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Silence on tourne

Dès les débuts du cinéma parlant, les halles de Paris ont offert un décor recherché par les réalisateurs. De très nombreux films ont été tournés dans le « ventre de Paris ». Et depuis le déménagement, Rungis est devenu, à son tour, un haut lieu de tournage pour le cinéma et la télévision.

Silence on tourne 4 La scène se déroule chez un grossiste en viande, Léon Dessertine, incarné par Bernard Blier. Il s’adresse à ses employés, un groupe de « forts » des halles, et les dissuade de demander une augmentation. Puis il tombe sur Goubi (Jean Lefebvre), que des maraîchers de son village de l’Allier ont abandonné en plein cœur des halles. Comme ils sont tous les deux de « l’assistance », Dessertine décide de prendre sous son aile son « frère » Goubi. Un idiot à Paris (1967, d’après un roman de René Fallet) n’est pas le plus grand film de son époque (même si certains dialogues, signés Michel Audiard, sont savoureux), mais c’est peut-être celui où l’on sent le mieux les halles, son ambiance, ce peuple de Paris. Les Halles et le cinéma, c’est une très longue histoire. Le premier film que nous avons retrouvé avec ce quartier de Paris pour décor est un polar, Serge Panine, qui date de 1939, et qui est aujourd’hui tombé dans l’oubli. En 1941, La Nuit fantastique de Marcel L’Herbier s’ouvre « sur un étudiant épuisé après son travail, s’endormant sur le carré des halles. Le film s’achève au petit matin, au même endroit, par un retour à la réalité. Mais la jeune femme (Micheline Presle) qui avait peuplé les songes du garçon durant la nuit se trouvait miraculeusement à ses côtés », rappelle le critique René -Prédal (pariscinemaregion.fr). C’est dans les années 1950 et 1960 que l’on trouve le plus de films avec les halles.

Silence on tourne 3On peut citer Le Signe du lion (1959) d’Eric Rohmer, Le Rendez-vous de minuit (1961) de Roger Leenhardt, mais Voici le temps des assassins (1956) de Julien Duvivier est certainement le plus connu. Jean Gabin y campe le patron d’un restaurant du quartier dont la vie va être bouleversée par l’arrivée de celle qu’il croit être sa fille, un des grands rôles de Danièle Delorme. « L’autre vedette du film, c’est bien entendu Paris, et plus particulièrement le quartier des Halles, grande source d’inspiration pour le cinéma (…) Une partie des scènes extérieures sont tournées en décors naturels, mais les images les plus spectaculaires montrant l’animation de jadis ont été tournées dans des halles magistralement reconstituées aux Studios de Boulogne », raconte Antoine Sire, spécialiste du cinéma parisien (Paris fait son cinéma). Les halles sont aussi présentes, sans forcément avoir le « premier rôle », dans nombre d’autres réalisations. On peut par exemple citer Le Dernier Tango à Paris (1972) ou L’Air de Paris (1954). Le quartier, et principalement l’église Saint-Eustache, est aussi magnifiquement représenté dans Le Jour et l’Heure (1963), un film sur la résistance de René Clément. Les halles inspireront aussi Hollywood et serviront notamment de décor naturel à Charade (1963) ou, reconstituées en studio, pour Irma la Douce (1963). Arrive 1969 et le temps du déménagement. Après la démolition des pavillons Baltard, le « trou des halles » ne laissera pas les réalisateurs indifférents. Il servira ainsi de décor à La Femme de Jean (1974) de Yannick Bellon ou au Locataire (1976) de Roman Polanski. Et il accueillera la bataille de Little Big Horn dans Touche pas à la femme blanche ! (1974), le western parodique et loufoque de Marco Ferreri.

L’ouverture de Rungis n’interrompt pas la relation entre le 7e art et le marché. De nombreux longs-métrages sont tournés à Rungis. Ainsi Le Cœur des hommes (2003) de Marc Esposito a placé une séquence au pavillon des produits traiteurs ; L’Arnacœur (2010), avec Romain Duris et Vanessa Paradis, cette dernière jouant le rôle d’une fille de grossiste du pavillon des fleurs ; Paris (2009) de Cédric Klapisch ; ou Taxi 2 (2000) de Gérard Krawczyk… En 2018, Nicky Larson et le Parfum de Cupidon a retenu Rungis pour le tournage d’une scène de cascade. La télévision aussi s’intéresse au marché que l’on voit apparaître dans plusieurs séries : Les Cinq dernières minutes, Maigret, Navarro, Alice Nevers… Aujourd’hui encore, le marché participe régulièrement au Salon des tournages. L’aventure continue !

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Olivier Masbou

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Le Départ des fruits et légumes » à Saint-Eustache

L’église Saint-Eustache fait partie du paysage et de l’histoire des halles de Paris. Dès le xiie siècle, l’église accueille les corporations et confréries qui structurent les métiers des halles. Pendant la période des pavillons Baltard, elle sera un repaire, un refuge, un abri, voire davantage, pour tout ce peuple des halles. Et c’est le même Victor Baltard qui, de 1846 à 1854, dirigera une restauration complète de l’édifice. Il dessine le buffet d’orgue, la chaire, le maître-autel, et supervise la réfection de toutes les peintures. Témoignage du lien entre l’église et le marché, chaque année, en novembre, on y célèbre la messe du souvenir des charcutiers, souvent en présence d’autres métiers de bouche. Pas étonnant alors que l’église ait voulu garder le souvenir de cette période. Elle est symbolisée par Le Départ des fruits et légumes du cœur de Paris le 28 février 1969 du sculpteur Raymond Masson (1922-2010). « Il y a l’église, une des plus remarquables qui soit, seul témoin des siècles maintenant révolus. Témoin ? Acteur elle-même, et sans doute l’acteur principal, écrira-t-il. Aux Halles, nous étions beaucoup plus près de Notre-Dame de Paris que du “ventre de Paris”. » L’œuvre est toujours exposée à Saint-Eustache dans la chapelle des Pèlerins d’Emmaüs.