne alimentaire : prévention du gaspillage, à défaut utilisation des invendus pour la consommation humaine, pour l’alimentation animale, puis à des fins de compost pour l’agriculture ou de valorisation énergétique.

Elle interdit aux grandes surfaces de jeter de la nourriture consommable (invendus), de détruire de la nourriture consommable par javellisation notamment et elles auront l’obligation de signer un protocole avec une association de solidarité afin de faciliter les dons alimentaires. Les produits sous marque de distributeur qui seraient retournés au fournisseur pourront être donnés, alors qu’ils sont obligatoirement détruits actuellement. La lutte contre le gaspillage alimentaire fera en outre partie de l’éducation à l’alimentation durant le parcours scolaire. La proposition de loi devrait être présentée au Sénat en vue d’une adoption définitive rapide en ce début d’année.

Gaspillage alimentaire

Gaspillage alimentaire

20 à 30kg de nourriture sont jetés par chacun de nous en France chaque année, 140kg par habitant pour l’ensemble de la chaîne alimentaire, soit entre 12 et 20 milliards d’euros gaspillés au total.

 

La saga des sacs

Initialement programmée au 1er janvier, la disparition des sacs plastiques à usage unique, également appelés sacs de caisse a été repoussée de trois mois. Cette mesure phare de la loi pour la transition énergétique n’entrera donc en vigueur qu’au printemps car la commission européenne a demandé des précisions sur le décret d’application et plus précisément sur la liste et la définition exacte des sacs concernés. En effet, si la loi indique «qu’il est mis fin à la disposition, à titre onéreux ou gratuit, de sacs de caisse en matières plastiques à usage unique destinés à l’emballage de marchandises au point de vente», encore faut-il savoir de quels sacs nous parlons. Le projet de décret soumis à consultation publique précise qu’il s’agit des «sacs, avec ou sans poignées, composés de plastique, d’un volume inférieur à 10 litres, ou d’une épaisseur inférieure à 50 microns» – qui correspondent aux normes de fabrication les plus répandues. Il s’agit en fait des sacs les plus fragiles et les plus difficiles à recycler. Les sacs plus épais et réutilisables, comme les cabas vendus aux caisses, ne seront pas interdits. Un marquage devra toutefois être apposé pour indiquer «que le sac peut être réutilisé et ne doit pas être abandonné dans la nature. Les sachets fournis pour emballer les fruits et légumes en vrac ne sont visés par l’interdiction qu’au 1er janvier 2017 sauf s’ils sont fabriqués à partir d’épluchures ou autres déchets organiques pouvant être collectés pour faire du compost. Cette mention devra être indiquée sur le sac, tout comme la «valeur chiffrée de sa teneur biosourcée». La teneur minimale de matières biosourcée devra être de 30% à partir du 1er janvier 2017, 40% à partir du 1er janvier 2018, 50% à partir du 1er janvier 2020 et 60%à partir du 1er janvier 2025.

Affaire à suivre car trois mille emplois en France sont concernés et que dix-sept milliards de sacs sont encore consommés en France chaque année, dont hélas huit milliards finissent dans la nature. L’enjeu économique et environnemental est d’importance.

Un sac en tissu avec le logo du recyclage

 

Les sacs en points de vente

Les sacs en points de vente

Seuls les sacs plastiques réutilisables ou les sacs constitués d’une autre matière que le plastique (papier, tissu, etc…) peuvent être distribués pour emballer les marchandises dans les points de vente.

 

Le doggy bag débarque à Paris

Directement inspiré du modèle anglo saxon qui tire son nom de la « boite pour ramener les restes pour nourrir le chien » le doggy bag n’était pas entré dans les habitudes du consommateur français qui se sentait honteux de le demander au restaurateur. Désormais, il est plébiscité. Selon un sondage du ministère de l’Agriculture, 75 % des personnes interrogées se disent prêtes à utiliser un sac à emporter et 90%sont favorables à la promotion de cet outil de lutte contre le gaspillage alimentaire. Alors que l’Assemblée nationale vient d’adopter à l’unanimité la proposition de loi sur le gaspillage alimentaire, de nombreux gérants de restaurant ont, eux aussi, eu envie d’apporter leur pierre à l’édifice. Ainsi, la ville de Paris et les restaurateurs du syndicat professionnel Synhorcat-GNI ont lancé l’opération «la box (boîte, NDLR) anti-gaspi», autrement appelé « doggy bag », dans cent restaurants de la capitale afin de lutter contre le gaspillage alimentaire. Première collectivité signataire du Pacte national de lutte contre le gaspillage alimentaire, la capitale a depuis développé de nombreuses actions de sensibilisation du grand public et d’amélioration de la collecte, avec l’objectif ambitieux de réduire de moitié le gaspillage alimentaire d’ici 2025.

Un doggy bag en carton ondulé

 

Les vaches dorénavant bien gardées !

Avec une ration composée à 60%d’herbe en moyenne, les bovins contribuent largement à améliorer le stock de carbone des sols : carbone stocké par les prairies permanentes, les prairies temporaires et les haies, les cultures intermédiaires, ou contenu dans les déjections animales et épandu… Cela compense 30 % des émissions de gaz à effet de serre des bovins laits et viande. Mais il faut faire mieux. Grâce au projet BEEF CARBON qui réunit l’Irlande, la France, l’Espagne et l’Italie, partenaires représentant 32 % de la production européenne en viande et vaches allaitantes, les surfaces mobilisées par l’élevage herbivore permettraient donc aujourd’hui un accroissement moyen annuel du taux de carbone du sol de 6,4‰, sous réserve de bonnes pratiques de gestion : maintien des prairies et des haies en place, épandage des d éjections, couverture des sols…Et que du concret pour y parvenir aisément : allongement de la durée des prairies temporaires, plantation d’arbres au sein des parcelles, implantation de haies bocagères, mise en place de cultures intermédiaires. Si deux mille deux cents fermes participent dans un premier temps, c’est à terme tout un réseau d’éleveurs engagés BeefCarbon qui sera mobilisé pour apprécier expliquer la démarche, la promouvoir, définir le fonctionnement le plus adapté pour apporter les connaissances et les compétences. Parallèlement, de nombreuses actions de communication, de pédagogie à destination des professionnels seront menées, ainsi que la mise en place d’événements régionaux (colloques régionaux, fermes ouvertes, …) et nationaux (conférences Sommet de l’Elevage, …).

Des vaches dans un pré

 

Racines à l’air

Cultiver hors sol, sur un simple substrat, laissant agir le pouvoir de l’eau et de l’air porte le nom barbare d’hydroponie. Une très ancienne technique du 17 ème siècle aujourd’hui remise au goût du jour et qui bénéficie de nombreux atouts. La terre est remplacée par un substrat inerte et stérile, comme les fibres de coco ou les billes d’argile et alimentée par des bases nutritives.

La production hydroponique offre de très nombreux avantages : gain de place, de propreté, réduction drastique des maladies et des insectes nuisibles, excellente croissance, floraison luxuriante, récoltes de qualité et une consommation d’eau réduite de 70 à 90 % par rapport à une culture en terre. L’intérêt de l’hydroponie réside également dans le contrôle total des conditions de développement des plantes, très utile pour la recherche végétale ainsi que pour la production, puisqu’on s’affranchit des aléas météorologiques et de la variable pédologique. Cette technique, promise à un fort et rapide développement (la NASA s’y intéresse vivement pour les stations orbitales et la vie sur d’autres planètes) est aujourd’hui largement utilisée dans l’horticulture et les cultures maraîchères, la tomate notamment, ainsi que pour les plantes exotiques.

Aujourd’hui, c’est la biophonie qui prend le relais, en combinant deux concepts qu’à priori tout opposait, l’un privilégiant la culture sans terre, l’autre plaçant la terre comme première source de nutrition. L’utilisation d’un engrais reconnu par la réglementation européenne sur l’agriculture biologique dans une solution hydroponique, avec un substrat bien sûr, mais aussi racines nues, permet de cultiver des plantes de manière biologique, en utilisant la culture hydroponique.

Des cultures de salades sous serre

 

Qu’a-t-on mangé à la COP21 ?

Il a fallu servir pas moins de 450 000 repas, principalement composés de produits locaux et de saison. 80 % des plats proposés sur place ont été faits maison. 660 kg de beurre de baratte breton, 800 litres de crème fraîche, 620 kg de steak haché label Rouge de Mayenne et encore 1500 parts de fromage de Bourgogne ont été engloutis. Et ce ne sont pas moins de cinq tonnes livrées par les éleveurs labellisés Bleu-Blanc-Coeur, respectueux de la santé de la terre, des animaux et des hommes et largement représentés sur les étals du MIN. Cinq chefs étoilés ont ravi les papilles des chefs d’Etat : Yannick Alléno (Pavillon Ledoyen), Alexandre Gauthier (La Grenouillère), Nicolas Masse (Sources de Caudalie), Marc Veyrat (La Maison des Bois) et Christelle Brua, chef pâtissière du Pré Catelan, en servant des mets naturels concoctés à dix mains, dont le fameux Reblochon de Savoie bio. Laurent Fabius, maître de cérémonie, a ainsi tenu les promesses faites au quai d’Orsay lors de la grande soirée de buffets fromagers qui mettait les MOF et Rungis à l’honneur, de « servir les fromages français ».

 

Un chef cuisinier verse de la sauce sur une assiette de boeuf